Jeudi 13 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Signe de réchauffement climatique

:::: Par Philippe Cumer | paru le 01/01/2015

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Signe de réchauffement climatique, en ce mois de novembre 2014, Chaumont a vécu son deuxième Été en Automne en dix ans. C'est plus de quarante auteurs de théâtre en douze jours qui sont venus à la rencontre du public, dans les bars, les collèges, les lycées, les musées, les librairies, qui ont accepté d'être lecteurs pour les « collègues-écrivains », qui ont pris le risque d'une écriture instantanée restituée aussitôt. Cette profusion a provoqué une sacrée surchauffe d'écritures mises en bouche. On a parlé de tout, de la vie, de l'amour, on a pris de l'auteur de vue, on est sorti des sentiers battus, on a agité des idées, on a réinventé le monde, avec humour, absurdité, de l'insolite, du banal et de l'extraordinaire ; tout ça a fait chaud au cœur...

Pendant ce temps, des hommes bien habillés, en costumes trois pièces, pour beaucoup d'entre eux issus de familles respectables, ayant fait des études sérieuses qui les ont conduit à des postes de responsabilités, qui maitrisent la science-éco reine et vivent au quotidien près des salles surchauffées où les échanges d'ordres et de chiffres à la vitesse de la lumière (les chiffres et les lettres du futur...) leur procurent plaisir et profit, au bénéfice du haut du panier qui ainsi reste bien au chaud, ces hommes sérieux, dis-je, ont décidé qu'il fallait compenser cette trop forte élévation de température.

Il s'agit de jeter un coup de froid sur le contrat social, pour le bien de tous et de doucher l'espoir de ceux qui croient qu'en construisant une société plus juste on pourrait se tenir chaud. La planète se réchauffe mais l'univers se refroidit et la science-éco-reine a décidé qu'il fallait s'en mêler ; fini la générosité, fini la solidarité, fini l'amour.

Il faut un certain équilibre qui maintiennent l'ordre des choses. On sait que l'art met en ébullition les neurones avec un flot d'imagination très dangereux pour les terminaisons nerveuses ; si on laisse faire trop longtemps, les membres risqueraient de trop s'agiter et de vouloir se mettre en mouvement de façon désordonnée. Sans doute préfèrent-ils les pas cadencés aux pas dansés, les jets de grenades aux slogans des manifestants, les riches plus riches encore aux pauvres qui s'élèvent car chacun à sa place est une loi universelle !

Mais l'ennui c'est qu'on n'arrête pas facilement les mauvaises idées. Un Été en Automne n'annonce pas le printemps à lui tout seul. On sait qu'il va falloir traverser l'hiver.

Alors, auteurs de tous les pays, unissez vous, pour faire provision de mauvaises idées, nous raconter de vilaines histoires, nous montrer les dessous des cartes comme on soulève les pierres pour voir les insectes grouiller, soulever le voile de nos pensées secrètes, nous construire des tours de Babel qui nous permettront de pousser nos cris d'amour en (h)auteur, oui en (h)auteur. Et du haut de ces rêves nous nous élancerons, tels Icare, sachant que les forces inconscientes sont plus fortes que la raison du monde soi-disant raisonnable. Et si nous avons pu nous amuser au jeu de la disparition, il est urgent aujourd'hui de retrouver toutes nos lettres, tous nos mots, tous nos langages. Le spectacle vivant nous offre  le langage des corps et l'on sait  que les textes de théâtre explosent quand ils s'incarnent. Ces explosions dérangent et grâce à vous, auteurs, elles laissent parler l'homme en nous, pour tous.

Ah, les mots qu'ils viennent !

 

Philippe Cumer est directeur du théâtre Le nouveau relax, scène conventionnée de Chaumont

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