Dimanche 26 mai 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

Exposition en
mai 2015

Nos champs de solitude

image

hautEn savoir plus
...

image
Nos partenaires

L'instant politique...

Il faut appeler un chat un chat

:::: Par Philippe Alkemade | paru le 18/05/2012

alkemade.jpg

Il faut appeler un chat un chat. Par exemple, j’ai un chat rose bonbon qui, dans la vraie vie, s’appelle François mais que mon voisin s’évertue à appeler Nicolas, par habitude sans doute. Il faut dire que mon voisin a une multitude de chats, des chats bleus, qui s’appellent tous Nicolas. C’est donc ce dernier prénom qui lui vient à l’esprit quand il appelle mon chat. Et mon chat le lui reproche souvent. À raison ! Je dois admettre que cela est déplaisant d’être appelé par autre chose que son prénom. Je le lui ai dit, à mon voisin. Cesse d’appeler mon chat Nicolas ou il t’en coûtera ! Donc, à présent, il fait attention.

De même, j’ai un chat rouge, que j’appelle Jean-Luc. Chaque fois que je l’appelle, chaque fois que son prénom retentit dans la maison devrais-je dire, il remue la queue ! Comme un chien. Il est heureux, Jean-Luc. J’imagine que si je l’appelais François, il le serait moins, heureux, et qu’il remuerait moins la queue à l’évocation de son prénom tronqué. J’essaye d’être vigilant ! Il en va du respect de la race féline ! Vraiment, il faut appeler un chat un chat. « Jean-Luc, tes croquettes sont servies ! » Et il rapplique en remuant la queue. C’est un réel plaisir. Et lui de dire : « Merci Philippe ! » Je n’ose imaginer la tête qu’il ferait si je lui disais : « Jean-François, tes croquettes t’attendent ! ». Il me maudirait pour toujours.

Chez nous, on aime à ne pas être confondu, chez nous, on aime à ne pas confondre, quitte à se confondre en excuses.

J’ai également une chatte rose fluo qui se prénomme Martine. Elle a beaucoup d’humour, Martine. Si je lui dis : « Et alors, aujourd’hui ? Martine à la plage ? Martine à la ferme ? Martine à l’école ? », elle rit beaucoup ! Mais n’allez pas l’appeler Ségo ou Élisabeth. Elle le prendrait mal. Car là, il n’est plus question d’humour. Et je le conçois parfaitement.

J’ai aussi une chatte à lunettes vert pomme, qui fume. De l’herbe à chat. Elle s’appelle Eva, mais je lui ai donné d’emblée un autre nom, je l’ai appelée Pétard. Et ça lui arrive de l’être. En pétard. Lorsque je lui dis : « Ça suffit maintenant Coco ! », elle n’aime pas cela ! Mais c’est juste pour la taquiner. On fait très vite la paix. En fumant le calumet. On aime ça. « Peace and love » dans les volutes... En fait, j’aurais dû l’appeler Calumet, ma chatte vert pomme, tellement elle est pour la paix.

Et puis, j’ai un chat blanc, qui s’appelle Baruch. J’ai un faible pour lui. Il refuse de s’occuper des affaires de la maison.  Il se pose au dessus du meuble, en face de la TSF et il regarde passer les souris toute la journée. Sans sourciller ! C’est un grand chat, affable, calme et solitaire. Et impassible. J’ai beau lui dire « Descends de là, Arthur ! », ou même « Va faire du sport, Friedrich ! », ou encore « Tu veux du mou, Gilles ? », il n’y a rien à faire. Il médite, impassible, sur la condition des rongeurs. Quel bonheur... À croire que Dieu n’existe pas !

Récemment, une chatte a essayé de s’installer à la maison. Une chatte qui s’appelle Brunette, eu égard à sa couleur de robe. Du coup, l’autre jour, lorsque je lui ai dit : « Non, non, Brunette, tu ne rentres pas à la maison, tu n’es pas invitée, nous ne supportons pas d’être envahis (dans un clin d’œil du style intolérant avec l’intolérance...) », pensez-vous qu’elle m’a écouté ? Que nenni ! Elle m’a dit vulgairement : « Ducon, je ne m’appelle pas Brunette ! ». Et moi, même si mon prénom, c’est Philippe et pas Ducon, je me suis écrasé, je n’ai rien dit. Par lâcheté ! Pourtant, sur ses papiers, il est bien inscrit Brunette ! Un jour, peut-être, le lui ferais-je remarquer, gentiment. Mais honnêtement, je pense que c’est peine perdue, elle n’en démordrait pas. Du matin au soir et du soir au matin, dans les rues, elle prétend qu’elle n’est pas brune, mais bleu marine ! Daltonienne à ce point, c’est impensable, inimaginable, inconcevable. Nier cette évidence qui vous crache au visage. Et à quel dessein ? Autant dire d’un fasciste qu’il ne l’est pas !

haut Réagissez à cette contribution...

hautHaut de page

 

Mentions légales

©Le Billet des Auteurs de Théâtre 2011

Le collectif

Contact

Revue réalisée avec le concours du
Centre national du Livre