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René De Obaldia ou la gravité de l’absurde

:::: Par Catherine Tullat | paru le 07/01/2013

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Avant le tournage du film que Bat (Philippe (s) et Jean-Pierre) m’ont offert de réaliser, je connaissais le nom de René de Obaldia, moins son œuvre. Nous avons rendez-vous avec Jean Pierre Thiercelin, qui va diriger avec Gilles Costaz les entretiens pour le film, chez René de Obaldia.

Une lourde porte bleue nous invite à entrer dans la cour pavée d’un immeuble ancien, d’une époque révolue. L’élégance, le charme, le style, correspondent parfaitement à l’homme qui va nous ouvrir son intimité. J’ignore encore qu’à son contact les situations prennent une autre couleur, une autre dimension. Nous entrons dans l’ère du décalage.

Nous sonnons à l’interphone pour signaler à René De Obaldia notre présence. Une voix chaleureuse nous souhaite la bienvenue et nous ouvre la porte. Une autre porte bleue, toute aussi lourde que la première, nous fait un clin d’oeil. Je m’efforce de l’ouvrir, sans résultat. Une deuxième poussée sur le bouton de l’interphone est conseillée si nous voulons entrer. Monsieur de son côté, répète son geste. Je pousse la porte une seconde fois, toujours pas le moindre mouvement ni dans un sens ni dans un autre. Gênés, nous tentons une troisième secousse, un éclat de rire nous parvient de l’autre côté de l’interphone. Ce ne doit pas être la première fois qu’il y a méprise. La porte bleue n’est autre que la porte de la cave. Même la porte de la cave a du cachet. René nous invite à nous retourner et là nous apercevons une porte vitrée qui s’ouvre dans un frôlement.

Après un court séjour dans l’ascenseur qui n’est pas non plus de tout repos, une porte coulissante nous surprend à chaque étage par le choix de son ouverture, notre première entrevue peut commencer.

L’homme nous reçoit dans son appartement/atelier ouvert sur le ciel, surplombant l’église de la trinité qui ponctue, chaque changement d’heure, par un son de cloche doux et harmonieux. Le temps, un mot qui résonne comme une ironie, non dramatique,  pour cet homme dont l’âge flirte avec l’immortalité.

La lumière extérieure, en fin de journée, épouse les tons roses et orangés des étoles posées ça et là dans ce salon en duplex décoré avec goût et théâtralité.

René de Obaldia est un auteur incontournable du XXe siècle. Sa vie ressemble à son œuvre, un impromptu. Sa poésie est une vision du monde élargie. « La poésie est le moment ou la prose décolle ». Son pessimisme souriant est sans doute lié à ses origines, né à Hong-Kong, d’un père panaméen et d’une mère française. Il a le sens de la réplique et de la métaphore. Son esprit est vif, son regard malicieux.

Il n’installe pas de distance entre les gens, il nous laisse pénétrer dans son intimité. N’est-ce pas l’apanage des grands hommes ?

Il y a un malentendu sur cet auteur. Il est souvent associé au théâtre de l’absurde, lui préfère s’associer au théâtre du mystère.

Il aime l’Homme dans toute sa dimension, il le dissèque au scalpel. « Écrire est une attention à l’autre, une preuve d’amour ». Il nous l’a confié. Son œuvre est portée par l’inquiétude du monde, mais il la traite avec humour et ironie. Il aime les mots, la langue, il les emploie avec jubilation.

Certains disent que son écriture a vieilli, argument obsolète. Les travers de l’humain n’ont-il pas fait un pacte avec l’immortalité ? Il suffit de monter ses textes, de les replacer aujourd’hui et ils redeviennent contemporains.

Tous ces arguments participent à faire de cet auteur, un auteur inclassable. Son théâtre est assis à côté du réel, pas juste divertissant, pas non plus politique, quoique… Mais poétique, toujours poétique. N’est-ce pas ce qui relie son œuvre : théâtre, roman, poésie ?

En ce début de XXIe siècle, le théâtre public et le théâtre privé  ne se bousculent pas pour le programmer. Pourtant son théâtre reste jeune et insolent. Il se plaît à le rappeler : « il faut toujours mettre des étiquettes » et bien avec lui ça ne marche pas. Il les détourne.

Monsieur l’académicien, je suis ravie de vous avoir rencontré et d’avoir découvert au-delà des mots, des étiquettes, des phrases toutes faites, un homme et une œuvre.

Je citerai une de vos phrases qui vous sied à merveille : « le rire, un certain rire, est nécessaire pour pallier la surabondance de la gravité ».


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