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Voyage au bout de la ligne…

:::: Par Jean-Pierre Thiercelin | paru le 05/10/2011

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« La vieille et la bête » d’Ilka Schönbein au théâtre de la commune d’Aubervilliers

Sur la ligne 7, c’est le moment où la fin de journée commence à peser de tout son poids. Il a beau faire semblant de s’évader loin des murs de la ville, ça ne trompe personne, le métro rame de plus en plus… En cette fin d’été indien moisissant, l’atmosphère du wagon est saturée et les odeurs sont lourdes. Lourdes du poids de vies qui désespèrent  de trouver un jour un peu de liberté ou de bonheur avant le terminus au bout de la ligne. Blancs ou colorés, il y a des heures où, sous les cernes, tous les visages deviennent gris et où les « quatre chemins » improbables finissent par vous mener à Aubervilliers…

La route est longue pour les jambes fatiguées et, faisons-nous une raison, tous les voyageurs ne suivront pas jusqu’au théâtre… Dommage. Comment leur dire qu’entre le rouge des fauteuils et l’or de la lumière, une sorcière bien aimée a posé là l’ombre de sa roulotte dont les portes leur sont grandes ouvertes… Comment leur dire qu’elle aurait su les apaiser, qu’ils auraient sans doute pu poser leur tête sur ses genoux et que délicatement elle aurait détaché le masque fatigué de leur visage en leur inventant une histoire, un conte comme au temps où ils étaient petits et qu’ils aimaient encore rêver ou avoir peur… C’est aussi cela le théâtre….

Car Ilka Schönbein à l’art de fouailler au plus profond de nos êtres, dans le magma de nos émotions, de nos angoisses et de nos terreurs… Elle s’en empare et les pétrit comme de la glaise ou du papier mâché et en fait des personnages ou plutôt des figures, nos doubles aimés ou haïs. Ainsi, les émotions se cristallisent et peuvent rester à distance respectable. La marionnette, si l’on nous permet d’utiliser ce mot, sublime nos terreurs et agit en monstre bienveillant qui vient poser sur nos âmes malades un peu de baume et de poussières d’étoiles, de rêve et de théâtre…

Sur une petite estrade, la vieille pêle une pomme sur un rythme d’éternité. C’est à la fois le visage d’Ilka et celui de la sorcière. Plus tard, ils se dédoubleront ou se multiplieront… Pas très loin, trônant dans un bric à brac d’instruments, Alexandra Lupidi,  joue les « Madame loyale » un peu déloyale de cet étrange cabaret dans un constant dialogue musical et vocal  avec les métamorphoses de « la vieille »… Si l’on voulait être un peu plus attentif, je suis sûr qu’on devinerait, caché dans un coin du rideau, l’ombre inquiète de Kantor battant le rythme de nos destinées et de leur représentation. Et, derrière moi, dans la salle, je jurerais avoir entendu le petit rire sardonique mais heureux d’Artaud... Les ombres sont nombreuses ce soir au théâtre de la commune, à commencer par les nôtres…

On aura compris qu’il n’est pas question de résumer ni de rendre compte littéralement d’un tel spectacle, ce serait le dénaturer. Mais on peut tenter de dire son émotion… Dire qu’Ilka nous interroge en interrogeant la vie, nos vies… Dire aussi qu’elle dérange parfois. Certains spectateurs pouvant mal supporter les miroirs qu’elle nous renvoie… Dire qu’elle brouille les pistes à plaisir et que les brumes de son théâtre nous emmènent parfois aux frontières de nos limites… Dire qu’il sera difficile d’oublier désormais le dédoublement de la vieille avec la petite ballerine. Ballerine qui deviendra vite « ballereine » et enfin « balleruine »… Petite fille déjà vieille au destin scellé d’avance…

Dire aussi le corps à corps d’Ilka avec elle-même… Car il est impossible de parler de manipulation… Elle est sa propre manipulatrice et en vient à se faire manipuler par son double… Ou son Dibbuk ?... Allez savoir ! Nous ne sommes jamais loin non plus de l’enfantement. La petite ballerine pourrait bien avoir les jambes et les pieds d’Ilka mais nous n’en sommes pas tout à fait sûrs. Sa tête semble détachée mais c’est la vieille qui nous paraît irréelle. Tellement irréelle qu’elle finira par rajeunir aux dépends de la ballerine et ainsi de suite… De même quand elle prendra ses distances avec le sol dans un grand écart aérien dont elle a la délicatesse de nous laisser deviner le subterfuge… De même pour l’apparition du petit âne, faune d’Ilka dans un songe de nuit d’été ou plutôt d’automne…De même pour la mort dans un inversement de rôle final. La mort est belle sous les traits d’Ilka et notre masque humain est irrémédiable… Qui a côtoyé de près le visage de la mort n’oubliera pas cette danse finale où le théâtre d’Ilka semble nous permettre  une réconciliation inespérée…

Au retour la navette nous dépose à Stalingrad… Sous les trépidations du métro aérien, un haut grillage délimite une triste aire de jeu de basket… Oublié de tous, couché sur un vieux matelas informe, un homme dort…Pourquoi suis-je sûr de l’avoir vu s’élever doucement dans les airs dans une danse  libératrice ?... Pourquoi ?… Peut-être parce qu’il sait qu’Ilka Schönbein reviendra au printemps garer sa roulotte, non loin de là près du chapiteau du Grand Parquet… C’est aussi cela, le théâtre !….

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