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Le Théâtre de la Huchette menacé

:::: Par Gonzague Phélip | paru le 24/02/2012

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Une histoire hors norme

C'est dans ce petit coin de Paris, le Quartier Latin, que se sont révélés après la guerre les auteurs, alors fort décriés, qui constituent aujourd'hui l'orgueil de notre patrimoine national.

Le Théâtre de la Huchette a été créé en 1948 par Marcel Pinard. Georges Vitaly en prit la direction et monta des auteurs tels que Schéhadé, Kataiev, Bréal et Audiberti. En 1952, Marcel Pinard prit sa suite et permit à Tania Balachova, Poliéri, Candelier, Postec, Mauclair, Bataille et Cuvelier de monter Genêt, Tardieu, Lorca, Tourgueniev ou Ionesco.

Jacques Lemarchand, critique éclairé, souligna, dès sa création, l'importance de La Cantatrice Chauve. Il écrivit lors de la reprise de la pièce en 1952 : « Le Théâtre de la Huchette recèle en ses petits flancs de quoi faire sauter tous les théâtres de Paris (...). Quand nous serons bien vieux, nous tirerons grand orgueil d'avoir assisté aux représentations de La Cantatrice chauve et de La leçon ».

En 1975, à la mort de Marcel Pinard, les comédiens du spectacle Ionesco, menacés d’expulsion (déjà !) par les nouveaux propriétaires, s'efforcent de sauvegarder "La Huchette" contre vents et marées. Sous la direction de Jacques Legré, ils s'organisent, fondent entre eux une S.A.R.L et rachètent le fonds de commerce. Avec son successeur Jean-Noël Hazemann, ils animent depuis lors avec passion et opiniâtreté ce théâtre qui propose chaque année, en plus du spectacle Ionesco, deux nouvelles créations d’auteurs contemporains.

Le Théâtre de La Huchette est le seul théâtre privé appartenant à ses comédiens réunis en coopérative. Il fonctionne sans aucune subvention.

Le spectacle Ionesco détient désormais le record du monde du spectacle qui se joue sans interruption dans le même lieu depuis 55 ans. Il totalise plus de 17200 représentations à ce jour, et près de deux millions de spectateurs. Des générations l’ont vu et continuent à le voir. Semaine après semaine, mois après mois, année après année, décennie après décennie, le succès ne se dément pas. En l’an 2000, le spectacle Ionesco a reçu un Molière d’honneur.

Des acteurs tels Jacqueline Maillan, Laurent Terzieff, Antoine Vitez, Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Mocky, Tsilla Chelton, Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Marielle, Brigitte Fontaine… ont fait leurs premières armes sur cette petite scène.

De Jacques Audiberti à Georges Pérec, en passant par Jean Tardieu, Jean-Claude Grumberg, sans oublier évidemment Eugène Ionesco, le Théâtre de la Huchette s’est révélé depuis sa création une véritable pépinière pour les auteurs contemporains.

Aujourd'hui, de tous ces petits théâtres audacieux de l’après-guerre, il n'en reste plus qu'un seul : le nôtre. Mais il est en danger.

 

Un théâtre proche de l’expulsion

Malgré le soutien du Syndicat National des Directeurs et Tourneurs du Théâtre Privé et les aides de l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé, malgré une bonne fréquentation et des spectacles bénéficiant d’une bonne réputation, la petitesse de la salle (90 places) et notre obligation de garder des tarifs raisonnables en fonction d’une clientèle jeune (collégiens, lycéens, étudiants), ont entraîné de gros problèmes de trésorerie et un retard de paiement vis-à-vis du propriétaire.
Depuis une quinzaine d’années, le loyer a pratiquement doublé. Le théâtre ne peut plus faire face à ses échéances.

Nous ne sommes pas hélas les seuls dans ce cas : de nombreuses librairies ou le Lavoir Moderne Parisien actuellement, la liste est longue de ces lieux de questionnements, d’émotion et de rencontres subissant le même sort.

Vertu des crises et des coopératives : tous les comédiens se remettent en cause, retroussent leurs manches, inventent.

L’association des Amis du Théâtre de la Huchette a lancé un appel exceptionnel pour le sauver. Mais malgré la générosité des donateurs, nous sommes encore loin du compte. Nos appels aux institutions sont restés pour le moment sans réponse. Silence étonnant.

Qu’attendent-ils ? Que cette salle crève ? Qu’un restaurant ou une boutique de prêt-à-porter à la mode la remplace ? Va-t-on laisser ce lieu mythique se faire écraser par une logique économique vide et froide laissant 45 comédiens sur le carreau ? Ce théâtre va-t-il s’ajouter à la casse programmée des lieux de culture ?

Nous pensons que ce lieu, qui est la dernière des « grandes petites scènes » du Quartier Latin, et qui a vu « naître » tant de grands auteurs et tant de grands acteurs, doit être sauvé.

Nous pensons que le Théâtre de la Huchette a encore des choses à dire, des choses à inventer.

Ses comédiens se battront jusqu’au bout pour le sortir de cette phase critique et lui donner un nouvel élan.

 


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