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Le berceau/L'été en automne

:::: Par Sophie Davidas | paru le 31/12/2014

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PERSONNAGES 

MARC, la quarantaine

CATHERINE, la quarantaine

 

Un grand salon au décor un peu bobo.  Un berceau est posé au milieu du salon. Une porte qui va vers la chambre. De l’autre coté une porte vers la cuisine.

 

Marc apparaît en pyjama ou une tenue qui indique qu’il vient de se lever. Il traverse le salon sans faire attention au berceau, on comprend qu’il est encore à moitié endormi. Il va vers la cuisine et soudain s’arrête étonné et se retourne vers le berceau. Il le regarde, s’approche, se penche, fait un bon d’effroi en arrière.

MARC, paniqué, doucement et de plus en plus fort : Catherine ! Catherine ! (Un temps) Catherine, viens voir, vite !

Catherine apparaît en tenue de jogging

CATHERINE : qu’est ce qu’il y a ?

MARC, pointant du doigt le berceau : Regarde.

CATHERINE : Qu’est ce que c’est que ce truc ?

MARC : C’est plutôt à moi de te demander ça.

CATHERINE : Ah bon ? Et pourquoi ?

MARC : Mais enfin Catherine, tu vois bien ce que c’est. C’est un berceau. Et tu sais ce qu’il y a dans ce berceau ?

CATHERINE : Non.

MARC : Catherine arrête de me prendre pour un con. Il y a un bébé Catherine dans ce berceau. Un bébé ! Je dirais même plus, un nouveau né ! Je n’en reviens pas que tu m’ais fait un bébé dans le dos.

Catherine s’approche du berceau, regarde à l’intérieur et recule avec effroi.

CATHERINE : Mais c’est quoi ce délire ? D’où il vient ce bébé ?

MARC : Comment ca d’où il vient ? Mais enfin c’est plutôt moi qui devrait te poser cette question.

CATHERINE : Ah oui et pourquoi ?

MARC : Mais parce que tu es une femme Catherine, tout simplement parce que tu es une femme.

CATHERINE : Je ne vois pas le rapport.

Marc s’approche du berceau, se penche et regarde attentivement le bébé pendant quelques secondes puis se retourne vers Catherine.

MARC : Tu ne vois pas le rapport ? Mais d’où il sort ce bébé, d’où il sort ?

CATHERINE : Mais je n’en sais rien moi d’où il sort. Comment veux tu que je le sache ?

MARC : Mais il sort de ton ventre Catherine. Il sort de ton ventre ! En plus il te ressemble. C’est forcément toi qui as fais ca.

CATHERINE : Pourquoi ce bébé ne pourrait pas sortir de ton ventre ? Pourquoi moi ? Tu peux me le dire ?

MARC : Mais enfin Catherine les bébés sortent du ventre des femmes, pas des hommes ! Donc c’est forcément toi qui as fais ca. Sans me prévenir en plus.  Classique.

CATHERINE : Ca pourrait tout à fait être toi. Après tout tu es médecin.

MARC : Et alors ? Je suis un homme avant tout. Tu t’en souviens quand même que je suis un homme ?

CATHERINE : Je veux bien que tu me rafraichisses la mémoire.

MARC : C’est pas la mémoire, c’est le cerveau qu’il faut te rafraichir là.

CATHERINE : Ok tu es tu homme et tu es très intelligent. Donc qu’est ce qui me prouve que tu n’as pas trouvé comment rendre les hommes enceintes avec toutes tes recherches que tu fais à l’hôpital ?

MARC : C’est complètement con, pourquoi je ferais ça ?

CATHERINE : Mais je suis sure que ca intéresse des tas d’hommes d’être enceinte.

MARC : Non, tu dis n’importe quoi. Quel homme aurait envie de ressembler à une baleine pendant des mois, à souffrir pendant des heures tout ca pour faire un truc que les femmes font avec tellement de fierté depuis toujours ?

CATHERINE : ah ca c’est bien une parole de mec. Totalement rétrograde. Réveille toi, on est au 21e siècle. A l’heure du mariage pour tous, ca me semble normal que les hommes aient envie de porter eux aussi des bébés. On met bien des quotas pour les femmes dans les gouvernements, on pourrait mettre des quotas pour que les hommes portent les bébés.

MARC : Et ce serait moi le premier con à me faire avoir ?

CATHERINE : Le premier véritable héros de l’humanité. Ca se trouve on va recommencer à compter les années à partir d’aujourd’hui. Tu as toujours voulu être célèbre. Là c’est la célébrité pour l’éternité.

Elle fait demi tour et se dirige vers la cuisine. Silence. On entend des bruits dans la cuisine.

MARC : Tu lui prépares son biberon ?

Catherine réapparait avec un tasse de café.

CATHERINE : Son biberon ?   

MARC : Mais enfin, tu n’as donc aucun instinct maternel ?

Catherine le regarde en buvant son café.

CATHERINE : Qui me prouve que je suis la mère ? C’est fini ça. Tu m’as fait un enfant dans le dos, et rien ne prouve que je sois la mère de cet enfant.

MARC – Putain, tu commences vraiment à m’énerver.

CATHERINE : Putain toi même.

MARC : Quoi ?

CATHERINE : je dis « putain toi-même ». Et je propose un quota à 50:50 pour les insultes.

Marc prend son téléphone portable posé sur la table basse. Catherine sautille sur place.

MARC : Et pour la connerie c’est quoi le quota ? Parce que là depuis ce matin tu as pris beaucoup d’avance.  Et qu’est ce que tu as à sauter comme çà ?

CATHERINE : Je m’échauffe. Je suis en retard pour mon jogging. Je dois courir 45 minutes par jour pour maintenir mon capital féminité de trentenaire.

MARC : Mais tu as 40 ans.

CATHERINE : Et bien la preuve que ca marche. J’ai fais le test la semaine dernière, on me situe entre 31 et 33 ans en capital féminité. D’ailleurs tu devrais t’y mettre, ca te ferait du bien.

MARC : Je me fous de mon capital féminité, je suis un homme. Et toi arrêtes de sautiller. Tu es une mère maintenant. Regarde, c’est ton bébé…Enfin, notre bébé.

CATHERINE : Ecoute Marc, je suis désolée mais je n’arrive pas à m’y faire. Tout ca est arrivé si vite.  J’ai rendez vous chez le coiffeur. Toi tu n’as pas ce genre de problème : tu es chauve. Ca te fait économiser un temps fou de ne pas avoir de cheveux. Profite de ce temps pour faire la maman.

MARC : Non mais tu ne voudrais pas que je l’allaite pendant qu’on y est ?

Catherine reste quelques secondes sans bouger puis s’effondre dans le canapé, au bord des larmes.

CATHERINE : Tu aurais pu me prévenir que tu voulais un enfant. Tu ne me dis rien et hop me voilà Maman. Je ne vais pas y arriver. Je ne sais pas comment on fait.

MARC : Ne pleure pas, il y a peut être un mode d’emploi dans le berceau. Ca ne doit pas être si compliqué. Toutes les femmes le font. (Il s’approche du berceau. Se penche et en ressort triomphalement quelques feuilles de papier.) Regarde, j’avais raison.

CATHERINE : Qu’est ce qu’ils disent ?

Marc lit avec étonnement.

MARC : C’est une livraison baby:discount, ils se sont trompés d’étage. C’est pour le voisin du dessus.

CATHERINE : Le vieux garçon du 3ème ? Je rêve. Monsieur n’est pas foutu de se trouver une nana alors  il se commande un bébé pour lui tout seul. Bravo les progrès du 21e siècle. Pauvre gamin, élevé par un père célibataire. Ca me rend triste tout d’un coup.

MARC : Moi aussi. J’ai un de ces coups de cafard.

CATHERINE : C’est le baby blues. Mon chéri, on a le baby blues. Qu’est ce qu’on va faire ? (Le bébé se met soudain à pleurer. Marc et Catherine se précipitent en même temps affolés.) Laisse, je m’en occupe. (Elle se penche vers le berceau, le bébé pleure de plus en plus fort) Mon bébé ne pleure pas.

MARC, faisant demi tour en panique : Je vais préparer le biberon.

CATHERINE : Giligili, bébé ne pleure pas, Papa arrive avec le biberon. Tu es tout mignon, giligili.

Marc arrive en courant, un biberon à la main.

MARC : Pousse toi, c’est moi qui lui donne.

CATHERINE, elle arrache le biberon des mains de Marc : Non, c’est moi !

MARC : Et pourquoi toi ?

CATHERINE : Parce que je suis la mère.

MARC, lui arrachant le biberon des mains : Pas plus que moi !

Il se penche pour attraper le bébé. Catherine le pousse, on sent qu’ils vont se battre. On frappe à la porte. Catherine et Marc se redressent et restent pétrifiés.

MARC ET CATHERINE : Merde, le voisin !

 

NOIR


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