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Le pouvoir des fleurs

:::: Par Eric Rouquette | paru le 01/10/2011

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Ainsi il aimerait les fleurs. Mieux, il connaîtrait le nom latin de chacune d’entre elles, au moins de celles qui parfument les jardins de l’Elysée. Et c’est comme ça qu’il aurait emporté le cœur de la belle, en bucolisant sur la botanique lors d’une promenade romantique main dans la main ou presque. Elle l’a avoué à la BBC, il faut que j’épouse cet homme, a-t-elle pensé, quand les yeux dans les yeux et un coquelicot à la main, il lui a lancé la formule magique : papaver rhoeas.

Non, bien sûr, on serait bien en peine de vérifier qu’il y a des coquelicots à l’Elysée. À vrai dire, il n’y en a sûrement pas. Le coquelicot est aussi éphémère qu’une interview à la BBC, alors pensez donc, des papaver en plein Paname, c’est bien trop beau pour être croyable. C’est comme la révélation de cette passion soudaine, à sept mois d’une élection qui commence sacrément à sentir le sapin, c’est vraiment trop beau. Il y aurait un plan de com. à la Séguéla-dessous que ça ne nous étonnerait pas. Parce qu’enfin, l’homme de pouvoir à la main verte, ça ne vous rappelle rien ? Les reportages en noir et blanc labellisés ORTF, le chapeau de paille, la veste en velours côtelé, les bottes en caoutchouc seventies et le bâton de bois pour éviter les chausse-trappes, bon sang mais c’est bien sûr : Mitterrand himself ! Il paraît que c’est le modèle à suivre en matière de réélection réussie par les temps qui courent. La tactique à tonton, au plus bas dans les sondages en septembre, et le triomphe absolu sept mois plus tard, 54% dans les dents et circulez ! Ah oui mais non, rien à voir. Mitterrand, c’était pas les fleurs, c’était les arbres. Oh la nuance. Bien jouée, la nuance. C’est vrai, quoi, c’est pas pareil du tout. La mitterrandalisation, c’est tout un art, on se doit de la pratiquer avec le souci du détail. La petite touche personnelle est plus que nécessaire, au cas où il se trouverait des empêcheurs de jardiner en rond qui trouveraient que le bouquet est un peu trop gros. On imagine déjà la réunion au sommet, la garde rapprochée réfléchissant pendant des heures avant de trouver la bonne idée. Et tout à coup, eurêka ! Les fleurs ! Emballez c’est pesé. « Allez ma chérie, tu es gentille, tu appelles les british ? Oui, les british, ça passera mieux qu’avec le JDD. Ces tordus de journalistes français, ils seraient foutus de ne pas te croire. »

Et encore, ça n’est que le début. Vous allez voir, d’ici 2012, on n’a pas fini d’en apprendre. La nuit du Fouquet’s, par exemple, en fait il n’y était pas du tout. Mais non, après son élection, il a filé au jardin des plantes et il a pris un bain de fleurs nocturne. Le Fouquet’s, c’était une diversion, pour sensibiliser les électeurs aux vraies valeurs de la République. Parce qu’enfin, un président fraîchement élu qui va fêter son avènement en plongeant dans les marguerites, ça fait pas viril-viril, tout le monde en conviendra. Et le yacht de Bolloré ? me direz-vous. Foutaises, il n’y était pas non plus. C’était pas lui, il avait mis un sosie pour les photographes. Parce que lui, le vrai, son copain l’avait déposé à Madère, où à cette époque de l’année, c’est-à-dire début mai, se tient une gigantesque fête de la fleur, dont d’ailleurs il ne rate aucune édition.

Donc depuis le début, il nous a fait des cachotteries. Il n’est pas du tout celui qu’on croit. Quand il rencontre ses amis du CAC 40, c’est pour échanger des graines. Et la Libye, qui a dit que c’était pour le pétrole ? Mais non, c’est parce qu’il y aurait là-bas des espèces de roses inconnues, qui n’ont même pas de noms latins. Khadafi les délaissait depuis quelques temps, il ne les arrosait jamais, trop accaparé qu’il était par ses ennuis domestiques. Alors ni une ni deux, Nicolas le jardinier a mis son costume de Super Dupont des plates-bandes et est allé sauver les roses libyennes. Voyez ce que c’est que de lui prêter des intentions belliqueuses. Heureusement que la jolie première dame est là pour rétablir la vérité. À sept mois de l’échéance suprême, il était temps, non ?

Une suggestion pour Claire Chazal la prochaine fois : qu’elle lui pose deux trois questions, comme ça, une sorte de petite interro botanique en toute simplicité. Histoire d’en avoir le cœur net. Mais pas préparées, les questions, hein ! Pas préparées !

J’ai comme une envie d’aller faire un tour chez Truffaut, moi…

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