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Les impuissants, de Riad Masarwi

:::: Par Philippe Touzet | paru le 01/10/2011

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Editions Théâtrales, 2011

Traduit de l’arabe par Firas Azzam el Nabulsi

Riad Masarwi est né en Palestine en 1948. Il est auteur, metteur en scène et actuellement directeur du Théâtre Almidan à Haïfa. À la fin des années soixante-dix, il fut également directeur du Théâtre Municipal de Nazareth.

En 2001, les représentations de ma pièce, Les impuissants, provoquèrent un véritable scandale, raconte Riad Masarwi, durant la conférence de presse organisée par les éditions Théâtrales à l’occasion de la venue de l’auteur à Paris. Pour des raisons financières mais aussi pour des raisons de sécurité, la pièce fut montrée au public pour la première fois lors d’un festival de Théâtre à Saint-Jean D’Acre. Il était inenvisageable de mettre cette pièce dans la programmation d’un théâtre, c’était trop risqué, et vraisemblablement nous n’aurions pu éviter une descente de police. Ma pièce fut également représentée à Nazareth et à Haïfa, le public des villes pouvant se montrer plus réceptif à la charge de mes propos que le public des villages…

Au fil de la discussion se dessine le portrait d’un homme de théâtre, palestinien d’origine, israélien par sa nationalité, mais je ne suis pas schizophrène, glisse-t-il dans un sourire, un homme qui n’a de cesse de faire entendre la voix du théâtre au milieu du fracas des armes.

Son texte, Les Impuissants, traduit avec une grande sensibilité par Firas Azzam el Nabulsi, est sans concession. La parole est rude, dépouillée et va à l’essentiel. La religion, la politique et le sexe se mêlent, se mélangent, se pénètrent et dansent sous nos yeux une cruelle et violente sarabande macabre. C’est une pièce sans complaisance qui témoigne de la responsabilité des apparatchiks palestiniens devant une situation qui, à force d’impuissance, devient inextricable. Cette pièce est un constat lucide, d’une lucidité qui fait froid dans le dos, sur le destin des hommes qui ne veulent pas vivre ensemble, qui vivent ensemble et qui ne veulent pas s’entendre, sur l’idéologie, pour ne pas dire l’endoctrinement, sur le pouvoir des mots, des mots qui sont bien plus dangereux que les bombes. Sur la religion utilisée à des fins politiques et sur la politique utilisée à des fins personnelles…

L’action de la pièce se situe à Berlin, dans un bar minable tenu par Le Turc. L’arrivée du Suicidaire, un intellectuel cynique, va réveiller de leur torpeur la Belle, le Beau Gosse et le Barbu, trois palestiniens assis chacun à une table, immigrés comme lui et tout aussi «impuissants»… Cette pièce touche à l’universel car elle parle du temps qui passe et des illusions perdues. Ces personnages ont tout perdu, leurs femmes, mari, amour, amitié, leurs idéaux, ils ont quitté leur pays et à la solitude s’ajoute cette double peine qui se nomme l’exil. Un exil intérieur car ils semblent s’être perdus de vue, détachés d’eux-mêmes…Georges Bernanos écrivait, nous sommes tous des solitaires accompagnés, mais les personnages de Riad Masarwi se débattent dans une solitude extrême, antichambre de la mort, sans personne à leurs côtés, si ce n’est les ombres du passé.

À la question posée, avez-vous des projets d’écriture ? Riad Masarwi répond qu’il n’a pas beaucoup de temps disponible pour écrire à cause de sa fonction de directeur de théâtre mais qu’il songe sérieusement à quitter son poste pour écrire, écrire…

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