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Le sport pourrit l’argent

:::: Par Nicole Sigal | paru le 18/07/2012

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Dans mon enfance j’allais au foot avec mon père, c’était la sortie du dimanche, on faisait 5 km à pied, emmitouflés comme des belettes sur une petite départementale pour aller rejoindre nos dieux du stade : Togny-aux-Bœufs contre Pogny. Leurs vestiaires étaient dans des wagons de marchandise en bois désaffectés. Il faisait froid, et les mollets gonflés des joueurs étaient pleins de boue. Ma copine plus âgée avait un amoureux parmi ces crottés, moi j’étais trop jeune, mais je faisais semblant d’en avoir un pour être grande. Mon père aussi était très jeune, il était sans doute mon seul amoureux à cette époque. Bref y avait de l’excitation sinon sexuelle, au moins sensuelle sous la bise de l’hiver, et mon père était heureux d’emmener sa tribu en rang d’oignon jusqu’au village voisin qui avait son terrain de foot. Ma mère elle, restait broyer du noir à la maison.

En fait je ne m’intéressais pas au foot, mais au corps plein de vie de ces garçons bandant leurs muscles en criant des mots que je ne comprenais pas et ne comprends toujours pas. Des « coups francs » que je ne trouvais pas très francs. Mais ça sentait bon la terre et un chocolat chaud au vrai lait de vache avec de la crème qui donne des haut-le-cœur  m’attendait en rentrant.

Bon, je n’ai pas fait beaucoup de progrès dans la compréhension des règles, il n’y a pas très longtemps je ne savais pas que les joueurs changeaient de côté à la mi-temps. Mais surtout je n’arrive pas à comprendre que des millions de téléspectateurs dont beaucoup gagnent en une vie ce que ces gamins « pas finis » (expression d’un mec de la FIFA), gagnent en un mois, voire une semaine, qu’ils les regardent courir derrière un ballon avec des Marques collées au fesses, merde répugnante qui a remplacé la boue de mon enfance sentant bon le champignon.

Bref le sport est devenu le spectacle de la nouvelle barbarie, on y meurt comme dans les jeux du cirque : dopage, argent, violence. Le sport de compétition a colonisé le corps.

Il remplace la politique. Pendant l’euro de foot il y a eu une confusion entre les deux, entretenue par les journalistes : « la France est sortie de l’euro », « les allemands vont sortir les grecs de l’euros. Crise  de l’euro et euro de foot. Nous nageons de toute part dans la confusion, sans compter la confusion générationnelle du type de « j’ai l’âge de la compagne de mon père ». Société perverse qui mélange tout pour déstabiliser le quidam honnête et lui faire avaler des couleuvres. 

Le sport remplace progressivement les activités des individus, il devient la forme politique de notre société, il occupe quotidiennement les individus. Dopage, surentraînement, envahissement des problèmes sportifs.

La FIFA a un budget opaque, plus élevé que celui de la France, elle est un gouvernement mondial ainsi que toutes les organisations sportives. Nous sommes désarmés par rapport à la puissance même du sport. Il est la synthèse du capitalisme (le sport pourri l’argent !), lié à la Mafia. Ce n’est pas le théâtre, la danse qui aimanteraient la Mafia !

Le sport reproduit la logique irréversible de la compétition économique et industrielle: il faut battre des recors. C’est un moyen de contrôler la société, de la maintenir dans les rails.

Les joueurs de l’équipe de France de foot ont été ridicules, enfants gâtés pourris qui gagnent en un mois ce que gagne un prof dans toute sa carrière. L’intelligence, gênante, ne rapporte rien ! Ils ont 22 ans mais 15 ans d’âge,  sortent en boîte avec des gardes du corps, mettent des grosses lunettes noires sous la pluie à l’arrivée à l’aéroport et se cachent sous des capuches quand il fait 30 degrés, ne daignent même pas jeter un œil à leurs naïfs supporters. Quand ils ne violent pas des filles, ce sont leurs supporters qui vont aux putes parquées dans Eros Center autour des stades.

Ils engueulent un journaliste, le capitaine, refusent de serrer « républicainement » la main du joueur qui les remplace, comme c’est la tradition. Ils sont fatigués, humiliés, on leur demande beaucoup, d’être nos Héros, de nous représenter à l’étranger, mais leur bêtise me fait honte, mon héros c’est le jardinier du square en bas de mon immeuble, il me donne en cachette des fleurs pour ma terrasse.

J’aimerais revenir à cette enfance du sport, où il faisait bon manger des marrons chauds à la mi-temps.

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