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Mignons, allons voir si la rose…

:::: Par Philippe Touzet | paru le 10/10/2011

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Pour un amateur de rugby, battre le XV de la Rose, c’est mieux qu’une nuit d’amour dans un ascenseur, une cuite entre potes, une promenade dans la forêt avec son chien, c’est mieux que tout, c’est le Graal, « c’est le pied», comme le disait Marc Lièvremont, sélectionneur du XV tricolore, à l’issue du match de ce désormais fameux 8 octobre 2011. «C’est le pied de battre les Anglais», t’as raison, Marc, c’est trop bon pour être vrai. «C’est presque plus jouissif que de battre les All Blacks» a écrit un journaliste de Libé, tu peux enlever le presque, mon gars, c’est plus jouissif, un point c’est tout ! Avec les All Blacks, quand on gagne, on est content, on peut pas dire le contraire, mais il y a toujours comme une sorte de regret, un petit pincement au cœur, rien de tel avec les Anglais, pas de regrets, ni de couronne pour la reine, que des sourires. Faut dire que les Anglais se sont fait une spécialité, depuis des décennies, de nous les briser menu…Qui peut oublier cette demi-finale de coupe du monde 2007 ? Pour ne parler que de ça…Sinon, ce n’est plus un article qu’il faudrait écrire mais un livre en plusieurs volumes…

Que dire du match ? Dimitri Yachvili a avoué, une heure après le match, «nous n’avions pas de plan de jeu», ça a le mérite d’être clair ! Ou alors c’était un plan à la Obélix, on fonce dedans et on voit après. Dès La Marseillaise, on a bien vu que les joueurs étaient chauds comme des bouillottes, le regard noir charbon, les dents serrées (image complètement inutile vu qu’ils étaient tous en train chanter), bref, ça sentait le combat, le gaz à tous les étages. Et pour cause…Comment passer sous silence ce début de compétition catastrophique ? Où nos coqs semblaient perdus dans ces matchs de poule. Après avoir joué aux japonais absents, avoir fait du canada dry face aux Canadiens, (ça a la couleur du rugby, ça a le goût du rugby mais ce n’est pas du rugby), après avoir déchanté « Noir c’est noir » face aux Blacks et s’être baladé en tongs au pays des Tongas, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il était temps que l’on montre les dents, (image beaucoup plus appropriée surtout quand on chante…)

Le supporter des Bleus peut supporter beaucoup de choses, tout, sauf une branlée contre les Anglais.

À l’issue du match, Morgan Parra a déclaré, «c’était une affaire d’hommes», tu m’étonnes…Après le match pathétique contre le Tonga, si le ridicule ne tue pas, il peut sérieusement écorner une réputation de joueur. Si les Français s’étaient pris une raclée face aux Anglais, le retour au pays aurait été délicat à gérer…Pour ne parler que d’une région que je connais bien, le Sud-Ouest, les gens, depuis quelques temps, se laissaient aller à un début de déprime, le vin avait un goût de bouchon, les cèpes avaient déserté les coins à cèpes, Juppé était toujours maire de Bordeaux, le confit de canard était gras (ce qui fondamentalement parlant est impossible), certains allaient à Lourdes à genoux et d’autres à pied au bistrot, et pour comble de malheur, les jolies touristes étaient rentrées chez elles… Beaucoup de spécialistes à béret pensaient que pour gagner, la seule solution, c’était de mettre d’entrée de jeu, sur le terrain, les 22 joueurs figurant sur la feuille de match…

Le match. Les Français sont entrés dans la partie comme des morts de faim, des cannibales prêts à bouffer tout cru des rosbifs plutôt coriaces, mais tendres à force d’être retournés comme des crêpes… Les Bleus ont montré une combativité qui semblait être restée aux vestiaires depuis quelques matchs. Ils n’ont pas cessé d’avancer sur les impacts, liés, solidaires, agressifs, faisant peu de fautes surtout en première mi-temps. Le poète deuxième ligne Lionel Nallet avait déclamé dans la semaine, un court poème en prose, «va falloir y aller à coups de tronches», c’est exactement ce qui s’est passé, les Anglais ont reculé devant l’amplitude du raz-de-marée et les digues ont cédé par deux fois, deux essais de facture toulousaine. À la mi-temps, l’équipe anglaise qui n’aime pas courir après le score est rentrée aux vestiaires avec seize points de retard dans la musette. Martin Johnson, le sélectionneur anglais, a dû jouer à ses joueurs un air de cornemuse dont il a le secret et leur promettre de la panse de brebis farcie au repas du soir en cas de défaite car les gars de la Rose sont rentrés sur le terrain avec une détermination impressionnante. Et ils ont commencé à revenir au score… Profitant de nos nombreuses fautes. Ils nous ont planté deux essais et un vent mauvais s’est abattu sur l’Eden Park, avec fort rafraîchissement au niveau de l’hexagone…Mais l’équipe de France a tenu le coup, elle a plié mais elle n’a pas rompu montrant ainsi un état d’esprit exemplaire au niveau de l’engagement et du dévouement… Face au mur tricolore, l’équipe d’Angleterre s’est montrée particulièrement maladroite, multipliant les passes de maçon, ce qui est, vous en conviendrez, plutôt paradoxal.

19 – 12, l’équipe de France a gagné le match qu’il ne fallait pas perdre.

En route vers la demi-finale face au Pays de Galles. Une équipe qui mêle harmonieusement expérience et jeunesse et qui s’est qualifiée de fort belle façon face aux Irlandais. Un beau match de rugby nous attend. Le genre de match qu’il faut regarder debout dans les gradins et devant sa télévision.

Tiens, au fait, en parlant de France Gall…

  • Ils jouaient du rugby debout
  • C’est peut-être un détail pour vous
  • Mais pour nous, ça veut dire beaucoup…

Oui, bon, d’accord, je suis désolé…J’ai essayé d’improviser un truc avec «Annie aime les sucettes…» mais j’ai pas trouvé…

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