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Homo Botticelli

:::: Par Jean-Pierre Thiercelin | paru le 25/10/2013

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Homo Lombardot…

Connaissez-vous l’Homo Lombardot ?... Si ce n’est pas encore le cas, il est urgent de le découvrir… Voilà une espèce rare... Vous le trouverez en Ardèche au centre du monde. Dans sa grotte voutée du XVI ème siècle, il peint sur les parois des mots d’une rare justesse. Des mots d’espoir sur fond de tragédie. Des mots qui élèvent l’âme et subliment la vie. Il peint des mots, comme ses ancêtres d’il y a 33 000 ans peignaient des lionnes, des ours et des chevaux. Comme eux, il peint en plusieurs dimensions, face au monde simplificateur et sclérosé des vieux Sapiens arrogants en fin de course…

Car ayant eu 20 ans à l’ère 68, l’Homo Lombardot est viscéralement jeune et destiné à le rester, les cols blancs quadraternaires, vite usagés et consommés, dussent-ils en manger leurs tablettes… En effet, comme les peintres de la grotte, il ne se veut que gardien du rêve. Il est sensible à la beauté, à la joie, à l’amour, toujours persuadé que ce dernier pourrait changer le monde, ou plus justement, lui permettre enfin d’en créer un digne de ce nom…. Mais attention, gardien du rêve ne veut pas dire doux rêveur ! L’Homo Lombardot tient d’autant plus au rêve qu’il a une conscience aigüe du monde qui nous est imposé. Et ce monde du Sapiens, il le scrute et le regarde droit dans les yeux sans lui faire grâce de rien.

Du cœur de l’Ardèche où avec sa compagne il a construit sa cabane de vie et d’écriture, il construit une œuvre véritable dans l’harmonie des choses… Quand on donne, on reçoit. C’est donc naturellement que le reste du monde vient à lui. Les échanges se tissent aux quatre coins du globe qu’il rejoint régulièrement multipliant des créations toujours plus riches de découvertes mutuelles. Tout comme Blaise, l’Homo Pascalus contemporain de sa grotte /cave / théâtre, il jongle avec les deux infinis. Quarante pièces à ce jour se jouant des dramaturgies les plus intimes, voire confidentielles, aux plus démesurées pour ne pas dire cosmiques… Le sommet, osons le mot, sera un concert sur le mont Blanc pour venir en aide aux enfants réfugiés, avec pianiste (Christopher Beckett) et piano à queue de rigueur entourés de 100 musiciens et choristes… Avec le même pianiste il était parti dans la Roumanie d’après Ceausescu à la rencontre des plus démunis, tout comme il partira un peu plus tard vers les camps de refugiés de l’ex Yougoslavie avec comédiens, musiciens et danseurs pour tenter de combler le vide d’oubli et d’indifférence du reste du monde…

Lorsqu’en 2003, il lui est permis de pénétrer dans la grotte Chauvet, c’est une émotion d’une rare violence, une révélation, une remontée vers l’origine du monde et de l’art. Ce bouleversement ne cessera désormais d’alimenter sa réflexion et sa création. Ce sera La Rose qu’il présentera, in situ, sur la plage du Pont-d’Arc à quelques enjambées de la grotte… Mais d’autres résonnances s’imposent à lui. Un lien doit se faire par delà  les millénaires. Et l’Homo generosus qu’il est avant tout, décide de partager cette aventure. Ce sera Territoire et Imaginaire quand en 2009, il fait venir en Ardèche 33 auteurs contemporains « confrères en imaginaire », qu’il accueille  merveilleusement en compagnie de Dominique Baffier, conservatrice de la grotte Chauvet. L’idée est que chaque auteur écrive un texte de 1000 mots qui réunis formeront un ensemble de 33 000 mots autour de l’imaginaire pour saluer la découverte de cette création artistique unique qui bouleverse toutes les idées reçues en donnant toute sa place à l’intuition artistique. Après bien des vicissitudes, des angoisses, des luttes contre les administrations sourdes qui manqueront d’épuiser le généreux initiateur, le livre verra le jour, deux ans plus tard, édité par la Revue des deux mondes.

Entre temps la loi du marché fera qu’un espace de restitution sera mis en chantier. La raison invoquée est la possibilité de montrer au grand public les merveilles de la grotte Chauvet dont l’accès est interdit au commun des mortels. Un vœu pieux qui cache peut-être d’autres réalités plus sonnantes et plus trébuchantes où la création et l’imaginaire ont peu de place. L’homo Sapiens du XXI ème siècle, n’ayant selon les instances supérieures aucune imagination, il faut lui mâcher la réalité, la lui reproduire clefs en main et surtout ne pas oublier de lui vendre à la sortie quelques  caddies de produits dérivés qui l’aideront à mieux vivre…

Mais le gardien du rêve se doit de continuer à veiller et cela ne concerne pas notre Homo Lombardot qui, plus que jamais, continue sa quête artistique dans un dialogue perpétuel avec ses collègues d’il y  33 000 ans qu’il interroge à l’aune des dernières découvertes scientifiques. Homo Botticelli, qu’il présente en ce moment dans son beau petit théâtre est une nouvelle étape de ce cheminement et de cette réflexion. Disons-le d’emblée, c’est un texte magnifique. Un texte introduit avec clarté et efficacité  par Dominique Baffier qui en début de spectacle vient planter le décor et poser le cadre historique et scientifique dans lequel les volutes de l’imaginaire de l’auteur pourront se développer.

Alors, il peut nous parler en confidence. Sous l’Arche du pont d’Arc, il est allongé sur le sable… Il nous le dit et il suffit qu’il nous le dise pour qu’on le croit et qu’on le voit. Nous sommes au théâtre et de ce fait prêts à aborder celui du mystère des origines…  Il écoute Schubert, la symphonie inachevée. Il a un faible pour l’inachevé… Une femme émerge de la rivière, elle est nue, comme lui. Elle est d’une beauté sublime… Elle le connaît. Elle connaît sa quête, elle connaît les mots qu’il a déjà dessinés sur le sable « La grotte raconte notre histoire future, inscrite dans la mémoire de nos origines »… Avec l’évidence des rencontres originelles, le dialogue chemine l’air de rien sur les hauteurs d’un dialogue philosophique… La beauté qui n’est jamais innocente nous ramène peu à peu à la grotte, à la matrice, à la femme, à l’origine du monde… D’où venons-nous ? De cette vulve offerte à l’animal sur les parois de la grotte ?... De cet accouplement qui hante notre inconscient depuis les origines jusqu’au Minotaure de Picasso ?... La féminité et la vie de la grotte… Les interrogations devant les techniques picturales de ces peintres, le trait unique, la perspective qui ne sera inventée  qu’à la Renaissance et qui pourtant… Une création sans référence aucune, ex-nihilo… Comment tout cela est-il possible ?... Quel homme ? Quelle femme ? Quel Homo dont on ignore le nom, est à l’origine de tout ceci ?... Un extra humain ?... Un Homo qui ne serait pas Sapiens ?... Ces animaux sur les parois de la grotte que fuient-ils ? L’espèce qui a confirmé jusqu’au dernier siècle ce dont elle était capable. L’extermination. Le massacre de masse, le massacre des espèces, le massacre de la terre… L’intuition est lâchée. Ce ne sera pas la seule de la soirée. Il y en aura d’autres comme autant de fulgurances. C’est le rôle de l’artiste et il l’assume ici pleinement avec pour seule arme sa sensibilité. Et n’en déplaise aux marchands du temple, simplificateurs de tous poils, vendeurs de certitudes et ramasseurs de billes, l’intuition artistique, toujours précédée de l’interrogation a, de tous temps, fait  bon ménage avec l’hypothèse scientifique. Et cela continue aujourd’hui avec la pièce de Roger Lombardot à qui il est temps de rendre son prénom même si l’espèce Lombardot est particulièrement rare pour ne pas dire unique…

Il serait donc permis d’imaginer que d’autres espèces ayant côtoyé Sapiens soient encore à découvrir. C’est un champ de possibilités qui s’ouvre alors que la symphonie inachevée continue et que Vénus, car c’est bien elle, peinte par Botticelli il y a quelques siècles, laisse apparaître un détail frappant de son anatomie qui fasse remonter la caméra de 33000 ans en arrière (mais c’est en avant, qu’il faudrait dire !) vers la main des parois de la grotte, vers la main qui a peint les fresques… Quel détail ?... Il suffit pour cela de descendre en Ardèche pour y écouter le très beau texte essentiel et vital de Roger Lombardot. Surtout lorsqu’il est suivi d’un carrousel d’images en trois dimensions d’une telle force que la respiration vous manque. Surtout quand enfin apparaît… Mais chut, nous en avons déjà trop dit.

Et comme vous aurez encore envie d’aller plus loin dans ce texte, vous pourrez alors lire le livre du gardien des rêves en espérant qu’un jour notre espèce accède enfin à la vie…

 

Atelier-Théâtre Laurac-en-Vivarais jusqu’au 3 novembre 2013
Homo Botticelli suivi de La rose Ed. Les cahiers de l’égaré
www.roger-lombardot.eu

 

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