Mercredi 12 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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:::: Par Jean-Pierre Thiercelin | paru le 31/12/2014

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A Niels et Clarence, mes deux petits Jésus.

Musée de la crèche de Chaumont

Devant une crèche napolitaine...

Sur le cartel, il est écrit : « Adoration des rois et des bergers ». Art napolitain. XVIII ème siècle.

La crèche occupe la quasi totalité d’une des trois pièces du musée. Monumentale, elle trône dans une immense vitrine et se regarde sur quatre côtés. Sur un socle de rocher creusé de grottes, les ruines d’un temple romain... La Nativité y triomphe. Une pâle vierge blonde en  satin bleu. Un petit Jésus également pâle, nu et maigrichon, coiffé d’un soleil doré. Là-haut, une nuée d’anges baroques aux robes amplement drapées par le souffle divin sonne aux quatre coins de la terre le triomphe de la chrétienté sur les faux dieux de la civilisation païenne... Sur les pentes escarpées du rocher, les riches caravanes venues d’Orient et d’Afrique, disputent l’ascension au petit peuple de Naples. Marchands, taverniers, cultivateurs, bergers... C’est à qui arrivera le premier pour s’incliner devant le sauveur, de gré ou de force...

Il fait chaud, très chaud dans ce petit musée désert... Les fenêtres sont occultées et l’air semble rare... Très rare... Pas de siège... Autant s’appuyer sur le radiateur qui, de ce fait, accepte de jouer, non plus les utilités mais la miséricorde... Sur le radiateur, il fait encore plus chaud... Les yeux commencent à piquer et les paupières à s’alourdir... Les personnages de la crèche ont tendance à prendre du flou, du gîte... A osciller imperceptiblement... une légère vibration dans l’air lourd... Un vague grondement de rumeur... Mais d’où peut bien venir cette rumeur ?...

 

Le berger : Tout là haut, un bras levé. Ils arrivent, ils arrivent !... Attention, ils arrivent !...

Le vieil assoupi : Dans la taverne. Oh, Tu te calmes là-haut ?... C’est pas bientôt fini ce bordel ?... Et puis qu’est-ce qui arrive ?... J’aimerais bien le savoir !... Depuis le temps... Il n’y a jamais personne qui arrive ici, on le sait bien... Personne ! Allez ! Baisse ton bras la vigie. A force de lever le coude, tu finis par avoir des visions.

Le Berger : Toi, ton coude, tu l’as tellement levé que t’as plus rien qui se lève, même pas tes fesses ! Si tu crois qu’on ne te voit pas vautré dans la taverne d’Alberto. On entend tes ronflements d’ici. Pour un peu ils couvriraient la rumeur...

Le vieil assoupi : Mais quelle rumeur ? Non seulement t’as des visions mais maintenant, voilà que tu as des voix... Allez descends de tes hauteurs et viens te rafraîchir le gosier, ça te remettra les idées en place...

La bergère : Là-haut qui regarde vers le bas. Mais c’est toi, malheureux sac à vin, qui es complètement sourd... Bien sûr qu’on l’entend, cette rumeur !... Chut ! Ecoutez, on commence à deviner les voix... A mon avis, ils sont assez nombreux. Ils ont enfin  entendu la bonne  nouvelle !... C’est sûrement un signe de la Providence !... Allez mon homme, te laisse pas démonter par ce vieil ivrogne. Continue de leur montrer le chemin !...

Le vieil Assoupi : Qu’est-ce que vous allez encore inventer ! Mais on baigne dans le silence dans cette putain de cage de verre depuis une éternité... Un silence à crever ! Si seulement ça pouvait péter un bon coup !... Mais ça j’y crois pas... Je crois plutôt que vous êtes gagnés par les acouphènes...

Le vieux au chapeau : A l’extérieur de la taverne. A l’oreille de sa voisine. Les acouphènes ? Qu’est-ce que c’est ?...

La vieille à la coiffe et au panier : C’est un virus qui traîne dans certains musées. Avec les acariens et les moisissures c’est la terreur des conservateurs...

Le vieux au chapeau : Alors finalement, on est peut-être aussi bien derrière notre vitre. On est protégés !... Et puis au moins, on est entre nous... Pas d’étrangers !...

La vieille à la coiffe et au panier : Je t’aime beaucoup tu le sais... Mais tu es quand même un vieux réac !... Avec toi, l’unité italienne, c’est pas pour demain !

Le berger : Ca y est je les vois !... Ils approchent !...

La bergère : Au vieil assoupi. Tu vois bien !... Espèce de grossier personnage...

Le vieil assoupi : Mais je ne vois rien du tout!... Je vois seulement ce qu’on a toujours vu. Rien de plus... La « figurazionne usuale » !... Ceux qui montent en ce moment à l’assaut de notre  rocher, c’est sûrement un reliquat de poupées déguisées, sorties des réserves par Raphaële pour stimuler les troupes. Elle est bien gentille notre petite conservatrice mais elle fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a !... Je te fiche mon billet que vos nouveaux arrivants, c’est encore une bande de groupies prêts à jouer des coudes pour aller se frotter aux couffins bourrés de pétrodollars des enturbannés du Golfe Persique... Sans oublier de se faire un selfie devant la sainte famille... Rien de nouveau ! De toute façon, ils resteront pas par ici. Ici, c’est le côté Nord de la crèche. Le quartier réservé aux pauvres... Autrement dit l’envers ! Ici, il fait froid. Le 24 décembre, on se prend régulièrement le vent en pleine poire... Alors les touristes, ils filent direct sur la façade côté sud pour se réchauffer sous les sunlights avec les peoples (pipolés), histoire de piétiner un peu le tapis rouge

La bergère : Mais écoutez comment il parle celui-là... Grupi, selfi, pipolés d’où tu sors ça encore ?...

Le vieil assoupi : « Ignorante » ! Tu as déjà oublié notre bon vieux dialecte napolitain : « gruppi », « selfi », « Pipolé » ! De bons vieux mots de chez nous qui se transmettent de génération en génération... Toi, depuis que tu fréquentes les musées français, tu t’es empressée d’oublier ta langue maternelle...

Le vieux au chapeau : Il n’a pas tort. Notre langue se perd et la fierté napolitaine aussi !

La vieille à la coiffe et au panier : Toi, tu es mûr pour la fierté nationale, quelle qu’elle soit, du moment que tu y retrouves ton compte. Dans deux  siècles, rappelle-moi de t’offrir une chemise noire pour Noël.

Le vieux au chapeau : Une chemise noire ?...

La vieille à la coiffe et au panier : Oui. Avec une plume à ton chapeau. Ce sera bien ton genre... Mais faudra plus compter sur moi pour laver ta chemise!

La jeune bourgeoise : Côté ouest de la crèche. A la belle dame sa voisine. Toujours à se disputer ces deux là !... Nous on est du côté ouest. On ne s’en trouve pas plus mal. Je ne sais pas si c’est bien ou pas...

La belle dame : Ce n’est pas si mal ! A vrai dire, nous sommes entre les deux. Nous approchons de la lumière et de l’élite. Nous passons d’un monde à l’autre. Notre chemin, escarpé mais bien en vue, marque une sorte de progression sociale. Vous voyez vos voisins plus bas... Certes, ils sont endimanchés mais on sent bien que ce sont des marchands, des petits producteurs de fruits et légumes, ou même un vigneron comme ce brave homme...

La jeune bourgeoise : Moi aussi, j’ai un panier de fruits...

La belle dame : Oui. Mais vous ce n’est pas pareil. Votre panier est l’offrande d’une jeune bourgeoise éclairée. C’est ce qui fait que nous pouvons nous comprendre et nous parler.

La jeune bourgeoise : Vous êtes de la noblesse ?...

La belle dame : On ne peut rien vous cacher... Petite noblesse mais authentique et surtout progressiste ! Je lis les philosophes... J’anime un salon littéraire. Je reçois tous les mardis midi dans mon hôtel particulier du Rond Point...

La jeune bourgeoise : Ah, très bien !... C’est vrai qu’il y a de très belles demeures à Chaumont. Vous ne regrettez pas l’époque où nous étions au musée de Cluny à Paris ? C’était tout de même plus prestigieux, non ?...

La belle dame : Ma chère amie, si nous voulons survivre et surnager dans cette société en pleine mutation, il faut savoir s’adapter ! Baissant la voix. N’oubliez pas qu’à Paris  nous étions relégués dans les réserves. Autant dire dans des caves ! J’en frémis encore... Certes nous passons cet épisode peu glorieux sous silence du fait d’une certaine omerta de rigueur dans les crèches napolitaine mais... Bon, on se comprend !

La jeune bourgeoise : Et la belle époque de Naples, vous ne regrettez pas... Les expositions qui duraient de Noël à la chandeleur !... Les beaux décors peints qui nous entouraient... Les salons princiers où nous étions reçus...

La belle dame : Sûrement pas ! Vous oubliez qu’on passait notre temps à être démontés et remontés. C’était purement exténuant ! Sans parler des foires populaires où nous risquions d’être exposés sans ménagement. Quand au peuple napolitain... Bavard, vantard et malodorant !... L’idée d’une crèche, c’est beau et généreux mais il faut tout de même reconnaître que cela implique une promiscuité avec certaines personnes qui ne sont pas toujours ragoûtantes...

La jeune bourgeoise : Tout de même...

La belle dame : Mais vous ne l’entendez donc pas pérorer, là derrière, depuis tout à l’heure. C’est tout bonnement irritant !

Le vieil assoupi : Il continue effectivement à pérorer. Et pourtant les sunlights ils ne valent rien pour le bronzage ! Vous avez vu la tête de notre petit Jésus ? On dirait une pointe d’asperge en panne de croissance... Si c’est pas malheureux !... Il a beau se payer une couronne dorée sur tranche, rien à faire !... C’est peut-être un problème de consanguinité. Allez savoir... ça arrive souvent chez les aristos...

La belle dame : Mais faites le taire à la fin ! Nous sommes saturés de vos blasphèmes !...

Le vieil assoupi : Ben quoi ?... Le fils de Dieu, si c’est pas un aristo je veux bien faire vœu de sobriété perpétuelle ! Vous n’avez pas vu les volatiles, là-haut ?... Avec  leurs grandes robes qui volent au vent. Et bien montés avec ça !... Je vous dis pas ! Attention pas de malentendu. Je parle uniquement de leurs paires d’ailes respectives. Ca c’est de l’ange de première catégorie ! Si vous êtes bien poli, ils se tirent une plume d’aile et ils vous signent un autographe. Il suffit de mettre une petite pièce dans le tronc, en bas à gauche, et ils secoueront la tête de contentement.

La belle dame : Mais je vous en supplie, faites le taire ! Je vais faire un malaise...

Le berger : N’en faites rien, belle dame ! Ils arrivent !

La jeune bourgeoise : C’est donc vrai ce que vous racontez ? Il y a du monde qui arrive ?...

Le berger : Comme je vous le dis ! Ils sont plus de quarante...

La belle dame : Est-ce qu’ils présentent bien ? Ils ont de l’allure ?... Ce n’est pas encore une caravane venue d’Orient, j’espère ?...

Le berger : Non... Ils n’en ont pas l’air...

La belle dame : J’aime mieux ça. Ces gens sont capables de tout. Sans parler des attentats... Je déteste les fanatiques !...

La jeune bourgeoise : Vos préférez les manifestations pour tous ?

La belle dame : Oh, je vous en prie. Ne mélangeons pas tout ! Pour moi l’important, ce sont les valeurs ! Les valeurs, vous comprenez ?... Aujourd’hui, on ne pense plus assez aux valeurs !

La bergère : Allez, te laisse pas distraire mon homme, dis-nous bien ce que tu vois...

La jeune bourgeoise : Ils sont bien habillés ?...

Le berger : A première vue, il  n’y a rien à redire... Mais ça ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. Ah ! Par contre je reconnais les armes du meneur. C’est un champenois pure souche. Un grand gaillard ! Mais oui, c’est bien lui... Le Long de saint Didier !

La belle dame : Vous voulez sans doute dire de Saint Dizier, mon ami...

Le Berger : Sans vous contredire, belle dame, c’est bien le Long de Saint Didier et ses troubadours. Je distingue les rideaux rouges de son chariot et les piles de livres et de manuscrits qu’il y a entassés... Je vois aussi des instruments de musique...

La jeune bourgeoise : Des troubadours, comme au moyen-âge ?...

Le berger : Un peu mais là ce sont surtout des auteurs. Des écrivains de théâtre... Partout où ils passent ils réinventent la vie.

La jeune bourgeoise : Un peu comme des magiciens ?...

Le berger : Si vous voulez... Mais en y ajoutant un brin de poésie. La preuve, ils arrivent en plein mois de novembre... Autant dire qu’ils nous rejouent l’été en automne ! C’est le privilège des cigales... Même si on n’en trouve pas beaucoup par ici. A moins d’un réchauffement climatique...

Le vieux au chapeau : Ils ne sont pas armés au moins ?...

Le berger : Non, leurs seules armes ce sont des feuilles de papiers, des crayons ou des plumes.

Le vieux au chapeau : Des agitateurs publics, bourrés d’idées extrémistes, voilà ce que c’est ! Tout ça ne me dit rien de bon...

La vieille à la coiffe et au panier : Des idées nouvelles, même extrémistes, ça ne peut pas te faire de mal... On va enfin revivre un peu...

Le vieux au chapeau : Qu’est-ce que tu veux dire ?

La vieille à la coiffe et au panier : Rien je me comprends et je reprends espoir. L’espoir !... Tiens, je l’avais oublié ce mot...

Le vieux au chapeau : Entendre ça dans une crèche, c’est la meilleure !....

La bergère : Ca y est,  ils arrivent en ville ! Ils se dirigent vers la mairie

La jeune bourgeoise : Vous croyez que l’intendant municipal va les recevoir ?

La belle dame : Sans doute. D’ailleurs, je compte bien leur ouvrir les portes de mon salon dès mardi prochain...

La bergère : Certains sont déjà partis vers le nouveau théâtre construit dans l’ancien jeu de paume. J’en vois aussi qui se dirigent vers le collège des  Jésuites.

Le vieux au chapeau : Il fallait s’y attendre. Les jésuites !... Pourquoi pas les francs maçons tant qu’on y est!...

La vieille à la coiffe et au panier : Mais tais-toi donc ! Qu’ils viennent ! Qu’ils viennent nous voir ! Qu’ils viennent nous visiter, nous parler !... Que la vie reprenne enfin !

La bergère : J’en vois trois qui se dirigent vers la basilique.

La vieille à la coiffe et au chapeau : Mais c’est tout près de chez nous ça !...

La bergère : Pour le moment, ils discutent avec le mendiant de la basilique...

Le vieux au chapeau : La racaille s’entend toujours avec la racaille !...

La vieille à la coiffe et au chapeau : Mais tais-toi donc, une bonne fois pour toutes !

Le berger : Je vois deux hommes et une femme qui se dirigent vers chez nous. L’un d’eux a un blason helvétique. Il a foncé tête baissé dans la réserve. Il a sûrement quelque chose en tête...

La jeune bourgeoise : J’espère qu’il ne fait rien de répréhensible, sinon, il est bon pour terminer dans les caves du donjon.

La belle dame : Ma chère, rien de tel qu’un cachot pour stimuler l’inspiration. Voyez Casanova...

Le berger : Les deux autres montent l’escalier... Il y a une belle Dame qui se dirige vers la pièce voisine...

La belle Dame : Une belle dame ? Vous êtes sûr ?...

Le berger : Tout à fait sûr ! Elle regarde les Jésus en cire. Maintenant elle est arrêtée  devant un tableau de l’école sud américaine.

La belle dame : Oui. Hé bien elle devrait fait attention. C’est bourré d’épines là-dedans.... Une mauvaise piqûre est vite arrivée...

Le vieil assoupi : On a des problèmes avec la concurrence, on dirait...

La belle dame : Mêlez-vous de vos affaires ! Vieux malappris...

Le Berger : Chut ! L’auteur est entré dans la pièce... Il nous regarde avec attention...

Le vieil assoupi : Te donnes pas tant de mal. Il ne risque pas de nous entendre tu sais...

La Bergère : Va savoir... Gros malin !

La vieille à la coiffe et au panier : Au moins, il prend son temps. C’est bien !

Le vieil assoupi : Il nous regarde mais moi je le regarde aussi ! Tout en faisant semblant de dormir... Je ne suis pas tombé de la dernière pluie ! J’ai comme l’impression qu’il a une idée derrière la tête...

La jeune bourgeoise : Tiens voilà nos gardiens qui sont de la partie ! Thierry est venu prendre des photos...

La belle dame : Oui. Comme s’il voulait garder le souvenir de quelque chose qui va disparaître... David a mis ses gants blancs, ça cache quelque chose...

La bergère : Attention ! Il enlève les vitres !...

La belle dame : De l’air enfin !...

La vieille à la coiffe et au panier : Je savais bien qu’il allait se passer quelque chose...

La jeune bourgeoise : Mais qu’est-ce qu’il fait ?

La belle dame : Il fait simplement ce que lui a demandé l’auteur...

La jeune bourgeoise : Mais il enlève le petit Jésus !

La belle dame : Mais non. Il le dépose dans les bras de cette jeune femme au dessus de nous derrière la colonne. Depuis le temps qu’elle espérait un miracle avec son lange désespérément vide. Regardez son sourire radieux... Il fait plaisir à voir !...

La vieille à la coiffe et au panier : Voilà une première bonne action ! Un peu d’anonymat ne pourra pas faire de mal au petit Jésus. Surtout, n’oubliez pas de lui enlever ce soleil ridicule qui s’est pris dans ses cheveux. Ca lui évitera plus tard d’avoir à consulter un psychanalyste !...

La jeune bourgeoise : Et la sainte vierge ?...

Le vieil assoupi : La sainte Vierge, elle monte au ciel avec les volatiles de première catégorie. De toute façon c’est sa place. Un peu plus tôt, un peu plus tard... Ca nous fera de l’avance pour le 15 août ! David va l’accrocher tout de suite et l’auréole aura enfin une utilité.

La jeune bourgeoise : Mais alors qui va prendre sa place et celle du petit Jésus.

La belle dame : Chut, regardez...

La jeune bourgeoise : Non ?!...

La belle dame : Si.

La vieille à la coiffe et au panier : C’était la seule chose à faire...

La jeune bourgeoise : La maman noire avec son petit bébé !

La belle dame : Regardez comme ils sont beaux tous les deux. Ils irradient de bonheur. Et au moins lui, il tête ! C’est un vrai bébé.

La vieille à la coiffe et au panier : C’était la seule chose à faire puisque lui, il représente vraiment le premier homme. Nous sommes tous venus d’Afrique, ne l’oublions pas. Si David pouvait mettre près du petit la vache et son veau qui sont cachés derrière la grotte, la nativité serait complète !... Merci David ! Regardez Joseph !... Il a déjà adopté le petit. Il est bien cet homme-là !...

La jeune bourgeoise : Oh ! Regardez ! La guenon, vient de quitter les bras de la dame du sérail. Elle est venue veiller sur le petit roi.

La belle dame : Nous l’appellerons Lucy, comme notre lointaine ancêtre.

La vieille à la coiffe et au panier : Et voilà les chèvres qui dévalent pour tenir compagnie au petit !...

Le berger : Allez les musiciens ! Faite chauffer les trompes, les binious et les mandolines. La fête va pouvoir commencer. Allez les tambours ! Donnez le rythme !... Regardez ! Les Chaumontais ont envahi les rues !... Tous se dirigent vers notre crèche ! Vers notre théâtre !... Les auteurs ont commencé à improviser un bal sur le perron. Raphaële accueille les spectateurs. Chantal et Maryse commence à cuisiner les victuailles dans la taverne d’Alberto.

La jeune bourgeoise : Nous allons enfin pouvoir vider nos paniers. J’ai bien envie d’aller les aider. J’arrive Sabrina !...

La belle dame : Moi, je préfère aller danser sur la place avec les auteurs. J’ai des fourmis dans mollets !...Regardez comme la nuit est belle !

La vieille à la coiffe et au panier : C’est la plus belle nuit ! La nuit des origines. Maintenant, la vie peut commencer !...

La bergère : Mais qu’est-ce qu’on entend ?... A nouveau...

Le vieil assoupi : Ah non ! Tu ne vas pas nous refaire le coup de la rumeur...

La bergère : Pourtant...

Le berger : je le vois ! C’est l’auteur. Il s’est endormi sur le radiateur...

La bergère : Et alors ?...

Le vieil assoupi : Et alors ?... Il ronfle c’est tout.

La belle dame : Mais alors, s’il dort, ça veut dire que nous sommes dans son rêve. Juste dans son rêve... Et s’il se réveille...

Le vieil assoupi : S’il se réveille : patatras ! Retour à la case départ !...

La vieille à la coiffe et au chapeau : Alors, vous m’entendez,  désormais, une seule consigne, une seule ! Ne réveillez pas l’auteur !

 

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