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Racine par la Racine

:::: Par Catherine Tullat | paru le 10/03/2012

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Ecrit et mis en scène par Serge Bourhis

Avec Alberto Lombardo ou Serge Bourhis, Guillaume Dollinger, Fabienne Dubois ou Stéphanie Le Goff, Caroline Hartpence

Tous les mercredis à 20H jusqu’au 11 avril

Les Jeudis, Vendredis, Samedis à 20h du 19 avril au 28 juillet

Au théâtre de l’Essaion. 6 rue Pierre au Lard- 75004 Paris

 

Racine par la racine pourrait se définir comme une modeste entreprise de réhabilitation iconoclaste du corpus racinien. Serge Bourhis

Qui ne s’est pas ennuyé au lycée avec des profs qui ne savaient pas transmettre la passion et la beauté de la langue de Racine ? Qui ne s’est pas ennuyé, lors de sortie scolaire, en assistant à de mauvaises représentations de Racine ?

« Racine par la Racine » est un spectacle par sa mise en scène ludique, son jeu des comédiens, ces allers-retours entre la fantaisie et la beauté de la langue, une manière judicieuse de réentendre les répliques les plus connues, de se réconcilier avec le maître Racine et de distendre le 17e siècle en faisant des clins d’œil au XXIe siècle.

Comme disait Barthes « le théâtre de Racine est  aux trois quart morts » pensons au dernier quart qu’il nous reste à sauver, quitte à pratiquer une allègre irrévérence. (Note d’intention de Serge Bourhis)

Premier tableau. Quatre récitants capuchonnés apparaissent sur scène. L’image pourrait être inquiétante dans ce non-décor avec comme seul repère la pierre qui orne le lieu et qui entoure le public. Cette image nous propulse dans un autre temps, dans un autre siècle, où l’on enfermait des prisonniers dans des caves, dans des catacombes. Rien n’était assez profond pour enterrer vivants ces malheureux.

Les quatre récitants entament des alexandrins de Racine. «…Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire… » (Phèdre) Puis un des récitants se décapuchonne, les autres suivent et nous voilà ancrés dans le présent. Un des décapuchonné joue le rôle du narrateur - metteur en scène qui cherche un des comédiens, TH, qui apparemment n’est pas entré sur scène et a disparu. Cet absent devient le fil tout au long de la pièce. « Où est TH ? personne n’a vu TH… » Ce narrateur-metteur en scène, fait régner sa loi. Une première référence à « Full métal jacket » de Kubrick et cette réplique mémorable : « Yes sir. Yes sir » où des soldats sont « droits debout » devant un chef terrifiant.

Ici, trois des décapuchonnés se plient à ce narrateur –metteur en scène particulier qui cherche TH.

Le ton de la pièce est donné avec un mélange de références au cinéma, on passe de Charlie Chaplin à Shining, et en utilisant les outils de chaque époque.

Un exemple : dans Britannicus, Racine, dos au public, perruqué, est interviewé par une journaliste. Créon est annoncé par la musique du Parrain.

La pièce se découpe en 11 tableaux. Chaque chapitre représente une pièce de Racine : la Thébaïde, Andromaque, Bérénice, Phèdre, Alexandre le grand…

Des inventions, comme le monologue du garde réécrit en alexandrin, nourrissent la mise en scène. Le garde est par essence muet et immobile, mais rien ne l’empêche de penser et de se plaindre. Le metteur en scène s’amuse à recréer la pensée du garde comme des bulles de BD. Ce pauvre garde a fait le conservatoire, il espérait une autre carrière que simple garde potiche qu’on pose dans un coin et qui attend passivement la fin de la représentation. Le songe d'Athalie est appuyé par la musique de Shining de Kubrick. Des addicts des alexandrins de racine viennent chez les AA (Alexandrins anonymes) pour tenter de se guérir…

Les acteurs osent sans peur du ridicule, ils ne le sont jamais, ni caricaturaux, c’est la force de ce spectacle. Serge Bourhis connaît bien Racine et s’en amuse. On rit, mais on est aussi ému et transporté dans la langue de Racine car des scènes sont aussi interprétées dans leur « jus ». On se prend à murmurer quelques vers. Doux voyage dans le temps. Ce spectacle est également conseillé à ceux qui ne connaissent pas ou peu Racine car il donne envie de rencontrer l’auteur et son oeuvre.

 

 

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