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« La promesse de l’aube », d’après Romain Gary

:::: Par Corinne Klomp | paru le 19/03/2012

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Romain Gary est l’un de mes auteurs favoris. Je pourrais passer des heures à vous en entretenir, mais tel n’est pas, heureusement pour vous, l’objet de la présente chronique. J’en profite néanmoins pour déplorer une nouvelle fois la façon dont le milieu de l’édition traite cet écrivain d’exception. Impossible de trouver les œuvres complètes du génial Gary/Ajar, l’auteur aux deux Prix Goncourt qui a berné en son temps la critique comme les éditeurs, se mettant joyeusement à dos tout ce joli monde littéraire. Il faut croire que ce dernier a la rancune plus tenace que le sens de l’humour, ça m’agace.

Ce qui en revanche me réjouit, c’est de voir le théâtre se pencher de plus en plus sur les écrits de Gary, jusqu’à leur donner vie sur les planches. On se souvient de l’adaptation par Xavier Jaillard de « La vie devant soi », ou tout récemment de la lecture de « La nuit sera calme », interprétée avec talent par Jacques Gamblin.

En ce moment, « un autre » Gary est à l’affiche et à l’honneur, à Paris. Précipitez-vous, c’est un grand cru. Il s’agit de « La promesse de l’aube », œuvre adaptée et mise en scène par Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, qui se joue au Théâtre du Petit Saint Martin.

Beaucoup de lecteurs découvrent l’écriture de Romain Gary par ce livre, hommage émouvant, tendre et drôle d’un fils devenu grand à sa mère qui l’a toujours vu comme un Dieu, mais attention, un Dieu d’exception, plus grand, plus puissant et plus beau que tous les autres ! Dire qu’elle a placé en lui ses espoirs les plus fous, qu’elle lui a donné tout son amour et qu’elle lui a sacrifié sa vie de femme paraît encore bien faible après lecture du livre. Quelle sorte de mère prévoirait d’écrire dans l’urgence, à l’aube de sa mort, près de deux cent cinquante lettres destinées à son fils qui combat en Angleterre ? Puis de les lui faire envoyer au compte-gouttes via la Suisse, par l’intermédiaire d’une amie complice ? Romain a donc pu tenir bon grâce aux mots d’amour et d’encouragement qu’il recevait régulièrement de sa mère… décédée depuis trois ans. Il écrit sobrement : « Le cordon ombilical avait continué à fonctionner. »

En un peu plus d’une heure trente de spectacle, temps que par enchantement on ne voit pas passer, Bruno Abraham-Kremer, seul en scène dans un décor sobre mais inventif, donne chair avec passion et un sacré sens du rythme aux personnages qui peuplent le livre. A Romain Gary d’abord, un Romain tour à tour grave, gai, détaché ou encore désemparé, noyé dans le flot intarissable de cet amour maternel hors normes. Et le comédien d’incarner avec le même bonheur cette mère fantasque, exigeante et dévouée à faire peur, dotée d’un courage et d’un aplomb qui flirte avec la mauvaise foi. On rit, on pleure, on croit voir aller et venir sous nos yeux les pensionnaires de l’Hôtel-Pension Mermonts de Nice, ce petit hôtel que la mère de Gary tenait de main de maîtresse femme, on entend claquer les portes quand elle se met en colère mais surtout, on écoute, happés, bouleversés, la langue de Gary, ses mots sortis tout droit de son cœur d’homme libre et digne.

Au début de son livre, il écrit : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » Avec cette adaptation, Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco nous font un pari qu’ils tiennent, haut la main. Chapeau.

 

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