Jeudi 21 mars 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

Exposition en
mai 2015

Nos champs de solitude

image

hautEn savoir plus
...

image
Nos partenaires

Par ici la sortie...

Radical Calderon Diptyque

:::: Par Catherine Tullat | paru le 02/04/2013

tullat.jpg

AU THEATRE DES QUARTIERS D’YVRY

RADICAL CALDERON DIPTYQUE

 

ORE  ou peut-être la vie est-elle ridicule

DU 18 mars au 14 avril 

Mise en scène d’Adel Hakim

En collaboration avec Gabriel Calderon

 

OUZ  ou le village

Du 18 mars au 14 avril

Mis en scène Gabriel Calderon

En collaboration avec Adel Hakim

 

Gabriel CALDERON est un auteur au regard incisif, au style décalé, qui introduit, au travers d’histoires familiales, une folie peu ordinaire. Cet auteur est une découverte et il est important de ne pas passer à côté. Un auteur hors normes avec une écriture rapide, tel un couperet, qui décortique avec énergie les sentiments humains,  la politique, le social, le fantastique, la sexualité, la religion. Des phrases qui cognent, qui résonnent, qui terrifient, qui bouleversent, qui font mal. Il réussit avec talent à nous embarquer dans un univers de folie collective sans jamais perdre de vue l’humain, sa complexité et sa violence. Il réussit par ses thèmes à toucher l’universel.

Son univers bouscule, dérange, intrigue, tout en distillant des pointes d’humour qui font frissonner à la fois de rire et de terreur. La mémoire de la dictature n’est jamais très loin.

La première pièce ORE est une pièce en trois actes qui mêle la tragédie, la comédie, la tragi-comédie.

Avec la tragédie, la mémoire de la dictature resurgit avec la révélation du fils qui informe ses parents de son engagement dans l’armée. Impossibilité pour ces derniers à l’accepter. Leur fille a été enlevée par des militaires et ils ignorent si elle est encore vivante. Pourquoi le fils veut-il s’engager ? Pour la retrouver, pour se venger, pour démasquer les coupables, pour connaître la vérité ou pour extraire toute la colère qui est en lui ?

Avec la comédie, les extra-terrestres débarquent sur terre. Comme le ridicule ne tue pas, les raisons de l’enlèvement de la fille prennent une tournure inattendue. L’armée devient une sorte de pastiche qui combat l’irraisonné, l’irraisonnable et des espions venus de mars. Les personnages sont embarqués dans une accélération frisant l’absurde. N’est-ce pas une soupape pour accepter l'horreur rétrospective et permettre de partager la douleur de ceux qui l’ont vécue ? Le spectateur ne comprend pas tout ce qui se passe, mais tremble, rit, se bouche les oreilles. Nous entrons dans l’univers interstellaire de l’universel.

Avec la tragi-comédie, le sens de la vie et le côté métaphysique sont mis en exergue.  Surgissent autant de questions que nous n’avons pas de réponses. Qui sommes-nous ? Pourquoi existons nous ? Le rapport entre le corps et l’esprit émerge de l’iceberg et fait apparaître en sous-texte, la perte de l’identité qui rappelle les heures sombres de l’Histoire, de toutes les Histoires de dictature, de génocide où l’humiliation, la torture, la perte de la conscience, font basculer l’individu dans la perte de soi. Les personnages ne sont pas conscients, mais ils continuent d’agir, de vivre. Rien ne sera plus comme avant.

Derrière des situations les plus étranges, les plus « banales », les plus fantasques, le sens profond de l’humain, de l’Histoire, prend tout son sens. Les médias  ponctuent les trois actes. Ne sont-ils pas là pour informer ? Non, ce qui les intéresse c’est le scoop, le sensationnel et peu importe ce qui se passe sur place, peu importe si l’équipe en direct est en train d’agoniser, il faut montrer sans démontrer ni expliquer, juste montrer.

La seconde pièce, OUZ aborde une autre thématique concentrée sur la puissance de la croyance. On retrouve cette problématique souvent traitée en Amérique Latine où la présence de Dieu est très présente et le fétichisme n’est pas loin.

OUZ aborde en quelque sorte la prédication et l’impact qu’elle a sur certaines personnes, souvent les plus fragiles, les plus crédules. Ils passent à l’acte, comme possédés par un mal étrange.

La force de cette pièce est d’utiliser tous les ingrédients liés à la représentation de Dieu, à « la bonne parole ». Une femme ordinaire, Grace, est choisie par Dieu. Dieu ordonne à Grace, avec une voix claire et autoritaire, on est dans la représentation sonore de Dieu, de tuer un de ses deux enfants. Dieu est amour, c’est bien connu, donc il lui laisse le choix entre sa fille autiste et son fils plutôt prometteur.

Elle ne discute pas sa mission, puisque Dieu l’a choisie. Et c’est tout naturellement, qu’elle en parle à son mari. Au début, il n’y croit pas, mais assez vite, il s’aperçoit qu’elle est déterminée et va s’exécuter.

A partir de ce moment-là, les situations les plus absurdes, les plus folles, les plus décalées, les plus drôles, s’enchaînent et c’est le fils qui finalement devient la victime. Il perd progressivement des parties de son corps. Une première oreille, puis une seconde…

Dieu trouve le temps long et continu ses prédications. Grâce est de plus en plus possédée, rien ne l’arrête.

Le village évidemment prend parti et se retrouve impliqué.

Derrière cette comédie déjantée, un effroi traverse la salle. On est face au poids de ce dieu monothéiste qui dicte sa loi, c’est le cas de le dire, et impose une doctrine inacceptable, mais qui est acceptée sans condition, sans réflexion, sans recul.

La fin que je ne dévoilerai pas et qui est la conclusion de ce dictat est impressionnante et surprenante. Elle fait voler en éclats l’impact que Dieu peut avoir sur les mortels, qui entraîne des drames humains qui dépassent tout entendement.

Comment passer à côté de sa vie quand on est sous l’emprise d’une force que l’on appelle supérieure et qui est ingérable quand on est pris dans ses griffes.

 

Spectacle à ne manquer sous aucun prétexte.

La troisième pièce de cette trilogie  EX.

Du 17 avril au 21 avril

 

Théâtre des quartiers d’Ivry – studio Casanova

69 av Danielle Casanova – Ivry sur seine

 

haut Réagissez à cette contribution...

hautHaut de page

 

Mentions légales

©Le Billet des Auteurs de Théâtre 2011

Le collectif

Contact

Revue réalisée avec le concours du
Centre national du Livre