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Mes multiples premières fois

:::: Par Nicolas Arnstam | paru le 01/10/2014

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Mes premières fois sont innombrables et toutes m'ont apporté. Chaque jour en dispense tellement que j'oublie parfois d'en apprécier le petit bohneur simple de chacune, ce concentré d'émotions qu'il suffit de savoir recevoir. Quand me reviennent quelques premières fois marquantes, je suis tenté d'en faire un inventaire à la Perec.

Je me souviens donc très nettement du premier métier que j'ai voulu faire : oui, la première fois que je me suis dit « plus tard », c'était « plus tard, je serai facteur ». Parce qu'à l'époque  je pensais que le facteur passait sa journée à faire du vélo et rencontrer des gens (ce qui n'est pas complétement faux) mais j'imaginais aussi que peut-être il écrivait à ceux qui ne recevaient pas de courrier. Parfois, en revenant d'une salle de théâtre en Vélib'dans la nuit parisienne, j'imagine la pièce que j'écrirai un jour de ce facteur-écrivain.

Je me souviens que très rapidement je n'ai plus voulu faire que du théâtre. Je me souviens que la première fois que j'ai joué, c'était avec mes cousins, dans le grenier que ma tante T.T avait aménagé en théâtre. Elle nous écrivait des pièces à la fois drôles et historiques que nous répétions des heures entières avec application. Plus tard, la première fois que j'ai joué en « plein air » et en costumes sur la terrasse de chez ma grand-mère à Marseille, je me suis dit que oui vraiment, je ferai bien ça toute ma vie. C'est au bout de quelques années, après avoir vu quelques Tarzan et quelques James Bond que j'ai compris une chose. Effectivement, la première fois que j'ai réalisé que pour jouer dans des films, il faudrait sans doute faire des cascades, j'ai entrepris de m'entrainer sérieusement dans les escaliers de l'immeuble. Je me suis donc jeté du haut de ceux-ci en colimaçon, au quatrième étage, en essayant de faire le plus de roulés-boulés possibles. Après quelques bleus et de belles bosses, avec mon cousin Sébastien, nous nous remîmes solennellement nos diplômes de cascadeur. J'étais prêt.

Je me souviens  aussi qu'à quinze ans, je dévorai une pièce classique tous les soirs et en apprenait un rôle par semaine. Pour le plaisir.

La première fois que je me suis mis à écrire, je crois que c'était pour conserver toutes les émotions : celles des rencontres, celle des moments vécus et tous ces instants de grâce : à Avignon notamment, la version intégrale du Mahabharata de Peter Brook dans la Carrière de Boulbon avec le jour qui se levait au bout de cette nuit magique ; dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, le vent qui emportait les voix et les cogniait aux murs de pierre ; les premiers matchs d'improvisation en France avec des québécois extraordinaires et jamais égalés depuis....

La première fois que j'ai joué à Avignon, c'était dans le cadre de rencontres internationales et j'ai ainsi pu connaître sur scène le même plaisir qu'en voyant le Mahabharata des années plus tôt : jouer un spectacle avec une distribution complétement internationale, dans la cour du lycée Mistral. Forcément inoublibale.

Je me souviens que les premières fois où je donnais des cours dans des établissements scolaires, les élèves étaient prêts à venir à huit heures du matin pour faire du théâtre alors que c'était complétement facultatif. Et qu'ils étaient nombreux. Il faut dire qu'à l'époque les mots échangés avaient plus de valeur que ceux écrits en raccourci sur un écran de smartphone...

La première fois que j'ai connu une émotion incroyable comme auteur, c'est quand j'ai entendu des élèves qui avaient l'âge des rôles que j'avais écrit, les faire vivre. Et comment avec enthousiasme, motivation et acharnement, ils répétaient pour les faire grandir.

Aujourd'hui j'essaye, je dis bien j'essaye, de faire en sorte que tout soit comme une première fois. C'est l'essence même du jeu d'acteur : réinventer le texte comme s'il n'avait jamais été dit. Et quand je joue, quand j'écris ou simplement quand je vis, j'essaye de retrouver le regard  de cet enfant qui n'en finirait pas de s'émerveiller. Même s'il faut bien reconnaître que dans les souterrains du métro en fin de journée, il faut parfois un bon moral, tant l'ambiance n'invite pas au rêve et à la convivialité. Et pourtant, c'est fou toutes les histoires qu'on peut y trouver...

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