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Sortie de champ

:::: Par Corinne Klomp | paru le 10/10/2011

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La nouvelle n’a pas fait grand bruit cet été. Quelques lignes à peine dans les quotidiens nationaux, deux ou trois articles dans la presse spécialisée. Il faut dire qu’entre le naufrage annoncé de la Grèce, la énième crise de foi des marchés, le carnet de notes catastrophique des banques et les remugles de l’affaire DSK, notre joli monde avait de quoi s’occuper.

Pourtant, l’annonce était de taille. Fin août 2011, dans une interview accordée au journal Il Tempo, le grand cinéaste italien Ettore Scola a annoncé qu’il arrêtait son cinéma. Enfin, « le » cinéma. Alors qu’il s’apprêtait à tourner un film avec notre Gérard Depardieu national, il ne s’est simplement « plus senti de le faire ». L’homme aurait-il des soucis de santé ? Pas du tout. Alors quoi ? A 80 ans, se sentirait-il dépassé, en manque d’inspiration ? Non plus, même s’il avoue, avec la pudeur et l’humour qui le caractérisent, ne pas vouloir devenir « une de ces vieilles dames qui mettent des talons aiguille et du rouge à lèvres pour rester avec des jeunes ».

La vraie raison vient d’ailleurs. Le talentueux réalisateur de « Nous nous sommes tant aimés », « Affreux, sales et méchants » ou d’« Une journée particulière » ne se reconnaît plus dans le monde du cinéma du 21ème siècle. Rien que ça. Il n’éprouve plus de joie ni de légèreté à l’idée d’en faire partie. Il déplore le règne absolu du « mercato », le fameux marché, qui dicte aux créateurs non seulement ses lois mais aussi ses choix. Avant, rappelle Scola, les espaces d’autonomie existaient, les producteurs étaient prêts à prendre des risques. Ainsi, à la grande époque de la comédie italienne, il n’était pas rare d’avoir le bonheur de savourer sur grand écran la même année plusieurs chefs d’œuvre. Signés par Ettore Scola bien sûr, mais aussi par Dino Risi, Mario Monicelli, Luigi Comencini, Pietro Germi, Franco Brusati, etc.

Avec la sortie de champ de Scola, cette époque est bel et bien révolue. Dans son entretien avec Il Tempo, le réalisateur précise qu’il n’a pas de regrets, qu’il a fait son choix en homme libre. Peut-être songe-t-il à cette phrase magnifique de son compatriote Italo Calvino que je cite de mémoire, que les puristes me pardonnent : « Car la page ne vaut que lorsqu’on la tourne, et que derrière il y a la vie qui bouge, qui mêle inexorablement toutes les pages du livre. » Oui, peut-être. Il ne nous reste plus qu’à espérer que le cinéma italien, malgré les diktats financiers et les pressions politiques ou mafieuses, puisse enfin écrire un nouveau chapitre phare de son histoire. Sinon, pour reprendre, en le détournant, le titre du dernier opus de Nanni Moretti, le pape de l’actuelle création cinématographique italienne,  « habemus merdam ».


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