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Feuilleton de l’été

:::: Par Nicole Sigal | paru le 01/10/2011

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DSK,  trois petites lettres qui ont fait le tour du monde. Séisme médiatique bouleversant en quelques heures la tectonique de nos sentiments, des couches profondes de la Creuse aux plissements pélagiques des Iles Marquises. Rassurez-vous, la terre ne s’est pas arrêtée de tourner.

Trois petites lettres comme trois petites notes d’une musique archaïque grinçante tel un acouphène strident.

Trois, chiffre mythique et incontournable de la triangulation oedipienne, qui depuis l’enfance structure notre libido, déclanche des guerres, des désastres mais aussi les plus belles œuvres humaines; chiffre ambivalent apportant l’amour et son envers la haine, cette doublure usée mais non moins rusée de nos désirs mal foutus et égrotants.

Trois mots : pouvoir, sexe, argent, comme Trois Pieds Nickelés obscènes. Ploutocratie et Pornocratie  allant main dans la main décomplexées.

Bref  le libéralisme effréné avec son commandement suprême : Jouis ! J’ai envie d’ajouter  Salope, car qui jouit et qu’en est-il de la deuxième moitié de l’humanité, bien souvent instrumentalisée dans des « rapports précipités », lors de « comportements sexuels déplacés »  au cours « d’une absence passagère de jugement », selon les mots la défense de DSK.

Quelle jolie définition du viol, bravo on n’était jamais allé aussi loin dans la décomplexion !

Nous avons échappé bel : après un agité, avoir un psychopathe comme président de la république et une première dame possédant des boîtes de partouzes à New York. Ce ne sont pas ces boîtes à sexe qui me choquent (laissons ces enfants gâtés pourris à leur sexualité infantile d’enfants « pervers polymorphes »), c’est toute cette hypocrisie du pouvoir, son infantilisme et la démesure obscène du fric. Le cul ça se soigne comme le fric, disait Lacan. Le problème c’est qu’ils ne font pas seulement joujoux, ils nous gouvernent.

Afin d’éviter la prison qui peut payer son loyer 50 000 dollars par mois, en étant sans boulot? Je n’arrive plus à calculer dans ce délire vertigineux, il me semble que nous ne sommes pas loin de 10 ans de RSA (encore trois petites lettres, maigres ressources cette fois, d’une bande de « profiteurs » aux dires de nos vertueux hommes politiques ayant perdus toute notion de relativité!). Relativité à taux variable d’ailleurs : à la France d’en haut « le chaud lapin », à celle d’en bas le dangereux détraqué.

Trois consonnes sonnant le glas de décennies de luttes contre les violences faites aux femmes, comme un non-dit terrible évacuant d’office la question de la domination masculine.

Comment oser dorénavant franchir les portes déjà peu hospitalières, c’est une litote, d’un commissariat sans avoir peur de se faire traiter de fabulatrice. Attention les filles si vous avez menti dans votre vie, vous êtes susceptibles de vous faire violer impunément.

Alors que l’on sait qu’une femme qui vient de se faire violer veut tout de suite oublier pour anesthésier la douleur, faire comme si cela n’avait pas existé. Elle va jeter sa culotte, ses draps, toute trace de souillure. Elle est dans le déni partiel ou total, et la justice lui demande où quand comment, toutes précisions qu’elle cherche à gommer. Elle ne pourra pas répondre ou alors se contredira. Si elle se roule par terre c’est peut-être devant sa propre impuissance. Il me semble que je me roulerais par terre devant une telle injustice, un tel manque de psychologie. On dira alors c’est une menteuse, une « comédienne » puisqu’en plus c’est marqué sur ma carte d’identité à la rubrique profession.

Et puis si une femme monte dans un hôtel avec un inconnu ce n’est pas pour cela qu’elle n’a pas le droit de dire non ensuite, de refuser d’être prise à la hussarde comme une forteresse moyenâgeuse, selon la loi du Elle-l’a-bien-mérité !

Alors que nous devrions nous poser toutes les questions d’un débat citoyen et adulte, quelle indigence de n’avoir pour alimenter nos réflexions que les déviances infantiles et non moins dangereuses de nos dirigeants politiques baisant comme des soudards, spéculant comme des malades, mentant comme des arracheurs de dents, possédant et amassant femmes pouvoir argent comme des débiles mentaux fixés à tout jamais au stade anal! Représentants d’une société libérale désastreuse et sans imagination, où la pulsion la satisfaction immédiate, forcément non satisfaisante et n’engendrant que des comportements compulsifs, remplace la construction du désir riche de symbolisation. Remplace toute pensée.

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