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Jean Zay, notre jardin secret…

:::: Par Jean-Pierre Thiercelin | paru le 14/01/2013

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L’homme est seul… Seul dans l’obscurité. Une obscurité cernée d’un probable béton noir que nous pressentons. Un siège. Un cintre vide pendu à un fil. Au sol, quelques bougies éteintes à moitié fondues dans des couvercles de boîtes métalliques… L’homme parle… C’est imperceptible mais il parle. Les mots prennent leur temps pour venir jusqu’à nos oreilles. Ils ne s’y logeront que mieux et ne nous lâcheront plus. L’homme arpente méthodiquement l’espace qui rétrécit sous nos yeux à la mesure de ses pas, dessinant ainsi la cellule où il est emprisonné… Cet homme, c’est un acteur. Il s’appelle Pierre Baux. Mais les mots qu’il nous donne à entendre sont ceux de Jean Zay.

Jean Zay, un nom de collège, de lycée, de fac... Un nom dont les jeunes générations devinent parfois qu’il fut celui d’un type bien mais n’en savent souvent guère plus… Justement, il y a des lycéens dans la petite salle du CDN d’Orléans. Ils suivent avec émotion la passion de cet homme qu’ils ne connaissent pas encore mais qui sait leur parler avec simplicité. Ils ne savent pas pourquoi cet homme a été arrêté mais, sans doute, pressentent-ils que nous sommes déjà dans la haine de l’autre, de celui qui reste fidèle à son idéal d’humanité, de culture et de progrès, de celui qui ne sait pas et ne veut pas se taire… Quand, plus tard, ils voudront reconstituer peu à peu les pièces du puzzle, ils apprendront que sur la personne de ce jeune et brillant ministre issu du Front Populaire se sont cristallisées, après la défaite de 40, toutes les formes de haines raciales, extrémistes, fascistes et revanchardes qu’on puisse imaginer. Ils n’avaient pas eu la peau de Dreyfus, ils auraient celle de Jean Zay. Un faux procès pour désertion fera l’affaire !…

Et, les jeunes et moins jeunes spectateurs écoutent les mots de Jean Zay… Ils écoutent, la gorge nouée, l’émotion à fleur de peau mais aussi avec des sourires passagers la leçon de vie qu’il nous offre. Ils n’oublient pas que celui qui leur parle en confidence est un comédien et que les murs noirs sont ceux du théâtre. Il n’y a aucune identification possible. Et pourtant c’est bien Jean Zay qu’ils écoutent… Par les ruptures de rythme, celui de la phrase écrite et celui de la respiration de l’acteur, Pierre Baux nous restitue avec une rare subtilité les méandres parfois sombres et les facettes de lumière de la pensée de celui qu’on avait décidé d’anéantir en l’enfermant à vie. Nous vivons à ses côtés le début de la longue incarcération où il compte les rares heures de lueur pour pouvoir lire ou écrire. Il écrit sur les murs les mots des poètes, ceux de Baudelaire… « Plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe. Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau »… C’est ce qu’il fait Jean Zay, du fond du gouffre, il rebondit, mettant à profit la solitude. Il pense et repense le monde. Les actions passées, celles qu’il faudra entreprendre demain… Il continue son œuvre dont il glisse les feuillets dans le landau du bébé lors des visites de son épouse Madeleine accompagnée de leurs deux petites filles Catherine et Hélène. Et voilà qu’on se reprend à espérer…. Dans la petite cour de la prison de Riom, il creuse et retourne la terre avec une mauvaise bêche. Cette terre piétinée par les pieds de générations de prisonniers à la légèreté du béton. C’est pas grave… Il la travaille à la main. « J’ai éprouvé un besoin irrésistible de verdure, de couleur… J’ai semé presque au hasard  ce que j’ai pu me procurer : pensées, myosotis, œillets d’Inde, géraniums. Et voici que les feuilles ont verdi, que les fleurs s’épanouissent. »… Ce sera autant de cadeaux, autant de victoires. Un hymne à la vie face à la bêtise, la haine, l’arbitraire et la violence. « La première rose rouge s’est ouverte ce matin, en signe d’espoir et de printemps. »… Puis nous levons la tête pour voir avec lui, la nuit tombée, le carré d’étoiles encastré dans le petit morceau de ciel de la cour. Autant dire que le monde est à lui, qu’il est à nous et que tout est peut-être encore possible, que la vie continue…

Puis vient le moment redouté où un homme surgit du public faisant sursauter le spectateur. Cet homme c’est le metteur en scène, Benoît Giros. Il vient, en quelques phrases assurer le rôle du messager à la fin de la tragédie. Il est obligé d’assumer et de dire  en retenant l’émotion que le 20 juin 1944, trois miliciens sont venus embarquer Jean Zay, sous un faux prétexte de transfert et l’ont sauvagement assassiné dans les bois de Cusset près de Vichy. Noir !

Benoît Giros qui a réalisé ce très beau travail en compagnonnage avec Pierre Baux a déjà créé plusieurs spectacles en résidence au CDN d’Orléans à l’invitation d’Arthur Nauzyciel. Arthur Nauzyciel qui confiera à Benoît Giros le soin de lire en ouverture de l’exposition Jean Zay un texte où il rappelle tout ce que le monde du théâtre, des arts et du spectacle doit à Jean Zay. Il  n’a cessé d’imaginer, de créer, de stimuler, de coordonner, d’inventer… Le CNRS, le Musée d’Art Moderne, l’ENA, le Musée des Arts et Traditions Populaires, le Palais de la Découverte, le Festival de Cannes, la pérennisation du  Théâtre National Populaire… Et nous en oublions ! C’est bien simple s’il avait connu internet il est probable qu’il aurait crée un « Billet des Auteurs de Théâtre » !... Il faut lire dans une vitrine le récit de son entrevue avec Edouard Bourdet qu’il nomme administrateur de la Comédie Française avec mission de confier les mises en scène à Jouvet, Baty, Dullin, Copeau. Non ?... Oui ?... Oui ! OK ! C’est signé.

On se prend à rêver en nos temps gris de gouvernement dit de gauche… Que dîtes-vous de tout cela Aurélie ?... Oui, j’entends bien, l’époque n’est pas la même… Aujourd’hui c’est la crise… C’est sûr qu’entre 1936 et 1939, tout allait beaucoup mieux !... Alzheimer quand tu nous tiens !... Tenez Aurélie, regardez ces petites  graines… D’où viennent-elles ?... Chut, c’est un secret ! Enfin, à vous, je peux bien le dire. Elles viennent d’un  jardin secret… Il y a bien une cour rue de Valois ?... Une toute petite, la plus petite que vous trouverez. C’est là que vous les sèmerez. Il vous suffit juste d’arroser délicatement avec quelques gouttes d’imagination, de conviction et de volonté. Et là, vous verrez comme c’est simple, comme c’est beau !…

« Le jardin secret » / Exposition Jean Zay  www.cdn-orleans.com

du 14 au 18 janvier 2013 à l'Atelier du Plateau à Paris

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