Jeudi 13 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Passage à l'acte

Pièce à convictions

:::: Par Delphine Gustau | paru le 01/01/2015

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Compte rendu daudience :

Suite à la première de la pièce « La mécanique du soucis d’apaisement », un certain nombre de plaintes ont été déposées. Il semblerait en effet que plusieurs incidents aient perturbé la représentation. Tout d’abord, au moment de la révélation amoureuse, pendant un long silence habité de la comédienne, madame Estelle Fridlender, un individu serait entré bruyamment dans la salle. Il a été formellement identifié comme étant monsieur Johnny Prieur en personne. Il était accompagné de deux blondes en léopard et portait une veste à paillettes du plus étrange effet. Il a traversé l’allée centrale, et s’est arrêté juste devant la scène. Il s’est ensuite positionné dans la lumière d’une façon d’autant plus déplacée qu’elle semblait très naturelle. Puis il a prononcé un énigmatique  : « Mais on est ou là ? Il est ou Mimiche? ». Il serait  ensuite reparti, toujours escorté des deux blondes en léopard, sans prêter la moindre attention à l’oeuvre qu’il venait d’interrompre.  Malgré de multiples convocations,  Johnny Prieur refuse encore à ce jour, de répondre à nos questions concernant cette intrusion supposée malveillante.

 

Témoignage de la première blonde en léopard, madame Christiane Baillerjo :

« Johnny Prieur navait pas été averti de la première de la pièce. Il na même pas été invité. Il est donc tout naturellement entré dans la salle, pensant interrompre une simple répétition. Il était à la recherche de son pianiste, lequel est ma-t-il dit, « sujet aux fugues lorsquil déconnecte ». Johnny Prieur est donc à mon avis, totalement innocent. »

 

Témoignage de la seconde blonde en léopard, madame Céline  Thilien :

« Johnny Prieur mavait déjà parlé de la première de « La mécanique du soucis dapaisement », quil comptait selon ses termes, « pourrir ». Il m a en effet, tenu ces propos : « on va lui pourrir sa pièce à celle-là, ça va lui apprendre à oublier dinviter Johnny Prieur».  Lorsque je lai aidé à chercher son pianiste, jignorais quil était en train de mettre à exécution son  sinistre plan et mavait entraînée  malgré moi. Je me sens piégée et regrette profondément mon acte irréfléchi et les conséquences quil a entrainé pour le spectacle. »

 

Suite à ces déclarations qu’elle a qualifiées, nous citons,  d’« inqualifiables », Madame Baillerjo, 1ère blonde en léopard, a porté plainte contre madame Thilien, 2nd blonde en léopard, pour accusations calomnieuses envers monsieur Johnny Prieur.

 

Absence de témoignage de monsieur Matthieu Michard, pianiste :

Monsieur Matthieu Michard, a refusé de signer son témoignage de son nom véritable, s’entêtant a vouloir utiliser son pseudonyme, « Mimiche ».  Bien qu’il ait été informé qu’il s’agissait d’une affaire judiciaire n’acceptant que les identités véritables des différentes parties, il a persisté à signer « Mimiche ». Son témoignage a donc été invalidé par la cour, et, malgré son intérêt évident, il ne figure pas au dossier.

 

Pièce à conviction numéro un : Photo du public prise pendant la représentation lors d’un effet de mise en scène, où l’absence de monsieur Matthieu Michard a été formellement constatée par le comité d’experts en physionomie.

 

 Nous constatons que de l’intervention malencontreuse de Johnny Prieur, semble découler la suite de cette catastrophique première. En effet, l’interruption du spectacle a  causé au comédien, monsieur Benjamin Chevalier, un embarrassant trou de mémoire.

 

Témoignage de monsieur Eliot Letang, régisseur :

« Jattendais mon top pour envoyer mon effet son, une sirène de pompier, mais la réplique  nest jamais venue.  Je nai donc pas pu envoyer ma sirène. Ce qui fait quaprès, comme on savait pas que normalement les pompiers allaient arriver, on comprenait plus rien à la pièce. Jai donc subit un préjudice car le problème semble être de ma faute alors quen fait je suis la victime dun trou de mémoire qui nest même pas le mien».

Le régisseur, monsieur Eliot Letang, a déposé une plainte. Il nous a déclaré : « Ne souhaitant pas men prendre directement à la personne de Benjamin Chevalier, réputé très querelleur,  jai décidé de porter plainte contre son trou de mémoire. »

Un comité d’experts se réunit ce matin afin de déterminer si une plainte contre un trou de mémoire est recevable par la cour.

 

D’après Monsieur Chevalier, cependant, la faute serait à renvoyer à la responsabilité de Johnny Prieur qui l’a grandement perturbé de par ses propos incohérents et l’outrance de son accoutrement.  Par ailleurs, le comédien a déposé une plainte pour violences, contre la comédienne, madame Fridlender. En effet, pour l'aider à se souvenir de son texte, elle lui aurait mis une gifle pour de vrai, alors que normalement, ça devait être pour de faux.

 

D’après plusieurs témoins, il régnait dans la salle des énergies aussi exécrables que sur le plateau. Des tentatives de harcèlement télépathique émanant des spectateurs et visant les comédiens nous ont d’ailleurs été signalées.

 

Témoignage de Madame Elisabeth Loupiac, spectatrice :

« Alors que je partais dun fou rire incontrôlable, un spectateur derrière moi ma demandé de faire moins de bruit. Je me suis retournée afin de le tancer vertement  et de lui rappeler quil sagissait dun spectacle dhumour abstrait. Les rires y étaient donc a priori autorisés. Cest alors que jai pu observer que le metteur en scène, monsieur Gildas Loupiac,  dormait assis à coté du râleur. Je précise que le fait quil soit mon fils nenlève rien a mon indignation devant le manque de professionnalisme de ce monsieur. »

 

Madame Elisabeth Loupiac a déposé plainte contre le metteur en scène, monsieur Gildas Loupiac, son fils, au motif quil ne fait pas son travail et vole les honnêtes spectateurs. Nous précisons ici que madame Loupiac avait tenu a payer sa place. Pour sa défense, monsieur Gildas Loupiac a plaidé « une pratique du lâcher prise nécessaire à la création ».

 

Nous avons ensuite entendu l’auteure, qui finira son récit en pleurs en demandant pardon pour tout le mal qu’elle a fait. Elle aurait  en effet quitté la salle et claqué la porte sans voir arriver le directeur du théâtre, monsieur Daniel Duplex qui l’a reçu de plein fouet, la porte. Avant l’arrivée des pompiers, (pas ceux de la bande son de la représentation, voir témoignage du régisseur plus haut, mais cette fois, les vrais pompiers) Daniel Duplex a trouvé la force de nous confier :

« je voulais simplement aller aux toilettes, jai toujours été très gentil avec elle, et défendu cette pièce dont personne ne voulait,  je ne comprends pas ce qui lui a pris. »

Le directeur se trouve aujourd’hui, toujours hospitalisé. L’auteure nous a précisé que la phrase injurieuse prononcée au moment de l’involontaire agression, ne lui était pas destinée. Cependant nous constatons que l’auteure, malgré son repentir manifeste, refuse toujours de révéler à qui cette phrase s’adressait.

 

Conclusions du juge :

Au vue du profil psychologique des accusés et des plaignants, la clause d’irresponsabilité est retenue et les représentations condamnées à être poursuivies.

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