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Effets pervers et conséquences

:::: Par Philippe Crubézy | paru le 03/10/2011

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Quelques effets pervers induits, il me semble, par la professionnalisation du jeu de rugby…

La plupart des gars en crampons gagnent très bien leur vie le temps de leur carrière et savent maintenant gérer intelligemment la retraite sportive, tant mieux. Le niveau des championnats a été relevé par le resserrement de l’élite et l’arrivée des vedettes étrangères payées très très cher, tant mieux. Les stades sont remplis, même en D2, les télés diffusent largement les matchs, tant mieux. Les gamins prennent la licence, tant mieux.

Mais le rapport des joueurs à leur équipe « naturelle, de terroir » a bougé, les transferts à coups de millions relativisent considérablement « l’amour du maillot » et la transcendance qui est censée l’accompagner. L’arrivée massive des cadors étrangers  dans les clubs –et pas seulement les grands- bloquent, de facto, l’entrée en lice des jeunes joueurs issus des centres de formation et l’éclosion au fil des matchs des talents qui manquent ensuite à l’équipe nationale. Le rapport au jeu et au résultat a bougé lui aussi. La pression du résultat pousse au jeu petit bras qui pourra assurer la gagne, la qualification même piteuse. On perdait tête haute et il arrive qu’on gagne la queue entre les jambes. Manque de prises de risque, priorité aux défenses, trouille de mal faire et manque récurrent de folie.

Et nous autres aussi, spectateurs, amateurs, amoureux du pré supportons moins l’échec, pris que nous sommes dans cette mondialisation hormonale, et en remettons une couche sur les pauvres épaules des joueurs.

Et puis quoi de plus énervant que de les voir vendre des caleçons pleine page dans les journaux le lendemain d’une des pires branlées de l’histoire du XV bleu.

A propos de cette branlée comme conséquence possible des effets précédemment décrits…

Dans mon premier billet, je craignais, faiblement mais je craignais, la déroute des bleus contre les rouges tonguiens avec, dans la foulée, le retour prématuré à Roissy.

Ils ont perdu et n’en sont pas revenus. Et nous non plus.

Le XV de France c’est Venise, triste au temps des amours mortes. Quinze gars en bleu au fond de la lagune et l’Ovalie qui se gondole. Quinze gars du bâtiment qui auraient oublié de monter l’échafaudage, de préparer les outils, de mettre la salopette et le bob Paul Ricard. Quinze peintres encartés à la FFR qui se seraient fait piquer le matos, du rouleau au white spirit, par une bande de semi-amateurs morts de faim et d’exploits.

Voilà, nous y sommes : la faim de l’exploit et l’exploit à la fin.

Nos peintres bleus, ils ont un bel emploi mais n’ont pas très faim et ne réalisent pas beaucoup de beaux exploits. Pourtant avec l’argent qu’ils gagnent, ils pourraient quand même se payer un psy et régler leurs actes manqués à cinq mètres de la ligne (en rugby,acte manqué se dit essai vendangé. Danger, vent du danger : tout est dit).

Ils ne sont pas maladroits, ils ont peur. De leurs ombres et des autres.

Donc, devant nous les falaises de Douvres, la conduite à gauche, la rose sur le cœur et le pied de Wilkinson. L’Angleterre, quoi, l’éternelle, perfide et enragée Angleterre qui, elle non plus n’est pas très folichonne en ce moment.

Comme un match d’avant la couleur.

Le match de la douleur.

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