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Parlez-moi de la pluie

:::: Par Eric Rouquette | paru le 23/01/2012

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François Hollande a donc nommé son véritable adversaire : le monde de la finance. Ajoutant qu’il n’avait ni nom, ni visage, ni parti, mais qu’il gouvernait quand même. Manière de dire que le combat n’est pas gagné d’avance, surtout quand on ne sait pas d’où viennent les coups. Mais le plus intéressant n’est pas là, d’autant que campagne et crise obligent, l’UMP dit peu ou prou la même chose depuis quelques temps. Non, l’intéressant, c’est la réaction d’un autre François, le dénommé Baroin, qui n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai – rappelons-nous de la « prise du pouvoir par effraction » de la gauche en 97. Baroin, c’est un peu l’Agnan de la politique française : on lui accordait jusqu’ici volontiers le rôle du premier de la classe – non, pas les lunettes, pas les lunettes ! - mais depuis qu’il est admis dans la bande au petit Nicolas, il joue des coudes pour devenir un caïd, et en devient plus hargneux que les autres. Donc, qu’est-ce qu’il a dit, Baroin, croyant balancer Hollande dans les cordes ? Que c’était idiot de désigner la finance comme adversaire, aussi idiot que de dire « je suis contre la pluie » (le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI du 22 janvier 2012).

Baroin a raté une bonne occasion de se taire, et dans le genre idiot, c’est celui qui dit qui y est. D’abord parce que mettre le monde de la finance et la pluie sur la même ligne, c’est insultant pour cette dernière. Tout le monde n’est pas contre la pluie, loin de là, il suffit par exemple de demander aux agriculteurs, ou d’écouter les chansons de Brassens et Nougaro. Ensuite parce que la pluie, on sait peu ou prou d’où elle vient, pour peu qu’on s’intéresse au langage des nuages ou au bulletin météo de Laurent Cabrol. La pluie vient du ciel, elle ne nous prend pas par surprise, et aussitôt qu’elle nous tombe dessus, les conséquences sont immédiates : on est mouillé. La pluie a des remèdes connus : on s’abrite sous un porche ou sous un parapluie, on peut aussi rester chez soi. Mais comment se prémunir du monde de la finance ? Comment s’en protéger ? Même les plus éminents économistes sont incapables de se mettre d’accord sur la réponse. Bref, la pluie agit au grand jour et nous prend par devant, alors que le monde de la finance agit dans l’ombre et nous prend par derrière.

Tenez, un exemple : il nous arrive fréquemment de lever les yeux en l’air et de dire : « Tiens, il va pleuvoir ». Mais à moins d’être initiés, il nous arrive rarement de dire : « Les enfants, mettez vos capuches, le CAC 40 est dans le rouge, les taux d’intérêt vont morfler, et Standart and Poor’s va nous faire dégringoler des A- sur le coin de la figure ».

Autre différence de taille : la pluie mouille tout le monde, quand le monde de la finance n’en arrose que quelques uns. Ceux-là, Baroin doit les connaître, et mieux, il doit sacrément les bichonner. Peut-être qu’il en a peur. Tout autant qu’il a peur de la pluie, c’est vrai qu’elle risque de lui déranger son brushing. Mais ce rapprochement absurde est absolument contre-productif pour son camp, et Nicolas va bientôt lui taper sur les doigts. Car cela suppose que comme la pluie qui mouille, on ne peut rien faire pour contrecarrer les activités douteuses de ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Ah bon, on ne peut rien faire ? C’est une fatalité ?

C’est ça, on ne peut rien faire. C’est une fatalité. C’est comme ça, c’est là et ça ne peut pas changer. Faut faire avec, au nom de la sacro-sainte compétitivité. Il est peut-être sincère, finalement, Baroin : pour lui, la pluie et le monde de la finance, c’est la même chose. Mais dans ce cas, c’est encore plus grave. Parce qu’à quoi il sert, alors, le ministre des finances ? A part à dire des âneries ?
 

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