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La belle ogive

:::: Par Philippe Crubézy | paru le 01/10/2011

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Merveilleuse publicité du Midi Olympique :

Vendredi, le Midol vert pour savoir comment on va gagner. Lundi, le Midol rouge pour savoir pourquoi on a perdu.

Le Midol, le Midi Olympique, journal jaune comme un soleil dans le ciel de la ville rose, comme un repère coloré dans les kiosques parisiens.

Vert, rouge, jaune, rose : une affaire de couleurs comme une affaire de rugby.

Les bleus intranquilles à l’assaut des noirs frappés de la fougère au pays du long nuage blanc, les verts qui mystifient les oranges en leur faisant bouffer le trèfle à coups de tronches, l’impavide anglais blanc comme un linge, comme ses falaises de craie, sans oublier le rêve rouge de tous les Jones, tous les Williams à rouflaquettes et autres pirates gallois.

Affaire de couleurs aussi que sont le mouvement qu’on voudrait perpétuel, la passe sur un pas, le cadrage débordement, l’essai du bout du monde où Accocebery offre l’essai à Sadourny à 50 cms de la ligne, l’envol à la touche d’un bébé de 110 kilos, l’incroyable chaos ordonné d’une mêlée à cinq mètres, l’impeccable et pourtant toujours improbable trajectoire de l’ogive entre les pagelles.

J’avais sept ans ou quelque chose comme ça, les télés diffusaient en noir et blanc, je ne savais pas que l’herbe du pré était verte mais j’entendais déjà la couleur des accents dans le poste : Couderc, bien sûr, et peut-être aussi l’Abbé Pistre puis plus tard les cailloux dans la bouche de Spanghero, Bala, l’Orb qui coule dans la passe de Richard Astre et enfin l’éclat d’un diamant noir nommé Blanco.

Un noir qui s’appelle Blanco, premier crochet à l’entendement.

Les années ont passé comme des pénalités. L’amateurisme n’est plus marron puisqu’il n’est plus du tout avec ses détecteurs appointés à l’affût de minots de treize ans, prêts à les envoyer avec armes, illusions et bagages qui à Toulon, qui à Biarritz, qui au Stade Français. La planète ovale a bougé avec des ailiers aux cuisses comme celles de Paparemborde et des piliers qui courent comme Codorniou. Le monde de la gonfle a bougé avec la Coupe du monde qui voudrait rendre le Tournoi arthritique et nous faire oublier que les larmes les plus belles sont celles versées sur le corps de l’Anglais piétiné par le Coq à Twickenham. L’Ovalie qui nous appelle à la Célébration de ses couleurs tous les quatre ans a changé de corps et d’esprit au rythme des transferts et des pubs pour rasoirs collées au cul des bus.

Oui. Peut-être, sans doute. Mais le ballon est toujours ovale et les principes actifs toujours les mêmes :

Donner, recevoir, donner.

Si tu veux sauver la patrie à toi tout seul, tu seras pris par la patrouille.

Mets la tête là où personne ne mettrait le pied.

Tout commence devant et à l’aile la vie est belle.

Viens à hauteur et prends l’intervalle.

Donner, recevoir, donner.

Alors oui, regarder la Coupe du monde et prendre sa place dans la file des 63 millions de sélectionneurs. Croire, faiblement mais croire au miracle renouvelé d’une victoire à l’Eden Park en match de poule pour se fader plus tard, si les quarts se passent bien, l’Australie ou l’Af sud en demie. Craindre, faiblement mais craindre la défaite face au Tonga et le retour au pays, honteux et confus, non qualifiés pour les quarts. Et ne pas hésiter à invoquer les Puissances tutélaires.

Dieu des certitudes, ne les abandonne pas !

Dieu du rebond favorable, entends notre prière !

Grand Manitou de l’interception miraculeuse, veille sur tes enfants !

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