Lundi 27 mai 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Qui est là ?/L'été en automne

:::: Par Marc-Michel Georges | paru le 31/12/2014

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Elle (elle sirote au comptoir, ou à une table, avec des lunettes de soleil)

 

Quand ils sont venus pour tourner LA COLLINE ENCHANTEE

Ils ont demandé qui veut faire de la figuration intelligente et parfois il y aura du texte

Tu penses bien que j’allais pas laisser passer ça…

J’étais dans la file d’attente et quand c’est arrivé à moi

Il m’a dit ché plus son  prénom ça vous dirait le rôle de celle qui passe dans la rue, qui s’arrête devant la porte en disant QUI EST LA

Tu parles que j’ai dit oui

J’arrivais essoufflé devant la porte et j'avais trois mots : "QUI EST LA ?"

 

Non pas "qui est là" dans le style interrogation imbécile de celle qui  sait pas

mais "qui est là" avec le ton de celle qui sait

qui sait

mais qui dit tout de même "qui est là"

elle dit "qui est là" parce que celui qui est devant elle

elle le connaît

elle le connaît très bien

mais elle appuie sur le "qui est là"

parce qu'elle fait mine à ce moment là de jouer une surprise

alors que son état intérieur est tout autre

son état est à la grande contrariété

 

Tant est si bien que l'auteur aurait pu écrire : "Ah tu es là...!"

je suis d'accord avec lui, que le "ah" est inutile

il montre que l'on peut faire court et que c'est plus riche

en effet, ce "qui est là" laisse entendre ce "ah" sans que l'on ait besoin de le dire...

D'ailleurs comme me l'a précisé plus tard le réalisateur du film

la phrase dans son entier n'avait pas,

si l'on veut bien y regarder de plus près,

n'avait pas à franchement parler,

une si incontournable utilité

puisque mon visage (que je sais rendre mobile)

faisait dire à mes yeux le contraire de ce que disait ma bouche..

et c'est  moi-même qui aie insisté pour que l'on coupât "qui est là"...

 

 

Ensuite à la pause, à la cantine, il y eut une sorte de débat

autour de mon regard

certains -soutenaient mon regard-

d'autres -soutenaient ma bouche-

d'autres encore allaient jusqu'aux plis de ma bouche

j'ai entendu qu'on différenciait un oeil de l'autre....

le droite du gauche

c’est vrai que je louche un peu mais je pensais pas que ça se verrait tant que ça

Il y a dans l'un

un "je ne sais quoi" avança Jean Christophe Blanc, un stagiaire, il voulait pas me vexer

quant à Romuald  le livreur qui nous avait apporté les pizza sur le tournage,

il "fixa" comme on dit, sur l'autre oeil en disant : "celui-là, le droite, je ne le sens pas, je le trouve comme étranger à l'autre.."

Moi, j'intervenais pas. Je ne me voyais parler de mon regard.

 

Evidemment

et ça je l'ai très bien compris

on ne pouvait pas couper un oeil et garder l'autre

alors

Patrice Kravitch, le réalisateur a tranché. Il a coupé les deux yeux

exit la bouche  aussi pour l'occasion

puisque la bouche sans les yeux ça coulait de source je ne pouvais plus entretenir la contradiction

de la bouche et des yeux

 

et finalement

quand je revois  ce film

et Dieu sait si je le revois je l’ai enregistré

ce film où je n'apparais plus

plus du tout

eh bien au moment même dans le film

où ma scène aurait dû se trouver eh bien ce "qui est là"

je l'entends

énorme

pour moi c'est tout le film

et quand j’aurais tout oublié du film

ça ça me restera !!!

 

"qui est là ?".........

C’est con hein ?

 


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