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Le bocal agité du 5 au 7 février 2015

:::: Par Catherine Tullat | paru le 13/02/2015

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Pour aller à Gare au Théâtre il faut prendre le RER C. Je prends rarement le RER, j’assume, mon côté parisienne paresseuse. Que ce soit le RER A, le B, le C, le D ou le E, à quand l’alphabet tout entier, j’ai l’impression que je m’aventure dans une épopée mystérieuse et dans un voyage hors du temps. Le RER n’est pas tout à fait un train, ni tout à fait un métro, il est un entre deux, entre deux eaux, entre deux temps, entre deux villes, entre deux…

Vitry sur seine n’est qu’à deux stations de la Bibliothèque François Mitterrand, cette constatation me réconcilie avec l’entre deux.

Gare au Théâtre est visible avant l’arrêt complet du train. Cette vision me rassure, me propulse dans une atmosphère particulière qui m’incite à m’approcher de ce lieu atypique.

Le Bocal agité, l’intitulé de l’exercice, n’a rien de décalé quand on entre dans le lieu décoré d’objets identifiés gare ou paquebot selon notre humeur et notre imaginaire. Des signaux lumineux me font des clins d’oeil, des panneaux signalétiques m’orientent, des valises sont stockées dans un coin en attente, un téléphone sans âge est prêt à prévenir d’une situation rocambolesque.

Bienvenue à Gare au Théâtre. Sortant de l’entre deux, je ne suis pas dépaysée.

L’espace est chaleureux, volumineux. Les salles de répétitions attendent des personnages qui s’animent dans l’espace. Le silence est ponctué du passage des trains, pas besoin d’horaires, ils passent toutes les dix minutes.

A travers les baies vitrées, un no man’s land, des wagons, des rails, le Grand Paris attend son heure. Reconstruction, démolition.

Nous sommes 5 auteurs : Laurence Mauriaucourt, Jo Cassen, Laura Pellerins, Mohamed Guellati  et moi même, prêts pour le bocal agité. Mustapha Aouar, le maître des lieux, le chef de gare, nous a concocté une petite saveur.

Après un café bienvenu, le froid polaire sévit à l’extérieur, nous montons dans la mezzanine au dessus du bar. 5 habitants de Vitry sont invités à participer au bocal. Chacun et chacune raconte rapidement, son parcours. Chaque auteur écoute le résumé d’une vie et saisit l’instant pour signifier avec quel habitant il va partager un moment. AC2N, surnom d’un des habitants, m’interpelle. Pourquoi lui précisément ? Parce qu’un mot résonne dans ma tête, « Racine du mal ». Une émotion, une sensation, une réflexion éclair. J’ai envie d’en savoir un peu plus sur ces racines du mal.

Je propose à AC2N d’aller sur les lieux de ces racines. Tout en marchant dans le quartier Balzac, il me raconte. Son histoire est mêlée à l’Histoire du quartier, un homme dans le territoire. C’est la consigne de ce bocal agité.

AC2N utilise des métaphores pour me parler de son parcours. Ecouter, découvrir, entendre. Son langage est poétique face à une vie douloureuse et impactée de souffrance et de difficulté. Donner de la distance aux évènements, à sa vie, une particularité de sa personnalité. Il est curieux, différent, se démarque des autres sans le vouloir. A su dire non. A su partir et revenir. A su assumer sa particularité. A su être  ce qu’il est aujourd’hui. Belle rencontre.

Après cette escapade, il me reste 4 heures pour écrire un texte de 15mn, c’est court, mais excitant. Nous, les 5 auteurs, sommes sur la mezzanine au dessus du bar et de l’entrée. Un silence parcours la salle, rythmé par le passage des trains toutes les dix minutes. Des regards partagés, des moments de doute. Concentration extrême.

Le bocal agité est studieux. L’agité du bocal est à l’intérieur de nos mots. Le temps est compté, pas le temps de s’agiter, mais agiter les mots pour leur donner sens, pour ne pas trahir les habitants. Oui, On a tous cette peur. Leur parole est précieuse, on a une responsabilité. Quoi dire. Tout dire. Pas dire. Dire ce qu’il y a à dire en espérant que ce dire sera celui qu’ils ont envie que l’on dise.  Confiance oblige, respect mutuel. Transposition nécessaire.

Après la phase d’écriture, chaque auteur lit son texte devant les habitants, les metteurs en scène, les comédiens, le maître des lieux, pour que le Samedi 7 février, nos petites formes prennent corps sur la scène du théâtre et devant un public. Il fut nombreux.

AC2N ne s’est pas senti trahi, c’est ce qu’il m’a dit, il a même plutôt été surpris qu’en si peu de mots j’ai su retranscrire quelques instants de sa vie. Je dois dire que moi aussi j’ai été surprise qu’en si peu de temps, qu’en si peu de mots j’ai pu m’immerger dans son univers. Les autres habitants ont remercié leur auteur. Moments magiques, moments furtifs, moments intenses de partage, de rencontres, d’humilité. Moments éphémères qui marquent l’instanté.

Ce Bocal agité a agité mon imaginaire. Le temps a précipité des rencontres, des expériences de vie, de travail. Belle idée Monsieur Mustapha Aouar, le chef de gare de Gare au théâtre.


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