Lundi 23 octobre 2017 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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:::: Par Lise Martin | paru le 01/04/2015

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C’est un samedi matin d’hiver. Nous nous garons devant le lycée Gauguin où je suis attendue. Un responsable culturel m’accompagne. Il est 7h30. Nous sommes en avance. Le bar des sportifs  nous tend les bras.

Ambiance gueule de bois. Lendemain de cuite. Yeux cernés. Tronches de traviole.

Reims s’est pris une volée 4/O.  Ha ça fait mal. Mon chaperon, achète l’Equipe, il s’excuse presque. Il m’avoue, qu’il le lit tous les jours.

On reste au zinc. Tournée générale de cafés. Noirs comme la défaite. Désespoir amer.

D’ailleurs c’est tellement douloureux, que la plupart des gars prennent un café Belge. Une  bière ! Histoire d’étancher la peine.

Il est 7H42 tout le monde refait le match.  Nostalgie, Kopa Fontaine Piantoni. La grande époque. 

 

Je compatis mais c’est l’heure. J’ai trois classes de seconde qui m’attendent. Et ce n’est ni pour parler de foot, ni du Club des cinq, ni de Fantômette.

Changement d’ambiance.

Accueil ouaté.  Café, thé, chouquettes…

Débarquent les lycéens. Le match commence. Rafales de questions. Depuis quand ? Et comment s’est venu ? Et vous écrivez où ? Combien de temps par jour ? Vos influences littéraires ?

Je raconte.  Je me fais surprendre par des souvenirs qui déboulent. Sans que je ne les ai convoqués.

Des émotions, des moments d’enfance rappliquent.

Les livres posés sur la table de nuit de mes parents. Les journaux.  Les magazines.

Les cadeaux de noël, des livres.

Lire Zola. Tout Zola. Récits sonores, dialogues.  Le ventre de Paris qui fait écho à l’oncle Laviron, charcutier à Paris qui s’est enrichi pendant la guerre. Le marché noir. Les lingots planqués sous le tas de bois. Il paraît.

Légende familiale ou réalité ?

Le goût des mots. Des personnages. Des histoires.

Période romantique. Balzac, le Lys dans la vallée.  Victor Hugo Le dernier jour d’un condamné. Un choc.  Un cœur simple Flaubert. 

Période ado : Vian.  Prévert. Genêt. La poésie.

Et le théâtre ?  Un prof de français, nous fait jouer des scènes devant le principal. Molière. Marivaux. Shakespeare, Beckett… Je tombe amoureuse du théâtre et du prof. Ou l’inverse.

Première sortie scolaire, un spectacle à la Cartoucherie, Ariane Mnouchkine. Autre choc. 

Et, déception, le fameux prof a une femme et elle nous accompagne. Bob Marley No woman No cry. L’herbe bleue. Stevie Wonder.  Pink Floyd  et autres volutes.

 

Je leur livre ces instantanés. 

Ils écoutent, très attentifs, ou peut-être très endormis. Ils me dévisagent. Certains cherchent autre chose.  Ils veulent en savoir plus.  Ce sont des classes de  lecteurs, mon inventaire  ne les effraie pas.

 

Que veulent-ils tenter de comprendre ? Le déclic. Le pourquoi.

Je retourne dans ma boîte à histoires.  Surgissent des peintres, des chanteurs, des musiciens. Des rencontres. Des paysages. Oui mais encore ?

 

Céline.

 

Un diable passe.

 

Ils ne connaissent pas.

Leurs regards se tournent vers l’enseignante. Ce n’est pas au programme.

 

Je développe ?

L’assemblée frémit. C’est l’heure. Ils enfilent, leurs sacs à dos, tentent d’être discrets. C’est raté.

Je développe.

On n’a plus le temps.  C’est dommage.

Prolongations?

Ils ont cours.

Une jeune fille s’approche  et me demande pourquoi Céline ? En deux mots  parce qu’elle est super pressée.

 

L’invention d’une langue !

 

Elle me dit qu’elle va lire. Qu’elle veut lire.

 

 Match gagné 1/0 c’est un petit score. Mais c’est gagné.  Tournée générale !

 

Fin de partie. 

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