Samedi 15 juin 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Train de pluie/En ce temps-là l'amour

:::: Par Catherine Tullat | paru le 16/12/2011

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Train de pluie

Daniel Keene (traduction Séverine Magois)

En ce temps-là l'amour

De Gilles Segal

 

Mise en scène : Catherine Hubeau et Marie Laure Speri

Avec : Catherine Hubeau et Tomaso Simioni

Violoniste en alternance : Stéphane Guiocheau et Marc Desjardin

 

Au théâtre côté court - 12 rue Edouard Lockroy – 75011 Paris

Tous les mardis et jeudis à 19H

 

J’arrive dans un petit théâtre coincé dans une cour intemporelle entourée d’un d’immeuble comme j’ai pu en voir à Cracovie, où les escaliers sont construits à l’extérieur. Quand on lève la tête et qu’on ferme les yeux, on entend la voix des enfants qui jouent, les parents qui les appellent, on sent les odeurs de la cuisine en train de se faire, on est envahi par les souvenirs d’instants détruits, de vies brisées, d’un temps sacrifié. La salle est petite, mais chaleureuse. Le décor continue sa route vers la mémoire. Un tracé de chemin de fer, des valises dans un coin avec des noms écrits à la craie. Soudain un violoniste nous enveloppe d’une mélodie qui ressemble à du Klezmer mais ce n’est pas tout à fait du Klezmer, c’est une mélodie qui a un goût de l’Est. Un homme et une femme apparaissent, on ignore s’ils se connaissent. La femme raconte son histoire, elle n’a pas bougé de sa place depuis que des voyageurs en partance vers la mort, lui ont laissé en gage d’un retour possible, leur espoir à travers leurs objets, leurs valises. Un enfant lui a même confié une fiole remplie d’eau de pluie en lui demandant de la garder avec le plus grand soin pour quand il reviendra. Cette femme a vieilli, les voyageurs ne sont jamais revenus chercher leurs valises, leurs objets, ils sont toujours à la même place et encombrent la maison, mais cette attente a donné un sens à la vie de cette femme qui vit seule. L’enfant, non plus, n’est pas revenu récupérer son eau de pluie. La femme n’a pas ouvert la fiole, elle l’a gardée avec l’espoir qu’il revienne la chercher, il peut encore revenir et puis l’eau de pluie ne s’abîme pas. La femme a vieilli et les objets, les valises, sont partis en poussière comme leur propriétaire. L’homme qui est à côté d’elle est plus jeune que la femme. Est-il venu rechercher cet étui de violon vide que la femme lui tend ou pour lui raconter son voyage un jour de 42 ou 43 dans ce train en partance vers la mort ? Est-il venu raconter pour mettre fin à son attente ? Pour lui parler des gens qui avaient mis leurs espoirs entre ses mains. Il raconte, le voyage dans un wagon à bestiaux qui a duré 7 jours, plein à craquer.  La plupart ne sont pas arrivés vivant au terminus. Il se souvient de ce père face à son jeune fils, conscient de l’inéluctable, qui a profité de chaque instant pour lui transmettre l’essentiel de ce qui saurait faire de lui un homme. Il avoue son impuissance face au manque, à la peur, à l’interrogation.

Le violoniste ponctue, de ses longues mélodies, les monologues de l’homme et de la femme. Il joue sur l’image de la voie ferrée dessinée sur la scène. Il est la voix des oubliés, il est la voix des déportés.

Les deux textes, celui de Daniel Keene et celui de Gilles Segal, écrits à des périodes différentes, se répondent et c’est ce qui fait la beauté de ce spectacle, cette musique des oubliés qui retentit dans ce petit théâtre, coincé dans une cour intemporelle, qui prolonge avec ce décor la mémoire. Les deux comédiens s’emparent des mots avec justesse, effroi parfois, humour aussi. Le corps a son importance, il danse, il « comédia del arte ». C’est une heure de partage, de mémoire, de tristesse mais essentielle pour encore une fois ne pas oublier. À voir absolument.

 

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