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Mendiants d’honneur (l’élision) à Nouzonville

:::: Par Alberto Lombardo | paru le 24/01/2012

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Texte et mise en scène : Didier Lelong

Avec Patrice Vion

 

Un homme résidant en plein rond-point, au croisement des rues, guette le passage des automobilistes ou piétons bienfaiteurs. Il fait l’aumône. C’est un mendiant. Il n’y a pas si longtemps ils étaient deux à se partager ce bout d’asphalte. Du second, son copain, qui, crise oblige, a dû donner davantage de sa personne (yeux, dents, jambes, pieds, etc.), il ne reste qu’un tas de linge, au fond duquel, nous le découvrirons plus tard, est nichée une grosse boîte d’allumettes - Quelques restes là, dedans… feu son copain.

Notre mendiant ne se contente certes pas de quêter, il rend la monnaie de son âme, il écoute, réconforte, réchauffe ses congénères ; il se donne. Rebut de l’humanité, il nous renvoie sans égard à nos handicaps, nos peurs, notre vacuité, notre « egocentricité », à notre déshumanité. Il nous raconte.

Léger, pertinent, il hèle, interpelle, happe, sollicite notre attention dans l’intention de nous remettre sur le chemin de la vie, de nous libérer. Lui, libre, il l’est déjà :

Je suis mendiant… Libre. Et moi aussi je donne.

Prêt à se dépouiller, de son langage même. À nous l’offrir pour notre salut. Ce langage que nous étouffons comme une honte, nous, désormais si proches du néant. Car il s’agit bien de nous. Lui c’est nous. Si bas nous sommes tombés, et lui avec. Sa volonté c’est de nous faire remonter, retrouver notre sens, l’amour sans condition de nous.

La pièce de Didier Lelong est une bouffée d’humanité que l’on reçoit comme la première aspiration qu’il nous a fallu pour venir au monde.

C’est vivifiant, déterminant.

L’écriture est saisissante, celle d’un débauché qui aurait gardé son innocence intacte. Ça existe. Ce sont souvent ceux qui nous font avancer sans trop nous faire sentir con.

Avec Mendiants d’honneur, l’auteur se révèle un poète écorché de son époque qui nous questionne et touche en pleine conscience. Des mots qui pénètrent, un discours solide et subtil, une vision acérée de notre condition.

Quand un auteur se livre au-delà de ses préceptes, des modes, de lui-même, ça illumine forcément. Didier Lelong dans le rôle du Guru suggère l’échange et l’ouverture sur un monde éveillé.

Patrice Vion, l’un des comédiens fétiches de l’auteur-metteur en scène, en porte-parole à la démesure de son sujet, incarne ce mendiant avec une suavité corporelle et vocale et embarque le spectateur.

Petits et grands, avertis ou novices, ressortent l’esprit alerte et le cœur en émoi, de la belle salle du Centre culturel de Nouzonville.

Nouzonville, petit poumon de cité enserré dans un vallon embrumé. L’immense carcasse de sa grosse fonderie Thomé-Genot  - Jusqu’à il y a quelques années, leader mondial des pôles alternateurs qui employaient près de la moitié des actifs de la ville et qui a dû fermer ses portes après avoir été pillée par la voracité d’investisseurs américains sous les yeux aveuglés des patrons et autres administrateurs français. Oui, le capitalisme mondial a aussi fait ses ravages à Nouzonville –, l’immense épave de ce fleuron déchu, s’impose au visiteur dès son arrivée à la gare, telle une plaie pas encore cicatrisée. Le visiteur saisi en sortant de la gare, se retrouve sur l’artère principale jonchée d’autres usines ayant elles aussi rendues l’âme. Nouzonville, une ville figée, où ses habitants aux coeurs généreux semblent attendre qu’on vienne les solliciter et surtout qu’on leur donne une raison d’y croire.

Le centre culturel, dirigé par un homme éclairé, est là, face à la Mairie et son immense salle des fêtes, prêt à témoigner, transmettre, soulager les âmes.

Didier Lelong dédie son texte « à tous les mendiants d’honneur, les poètes qui, partout dans le monde où ils sont, vivants ou disparus, occupent un peu de la planète pour en faire un morceau de territoire libéré. »

Il est lui-même l’un de ces éclaireurs. Son engagement artistique, ses actes pour désaxer notre idée du théâtre, pour donner à cet art vital une épaisseur à la fois marginale et collective font partie de son quotidien.

 

Prochaine représentation

vendredi 10 février 2012 à 20h30

Salle Jean-Pierre Miquel (1, rue Eugène Wiet 51100 Reims)

Réservations : 03.26.02.97.76

 

 

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