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En roues libres

Mercredi 24 septembre.

:::: Par Lise Martin | paru le 01/10/2014

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Mercredi 24 septembre. J’étais dans une salle de rédaction d’un grand quotidien parisien. Par hasard ? Non. J’avais rendez-vous avec un ami journaliste. Il devait être 17h30. 

Open space. Des hommes des femmes face à leurs écrans. D’autres qui se déplacent, qui s’animent, un papier à la main.  Des sonneries de  portables  improbables et d’autres communes à tous.

Une activité qui fait du bruit en silence. Tout le monde s’active au fil de la pensée.

Et puis une déflagration muette.

Des voix qui s’élèvent à peine, mais des voix quand même. Un  Brouhaha.

Certains voient en direct. D’autres réactivent le site.

Stupeur flottante des écrans brouillés. C’est bloqué.

C’est un peu abscons ce que je vous raconte ? Possible. C’est  comme cela que je l’ai vécu. 

Mon rendez-vous m’a donné congé. J’étais déjà partie bien que présente.

Je ne voulais surtout pas voir mais j’ai entendu.

Et entendre c’est déjà voir.

Suis rentrée rue de Palestine métro Jourdain.

David Haines 44 ans James Foley40 ans Steven Sotloff  31 ans décapités.

Et ce jour là, Hervé Gourdel 56 ans.

 

Ont déboulé pêle-mêle dans mon esprit des images. Des souvenirs.

Si ridicules à l ‘aune de cette ignominie.

 

Appendicite. 12 ans. Réveil comateux et sur la table de nuit une fiole dans laquelle flottait un alien sanguinolent. L’objet de mon opération.

Prise de conscience : je me suis dit le corps à une épaisseur. A 12 ans on se vit lisse.

Vision étrange et horrifiée de comprendre que j’étais «  chargée » de sang, d’organes.

La densité de notre corps physique m’est apparue à cet instant précis.

 

Mercredi 24 septembre 2014.

Une tête sans corps. Des images déboulent.

Le gars, les gars, car ce ne sont pas des femmes, lèvent leur, (quoi au juste ?) machette, sabre, couteau ? Que sais-je.

Un truc qui tranche.  Qui tranche le cou. Les nerfs.  Les os. Le sang afflue. Ces images d’apocalypse se bousculent.

Le portrait de ce guide si proche de nous, si simple. Un homme qui marche.

Un homme qui avance, curieux des paysages et du monde en suspension aux cimes  des montagnes.  

Tuer un homme, c’est tuer toute l’humanité «  Verset du Coran » S5V32

Je suis dans le mur.

Muette.

Et je crois que je pleure sur cette inhumanité en roue libre.

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