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TSCG ? Vous avez bien dit TSCG ?

:::: Par Yves Cusset | paru le 03/10/2012

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Ainsi la France s'apprête à ratifier un nouveau traité européen. Ô joie, pleurs de joie ! Je suis convaincu que, depuis vos foyers, vous aussi ne manquez pas de vous réjouir de cette avancée tout à fait considérable. La majorité présidentielle y insiste : c'est un progrès vers une Europe plus juste et plus solidaire. En entendant de tels propos, on a tout de suite envie de savoir quelle est la finalité politique de ce traité qui semble susciter tant d'enthousiasme : instauration de normes de justice sociale à l'échelle de l'Europe ? Mise en place de nouveaux services publics pour l'Europe ? Domestication du capital ? Etablissement de nouveaux principes d'équité permettant une véritable redistribution des richesses ? Institution d'une véritable démocratie européenne ? Mais non, malheureux, désormais le sublime idéal politique de l'Union des Etats européens a un nom, qui est peut-être aussi celui du rêve des générations futures : la discipline budgétaire. Ah on imagine bien François Hollande s'adresser avec exaltation aux peuples européens : I have a dream that one day Europe will rise up and say : « we want discipline budgétaire ! ». L'équilibre budgétaire est devenu un but politique en soi, peut-être même le but ultime, celui à l'aune duquel mesurer la valeur de tous les sacrifices. Face à lui, le bien public, la justice sociale, même la paix civile font bien pâle figure!L'article 3 de ce traité joliment nommé de stabilité, de coordination et de gouvernance, entérine définitivement la transformation des Etats en bons gestionnaires uniquement comptables de leurs résultats chiffrés. Le reste est idéologie, qu'on se le dise. Cet article enjoint gentiment les Etats d'inscrire la fameuse « règle d'or » dans le marbre de la Constitution, cette règle qui impose aux administrations publiques, peu importe lesquelles, le principe de l'équilibre ou de l'excédent des budgets. Ainsi, quand on voudra s'interroger sur les valeurs de la République, que la nation demande à l'école de transmettre à nos enfants, on pourra leur dire : « La limite du déficit structurel autorisé, corrigé des variations conjoncturelles (à ne pas confondre donc avec le déficit nominal) est portée de 1% à 0,5%. Et la dette publique d'un Etat ne doit pas dépasser 60% du PIB ». Et c'est pour cela qu'on doit fermer l'école, d'accord les enfants ? Pour les cours d'éducation civique, il faudra faire appel à des intervenants extérieurs ayant reçu l'agrément de l'agence Moody's. Et qu'on se rassure,  en cas de non-respect de ce bel idéal, dans le cas où des élèves indisciplinés n'auraient pas su mettre en place le « mécanisme de correction » de leurs déficits, le traité prévoit aussi un système de sanction, à travers la mise en œuvre d'un programme « comportant une description détaillée des re?formes structurelles a? e?tablir et a? mettre en œuvre pour assurer une correction effective et durable de son de?ficit excessif » (Article 5), programme dont on ne saurait douter du caractère éminemment démocratique, équitable et social, puisqu'il doit recevoir l'approbation du Conseil de l'Union et de la Commission. Chaque gouvernement pourra ainsi recevoir, à son entrée en fonction, un petit manuel lui indiquant par avance les grandes orientations de sa politique, avec l'ensemble des éléments lui expliquant avec sollicitude comment réduire drastiquement les dépenses publiques, comment mettre un terme aux privilèges exorbitants dont bénéficient encore à notre époque dans certains pays les agents des services publics, comment limiter le financement public d'un système scolaire dont on sait depuis longtemps qu'il a de toute façon échoué, comment en finir avec la gabegie des systèmes de protection sociale, etc... Nous avons là le gage que la politique européenne est l'expression de la souveraineté des peuples qui la composent. Et comme en 2005, l'intérêt supérieur de l'Europe va primer sur les clivages politiques, et la droite votera avec la majorité socialiste pour la ratification du traité. Mais on ne se fera plus avoir comme en 2005, on ne soumettra pas ce traité à l'approbation d'un peuple bien incapable de voir par lui-même où se situe la supériorité de son intérêt, il y a quand même là une affaire trop sérieuse pour qu'on l'abandonne à un choix démocratique. L'Histoire ne se répètera donc pas. De toute façon, vous imaginez qu'on demande à l'électeur s'il est d'accord avec le système de calcul de la règle d'or... ?! Bien sûr, il y aura toujours les grincheux, les frileux, les peureux, les xénophobes, les populistes, qui se valent tous désormais, on le sait, qu'ils s'appellent Mélenchon ou Le Pen, Marx ou Poujade, pour se plaindre de cette amélioration notable de la construction européenne. Cela n'empêchera pas François Hollande, Angela Merckel et Nicolas Sarkozy de se tenir affectueusement par la main. Chassez un président par la porte, il revient par la fenêtre. Non Sarkozy n'est pas mort, car il bande encore, grâce à l'érection du traité de stabilité, de coordination et de gouvernance. On en viendrait presque à donner raison à cet éminent politologue du XXe siècle, Pierre Dac :

« En France il y a deux grands partis de droite, dont l'un s'appelle la gauche. »

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