Mercredi 22 mai 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Stop ou Tout est bruit pour qui a peur

:::: Par Catherine Tullat | paru le 23/01/2012

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Texte, mise en scène HUBERT COLAS

Avec : Claire DELAPORTE, Thomas GONZALEZ, Edith MERIEAU, Mathieu MONTANIER, Isabelle MOUCHARD, Mathieu POULAIN et Agustin VASQUEZ CORBALAN

Je me dirige vers le théâtre de Gennevilliers. Des grues surplombent le quartier. Des immeubles en construction font face à des immeubles en démolition. Les uns sont vides, les autres aux trous béants laissent apparaître, sur les étages restants, des traces de vie. Un papier peint vert, couleur passée. Des meubles cassés, vestiges d’une vie. Des vêtements jetés au sol comme-ci le temps s’était arrêté ce jour-là, comme-ci les habitants avaient dû fuir. Maison éventrée laissant resurgir une mémoire oubliée. Une peur figée. Une époque révolue.

J’attends le début du spectacle encore imprégnée de cette image de mémoire retrouvée, d’instants inscrits. La scène est dans la pénombre, des corps traversent furtivement le plateau. Ils courent. Qu’est-ce qu’ils fuient ? De quoi ont-ils peur ? La pénombre m’enveloppe et m’oppresse. Un mur descend des cintres et fait disparaître progressivement les corps. Il les encercle,   les enferme. Le mur remonte et fait réapparaître les corps. Ils sont deux puis quatre, puis six. Ils ne se connaissent pas. Ils ont envie de se connaître. Ils ne savent pas s’y prendre. Ils s’apprivoisent. Ils s’interrogent. Ils se raccrochent les uns aux autres. Ils sont six, ils veulent le rester, ne pas se perdre, mais la peur d’eux-mêmes, de l’autre, les empêche de se toucher, de se le dire. Le décor est amovible. Il sert à circuler, il sert de canapé, mais il est aussi un obstacle. Le décor ralentit, encercle, bloque. N’est-il pas le symbole de la peur qui les entoure ?

Un septième personnage prend la parole dans un écran vidéo. Il veut rejoindre les autres, mais il est enfermé dans son écran. Il a froid Comment peuvent-ils se rapprocher ? Les personnages se racontent, racontent des histoires du quotidien, posent des questions sans attendre de réponse. Chaque scène est une tranche de vie et dans chaque scène d’autres tranches de vie s’emboitent. L’humour est présent par touches, il effleure les petites choses du quotidien, il joue sur les répétitions. Lorsqu’on observe autour de nous, certaines situations forcent à sourire, partout, dans le métro, dans la rue, autour de nous. L’absurde est présent et créé le décalage. Le texte d’Hubert Colas retrace bien cette observation du monde dans lequel on vit, il décortique avec justesse, subtilité, les maux de notre existence et les maux de notre société. Ne met-il pas en avant la peur qui ronge, qui s’installe progressivement à l’intérieur de nous et autour de nous ? Cette peur est sur toutes les lèvres, les peurs intimes mais aussi les peurs que la société entretient sur ses citoyens. Quoi de plus rassurant pour les politiques que d’avoir un peuple qui a peur, il ne se révolte pas, du moins au début.

Autant  de questions qu’il n’y a pas de réponse. Autant de réflexion qu’il n’y a pas de rationalité. 

Extrait : « Est-ce que j’ai peur d’avoir peur ? Est-ce que j’ai peur ? Est-ce qu’avoir peur est une raison pour vivre seule ? Est-ce que je peux affronter  cette peur toute seule ? Est-ce que je peux vivre sans avoir peur ? Est-ce que je peux avoir peur tranquillement ? Est-ce que je peux être tranquille un peu ?...

La vidéo accompagne le spectacle. N’est-elle pas un autre enfermement ? A la fin les personnages ne sont plus que visages, que voix. Dans la dernière partie du spectacle, des rectangles gris se dressent devant nous, le mur a changé de forme, il n’encercle plus, il fait obstacle aux corps, mais pas à la parole ni aux visages. Des rais de lumière recouvrent les rectangles. L’image, la musique nous hypnotise.

Tout au long de la pièce, les comédiens nous font partager leur énergie, leur talent faisant resurgir les maux, les questionnements, le vide, la difficulté d’être, mais la nécessité de se battre. Très beau spectacle.

La pièce se joue jusqu’au 28 janvier au théâtre de genevilliers

Le 3 février au théâtre de Arles

Du 10 au 16 février Le Merlan à Marseille

 

 

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