Mercredi 12 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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L'été en automne à Chaumont
Journal d'un participant

:::: Par Gilles Boulan | paru le 31/12/2014

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Mercredi 5 novembre 2014

Chaumont

La voie ferrée comme une tranchée entre les arbres de la promenade : Chaumont est une ville que le chemin de fer divise en deux. Au nord, le centre ville ancien avec sa basilique, ses beaux hôtels classiques de la prospérité, ses édifices administratifs, ses commerces, son animation... Au sud un quartier résidentiel plus récent avec ses pavillons et ses demeures discrètes dans la végétation. C'est là que le théâtre s'est posé dans les murs d'un ancien cinéma auquel il doit son nom : Le nouveau Relax. Et c'est également là que s'est établi, pour une quinzaine de jours, le Q.G des Ecrivains de Théâtre en Errance en Automne. Une grande salle de répétitions pourvue d'une petite cuisine et qui sera à la fois un lieu de réunion, de travail et de vie commune. Ici seront partagés l'ensemble des repas du séjour dans une ambiance confraternelle où les bonnes volontés seront mises à contribution, moins au niveau de l'intendance qu'à celui des lectures publiques.

Dès l'arrivée sur place, on est plongé dans le bain et le manuscrit d'une courte pièce vous atterrit entre les mains. "Tu veux bien lire ma pièce ce soir ? " Et à peine dégrisée des fatigues de la route, c'est une toute autre ébriété qui vous attend de pied ferme avec les répliques d'un barman assez décontenancé par les propos pâteux de son dernier client avant la fermeture de son établissement.

 

Mercredi 5 novembre

Bricon, Bar de l'Europe

Le Bar de l'Europe à Bricon n'a certainement jamais vu autant d'écrivains de théâtre autour de son comptoir. Ils se sont repartis dans plusieurs véhicules, ont roulé en cortège dans la campagne champenoise et ils ont débarqué avec leur enthousiasme et leurs brèves de bistrot pour un "aperauteur". L'établissement n'est pas vraiment un bistrot de village comme on pouvait se l'imaginer, avec ses habitués, ses tapeurs de carton, ses joueurs de babyfoot... Plutôt une sorte de routier, un bar étape du bord des routes avec son vaste parking désert où de larges flaques d'eau rondes reflètent les derniers rayons de soleil de la journée. On pense fugitivement au film Bagdad Café et à sa célèbre sa célèbre litanie. Mais un Bagdad Café en campagne champenoise entourée de forêts, loin des déserts d'Arizona.

Dans le décor réel du bar, sans autre aménagement qu'une rapide mise en place et après une curieuse ouverture musicale mêlée de jappements de chien, de gémissements de femme et de cris rauques de cervidés, se déroulent les lectures des quatre textes prévus au programme. Quatre courtes scènes en situation qui, à l'image de ce soliloque d'un pilier de zinc convaincu de la clarté de son esprit, trouvent leur juste résonance, accoudées au comptoir. Entre deux services de consommations, le patron de l'établissement nous confie avoir reconnu des situations qui lui sont familières

 

Jeudi 6 Novembre

Tuer Phèdre au nouveau Relax

La télévision régionale s'est invitée pour la journée à la table des auteurs. Elle a filmé quelques moments de convivialité, quelques bribes de conversations, tendu le micro à Didier, l'ordonnateur de l'événement. Volé aussi quelques images des lectures en répétition avant de se fixer dans le hall du théâtre pour filmer l'entrée des classes de lycéens venus assister à la représentation.

Sur le plateau, on doit tuer Phèdre en la personne d'un vieil acteur qui abuse ses jeunes partenaires et qui vampirise leur talent. Un thriller racinien sur l'exaltation du désir où les mots d'Alberto se marient avec élégance au vers du grand poète, sans les dénaturer. Un frisson épicé de gloussements et de rires contenus traverse le public lorsque les deux protagonistes masculins s'embrassent ou se crachent au visage.

 

Jeudi 6 novembre

Alban Berg à l'Hôtel de ville

Parquets cirés et lustres à pampilles, la grande salle du Conseil de l'Hôtel de ville a été rapidement transformée en théâtre pour la lecture du concert spectacle de Michel : Suite lyrique. Nous y mettons les pieds pour la seconde fois en cette fin de journée après les bulles et les discours de l'inauguration de "l'ETE à Chaumont" et après un court intermède de lectures apéritives dans une crêperie voisine : La tentation Bilig'n. Crêperie où les scènes de bistrot s'accommoderont sans trop de peine de l'étroitesse des lieux, du décor ouvragé d'une ancienne chapellerie et où les bulles du cidre breton pétilleront avec les paroles des romances populaires chantées par la patronne et le chœur des auteurs.

Avec Alban Berg et sa Suite lyrique pour quatuor à cordes, c'est une toute autre musique qui dialogue avec la lecture. La Vienne de l'âge des valses se retrouve aisément dans les ors de la République et dans la majesté de l'escalier d'honneur pour une histoire d'amour, cryptée en langage numérologique sur les partitions de la dite suite lyrique. Adultère dodécaphonique concernant le compositeur écartelé entre sa fidélité pour son épouse Helena et sa passion secrète pour sa maîtresse Hannah Fucks (10 lettres)

 

Vendredi 7 novembre

Sas de décompression au Lycée Charles de Gaulle

Lucie, la jeune auteure de SAS, est discrètement assise au milieu des lycéens où elle passe facilement assez inaperçue. Ce qui n'est pas le cas de sa pièce que six ou sept lecteurs défendent sur l'estrade de la salle de permanence du Lycée Charles de Gaulle. Dans cette grande salle vitrée, à l'acoustique très délicate,  ils plantent le décor d'un luxueux hôtel de la côte chypriote où les soldats de retour de la vallée de la Kapisa effectuent un bref séjour de décompression avant d'être rendus à leur vie familiale. Tiédeur du clair de lune sur une plage idyllique. Ici, à quelques pas du rocher d'Aphrodite, une bluette sentimentale répond aux comptes-rendus d'une cellule de décompression et aux douloureux témoignages de ces soldats anonymes réduits à leur seuls matricules. Tandis que leurs épouses décrochent le téléphone avec appréhension.

L'attention des élèves est assez soutenue en dépit de l'acoustique et de la distraction offerte par les grandes baies mais les échanges avec l'auteur, même assistés de micro, sont assez limités.

 

Vendredi 7 novembre

Fantaisies musicales au bar des auteurs

Ce n'est pas vraiment un bar.  Mais le foyer du théâtre situé en contrebas de l'accueil, sous la salle de spectacle. Quelques tables entourées de fauteuils colorés, un petit auditorium en gradins avec quelques coussins et une ambiance très amicale pour ces deux fantaisies musicales qui font parler pour l'une, piano, clarinette et hautbois en visite d'entretien chez le facteur clinicien.  Pour l'autre, une vieille cornemuse écossaise, ses petits-enfants bretons et un oud marocain. Humour et émotion comme dans un vrai concert !

 

Vendredi 7 novembre

Sons et images à l'Affiche

En face de la gare, le cinéma multiplex de Chaumont prête généreusement un de ses écrans aux organisateurs d'une programmation Art et Essai dont le Mois du documentaire est une des plus remarquables manifestations. C'est dans ce cadre qu'est projeté Je suis d'Ici et de Retour, le documentaire de Catherine, film dont elle a tiré sa pièce Passé recomposé.  En toute logique aux images de cette quête dans l'hiver polonais à la recherche de sa famille juive, succède l'audition de sa pièce enregistrée sur France culture. Les voix de la radio après les lumières glacées de l'oubli, la gravité d'une démarche après les pop-corn du hall, les fleurs sur une tombe enneigée, la douleur d'une musique tzigane composent une soirée un peu longue où l'on se sent fautif de lutter contre sa fatigue.

 

Samedi 8 novembre

Comment on écrit l'Opéra au Conservatoire de Chaumont

Il fait beau ce matin et il est agréable de flâner dans la vieille ville de Chaumont pour se rendre au conservatoire municipal de musique et y assister à une intervention de Michel sur l'art d'écrire de l'opéra, sujet qui lui est familier. La dite présentation se déroule au premier étage d'un bel hôtel du XVIIe, non loin des anciens remparts de la ville. Cour intérieure, lambris, dédales d'escalier... Encore une fois, le cadre est plutôt bien choisi même si l'accueil s'avère bizarre et la conservatrice dépassée par les événements. Rien n'est vraiment en place lorsqu'arrive le public. Qu'à cela ne tienne ! On déplace le piano à queue, on installe les chaises matelassées et on essaye longuement de brancher l'ordinateur. Un cordon capricieux se joue des multiples tentatives et l'écran reste muet jusqu'à la venue d'un spécialiste appelé à la rescousse. Mais l'intérêt de la causerie et son érudition l'emportent sur les contrariétés techniques, justifiant cette mise à l'épreuve de la patience des auditeurs. Et puis la belle lumière du soleil automnal éclaire si généreusement les façades blanches de la vieille ville...

 

Samedi 8 novembre

Hommes, femmes, otages au bar des auteurs

Trois courtes pièces sur les inégalités hommes femmes et une plus longue sont au programme de ces lectures au bar Relax.

Ici, en première partie de soirée, un couple d'imbéciles en voiture se dispute à propos de la lecture d'une carte routière, Adam et Eve s'interrogent sur la pérennité de la nouvelle espèce qu'ils constituent à présent (ou comment obéir aux injonctions du créateur qui leur ordonne de se reproduire ?) et un troisième couple, plus moderne, se partage les tâches à venir devant la boîte de gestation où leur futur bébé est en train de grandir hors de toute matrice organique. 

Changement radical de ton et de format de pièce pour la seconde partie consacrée à la lecture de Nos Otages, la pièce de Dominique. Trois femmes, otages d'un groupe rebelle, apprennent difficilement à essayer de vivre ensemble dans l'inconfort et dans l'angoisse sous la surveillance d'un berger. Elles apprendront plus facilement à mourir ensemble.

 

Samedi 8 Novembre

Amour toujours au bar des auteurs

La dernière lecture de la journée se déroule assez tardivement, après un BD concert donné à l'occasion du Salon du livre.

Les mots de Matei, son humour s'y particulier s'y déploient dans un dialogue épistolaire où il est question du divorce entre un homme et son cœur résolu à se faire la malle, d'un escargot dressé pour parcourir le corps d'une femme avec toute la lenteur sensuelle qui sied à un gastéropode et d'une femme qui s'introduit dans la béance saignante d'une blessure pour habiter le corps de l'homme.

 

Dimanche 9 Novembre

Paroles au bar des auteurs

Aurelie lit toute seule sa pièce Un cm2  de ta peau avec toute la fragilité et la douceur de sa voix. Une voix au service d'une parole abrupte, d'une langue collectée dans la rue par "une autrice franco-allemande" comme elle se définit, germanophone avant de devenir francophone. Une langue âpre et soumise aux brutalités de la vie : celle des Sans Domiciles Fixes qu'elle a rencontrés et interrogés pour une émission de France Culture. Entre la crudité et la violence de ces propos et la jeune femme qui les fait entendre, le contraste est très saisissant.

Après la lecture de la pièce, on écoute quelques extraits de l'émission de radio et la réalité de ces enregistrements, les paroles vraies de ces hommes et de ces femmes, leur détresse comme leur détermination, prolongent sans le contredire le soliloque du personnage.

 

Lundi 10 novembre

Titan au collège

Un certain nombre d'auteurs ont accepté de participer à cette lecture matinale au Collège Camille Saint Sens. Ils se sont retrouvés devant la belle façade ornée de l'entrée de l'établissement (l'ancien Collège des jésuites récupéré par la République et par ses ornements sculptés) avant de sonner au portail où une toute autre sonnerie, beaucoup plus puissante, les accueille. Celle de l'alarme incendie. Il s'agit d'un exercice programmé et non de la réponse à une pyromanie supposée des auteurs. Mais c'est un exercice qui vide  l'ensemble des classes et les bureaux de l'accueil. Quand la sonnerie se tait enfin, au bout de quelques minutes pénibles, on peut enfin rejoindre le foyer des élèves pour la lecture de Titan, pièce lauréate du prix Annick Lansman.

Au parterre, les adolescents ont à peu près l'âge de Titan et s'ils n'en partagent pas forcément le drame personnel, ils savent imaginer le décor de la pièce, tout comme ils savent comprendre sa tristesse de petit garçon que son père a quitté avant de terminer la cabane qu'ils construisaient ensemble.

 

Lundi 10 novembre

Médée in black  à Charles de Gaulle

C'est une Médée noire qui entre au Lycée Charles de Gaulle où l'on fréquente plus souvent l'héroïne d'Euripide. Transposé dans le Bronx (ou peut-être à Harlem ?) le mythe retrouve ses ingrédients tragiques : abandon, trahison, vengeance, infanticide... sur fonds de petits trafics, de corruption, de deals.  Il retrouve même son chœur antique en la personne d'une vieille tante et d'un vieil oncle de Médée, tous deux noirs et descendants d'esclave.

Lecture enlevée et raccourcie de quelques passages pour une durée plus compatible avec le rythme scolaire et les sonneries d'intercours. Le café attendra pour faire une entrée remarquée, parfaitement impromptue au milieu d'une réplique sur le jazz, la musique des Blacks. Le public des élèves ne s'en troublera nullement et ne laissera pas retomber l'attention de son écoute. En l'absence de Michel, l'échange d'après lecture se portera davantage sur le métier d'auteur.

 

Lundi 10 novembre

Danse avec les auteurs au Nouveau relax

Le plateau du théâtre est encombré de tables. Celle d'un buffet copieux, comme celles où viennent s'asseoir les convives spectateurs. Elles entourent et elles bordent une large piste de danse où trois petites estrades s'élèvent pour les séquences dramatiques. Au fond, sur un podium, un orchestre de baluche et un chanteur crooner en veston argenté à paillettes jouent des standards connus. Rocks, paso doble et autres twists, paroles mièvres des yéyés et slows gonflés de nostalgie font écho à des courtes scènes écrites par une trentaine d'auteurs. Scènes de ruptures ou de rencontres, conversations d'après minuit, scènes de drague, de solitude et d'ivresse.

Avec une remarquable présence, les quatre comédiens (deux actrices, deux acteurs) discutent avec les spectateurs, les invitent à danser, reprennent les refrains, se métamorphosent en personnages à l'aide de trois fois rien. Et en magiciens du spectacle, transforment cette longue performance (plus de trois heures et demi) en un tourbillon festif dont on regrette qu'il se termine.

 

Mardi 11 novembre

Comédie musicale de chambre à la MJC de Chaumont

Derrière un portail ouvragé et au fond d'une cour, la MJC est hébergée dans une belle demeure du quartier historique. La comédie musicale de chambre de Jonathan s'y donne au second étage, dans une salle de spectacle aux poutres apparentes, au parquet impeccable. Ce n'est plus tout à fait une lecture de la pièce. Davantage la maquette d'un spectacle en devenir. La partie musicale et les passages chantés sont déjà mis en place, le décor suggéré et des éléments de costumes ajoutent à la composition des personnages.

La pièce raconte et chante  l'histoire d'une rencontre amoureuse placée sous le signe de la répétition d'une malédiction familiale. Par amour pour un officier revenu de la Grande Guerre, sa grand-mère s'est suicidée. Puis sa mère s'est donné la mort pour les beaux yeux d'un fringant GI au lendemain de la Libération. Elle ne voit pas d'autre issue que de périr à son heure. Pourquoi les femmes veulent-elles mourir d'amour ?

 

Mercredi 12 novembre

Pas de retour à l'espace Bouchardon

A l'Espace Bouchardon, l'ancienne bibliothèque municipale, dédié au sculpteur chaumontois, les jeunes tutus de l'école de danse n'assisteront pas à la lecture de Pas de retour, une pièce consacrée à leur art. Quelques répliques du début de la pièce ont dissuadé les organisateurs (et les parents) de confronter leurs chastes oreilles à des propos jugés osés. Ceux de Betty, une étoile déchue, qui loin de son projet de devenir une Mary Wigman , se retrouve danseuse de cabaret à Berlin  puis effeuilleuse dans une roulotte foraine en Ardèche. Le récit émouvant d'une illusion perdue et d'une dérive amoureuse que viendront perturber les entrechats sonores des petits rats bondissant à l'étage supérieur. 

 

Mercredi 12 novembre

Des auteurs au musée

Petit jeu de piste en centre ville pour visiter les deux musées où ont lieu trois lectures dans des cadres très originaux. Les écrivains concernés par cette réclusion au musée, y ont séjourné vendredi pour une courte résidence, avec mission de transcrire leurs impressions à propos d'une œuvre. Jean-Pierre et Natacha ont donc cohabité au Musée de la crèche aux fenêtres occultés par de sombres rideaux et aux œuvres religieuses pieusement confinées. Une crèche napolitaine foisonnante de détails et de personnages de faïence (anges ailés, bergers de Judée, rois mages à turban et petit peuple napolitain de différentes corporations)  a suggéré au premier un dialogue savoureux où il est question de troquer le petit Jésus livide par un robuste bébé noir. La seconde s'est inspirée d'une toile espagnole qui représente l'enfant Christ tissant sa propre couronne d'épines pour une histoire de kidnapping perpétré par un agent d'entretien du musée.

Au musée d'art et d'histoire, plus spacieux et plus éclairé, Michel a fait le choix de parler d'une œuvre invisible lors d'un échange téléphonique avec une femme palestinienne demeurée à Gaza.

 

Mercredi 12 novembre

Beaumarchais au bar des auteurs

La journée n'est pas terminée et l'intention demeure assez vive pour ces lectures consacrées à deux textes de théâtre soutenus par la fondation Beaumarchais.

Bulles, la comédie familiale de David, ne dépareille pas dans le cadre de ce bar où les bulles de champagne font écho à sa fantaisie. Histoire d'une famille éclatée entre démontage de bidet, dégustation de milanka, plat national de Tslavonie, retours récurrents d'une grand-mère rouge et histoires drôles de Bobby (ou de Bibo, on ne sait pas au juste). Le printemps critique de Douce, récit de l'errance d'une jeune comédienne affectée d'une Bouffée Délirante Aigue achève sur une note plus grave ce marathon de lectures.

 

Jeudi 13 novembre

Autruches et autres animaux au centre social de la Rouchotte

Jolie lumière d'automne sur les immeubles de la Rouchotte. La salle de réunion ensoleillée du centre social et un petit public d'habitants du quartier accueillent la lecture de la courte fantaisie nuptiale de Laurent : Martine, les animaux et moi.  Autour de la longue table, outre les spectateurs, on retrouve une mariée échappée d'une institution de santé mentale, un rocker fleur bleue en recherche d'emploi, un barman muet mais très bavard dans le langage des signes et une marchande à la sauvette  de pacotilles chinoises et qui aurait rêvé d'embrasser la carrière militaire. Plus une autruche ou un émeu, drôles d'oiseaux dont on sait qu'ils volent plutôt bas.

Une comédie très amusante avec un bonus de l'auteur chantant des tubs d'Eddy Mitchell : "Elle était maquillée comme une star de ciné...."

 

Jeudi 13 novembre

Piano et autres instruments à la librairie Apostrophe

C'est une belle libraire, impressionnante par sa surface et le nombre de volumes proposés à la vente (la plupart des écrivains présents y ont leurs ouvrages en rayon). Au premier étage, une longue salle, ouverte par une fenêtre sur la Place de l'Hôtel de ville, va servir de théâtre pour les trois courtes lectures au programme. Les libraires ont bien fait les choses, ils ont escamoté les tables de consultation, disposé une  cinquantaine de chaises, aménagé un espace scènique meublé de trois tabourets de bar destinés aux lecteurs. Ils ont même réussi à faire venir des spectateurs.

Ici, entre les livres, les pianos de concert, qu'ils soient Pleyel ou non, y vivront des heures mémorables devant un tribunal hostile ou sous les doigts d'une pensionnaire de maison de retraite atteinte de la maladie d'Alzheimer. Quant à Accord Léon, l'accordéoniste baba cool refugié dans une vieille bicoque du Gers, il trouvera le moyen de s'entendre avec le nouveau propriétaire des lieux. Trois savoureuses gourmandises en prélude aux coupes de champagne et au cake aux olives offerts par les libraires.

 

Jeudi 13 novembre

Mendiants d'honneur au nouveau Relax

Mendiants d'honneur est le troisième spectacle proposé dans le cadre de l'Eté en automne par le Facteur Théâtre : un monologue de Didier interprété par Patrice. L'honneur dont il s'agit est celui d'un Robinson du bitume, d'un poète sans domicile fixe, échoué au milieu d'un carrefour sous un sombre lampadaire qui ne s'allume jamais. L'homme parle au trafic automobile, interpelle les passagers des bus dont l'arrêt n'est pas éloigné, commande ses cafés au serveur d'un bar voisin, chine quelques menues monnaies qui tombent de ses poches, distribue aux passants les voyelles qui leur font défaut pour parler la vraie langue... Avant de s'évader avec Arthur Rimbaud sur un radeau de macadam. Un texte singulier qui bouscule les convictions, un objet théâtral qui flirte avec la poésie.

 

Vendredi 14 novembre

Rosamonde a disparu au Cada

Une seule voyelle mais deux consonnes pour un acronyme qui se traduit par Centre d'Accueil des Demandeurs d'Asile, établissement accueillant près de 1I0 familles et personnes seules sur la seule cité de Chaumont. 

La lecture de Rosamonde a disparu y est présentée par les animatrices comme un cours de français "surprise" et c'est un  moment assez rare d'écouter la pièce aux côtés d'un Albanais, d'un Georgien ou d'un Syrien vraiment peu francophones et d'un metteur en scène venu exprès de Dijon. Educatrice à Stains, Nathanaëlle s'est inspirée de son expérience professionnelle pour écrire cette histoire de la fugue d'une adolescente qui va grandir très brutalement au contact de la violence, de la pédophilie et de la prostitution.

 

Vendredi 14 novembre

De la parité au bar des auteurs

Trois nouveaux textes courts à déguster à l'apéritif, accompagnés au non d'une coupe de champagne. Devant un parterre conséquent, seront successivement lus les textes de Sophie, de Gerald et de Delphine. Les différences hommes-femmes, proposées à leur réflexion, s'y expriment autour d'un berceau mystérieusement livré chez un couple de petit bourgeois moderne et pris au dépourvu (Une erreur de cigogne?) Elles accompagnent ensuite un couple de beaufs au rayon nourrisson de leur supermarché. Puis confrontent l'angoissé Matthias au médecin qui va le transformée en la ravissante Mathilde au prix d'une amputation... d'un tiers de son salaire. Les lectures sont suivies d'une vive discussion sur la parité illusoire dans le monde de la culture.

 

Vendredi 14 novembre

L'homosexualité racontée au gens  au Nouveau Relax

Martine Blancbaye attend son  public dans le hall du théâtre et accueille chacun et chacune avec une politesse, aussi exquise que maladroite, prodiguée d'une toute petite voix émue. Ce soir la conférencière "à ses heures perdues" va s'attaquer à un épineux sujet de société dont elle peine à prononcer le nom. A savoir "l'homosualité." Rires sans entrave et juste émotion animent cet exposé beaucoup plus ambitieux que son titre ne le laissait entendre et l'actrice clown suscite l'enthousiasme du public.

 

Samedi 15 novembre

Marathon d'écriture et différentes manifestations de la dernière journée

Une fois n'est pas coutume, alors que trois auteurs planchent déjà sur le premier thème du marathon d'écriture (deux heures d'écriture en direct sur des consignes très fantaisistes) cette dernière journée de l'Eté en automne commence par un débat.  A la table, auteurs, metteurs en scène, organisateurs de manifestation décortiquent les questions diverses concernant la difficulté de produire et de diffuser les textes d'aujourd'hui, l'illisibilité chronique des politiques culturelles ou le mode d'existence des écrivains de théâtre.

Mais déjà trois nouveaux auteurs sont appelés à participer à la deuxième étape du marathon d'écriture. Alors que s'improvise rapidement la lecture des trois premiers écrits sur l'ombre gigantesque d'une croix survolant la ville de Chaumont.

L'après-midi va ainsi être ponctuée par quatre nouvelles séquences du marathon, une présentation à deux voix du BAT (Billet des Auteurs de Théâtre)  la lecture d'une pièce radiophonique de Louise par elle-même, l'audition d'une autre pièce radiophonique du même auteur, le film de Catherine et Jean-Pierre sur René Olbadia, les différentes lectures des livraisons marathoniennes (toutes plus étonnantes les unes que les autres compte tenu de la difficulté réelle de l'exercice) 

Pour se conclure par un ultime aperauteur sur le plateau avec quatre scènes de bistrots signés par Marc-Michel, Nicole et Corine.

 

Samedi 15 novembre

Danse avec les auteurs pour la dernière soirée

Les bulles ont raison de la fatigue et le plaisir d'être ensemble prolonge cette dernière soirée où le bal des auteurs se passe du public. La sono fait chanter les airs d'un autre temps qui réveillent les neurones : twist, madison, rocks de première génération. Chansons dont tous les âges connaissent les paroles et qui précipitent la veille jusqu'aux profondeurs de la nuit et de la séparation. Ce soir, il n'y a pas de brouillard pour retourner au gîte et la quatre-voies est libre, étrangement silencieuse.

 

Hors temps, ces quelques mots de remerciements

Une quarantaine d'auteurs se sont ainsi croisés, plus ou moins longuement et plus ou moins intensément, lors de cette dizaine de jours et il est temps de les nommer tous, non pas par leur prénom mais par leur patronyme.

Dans l'ordre d'entrée en scène, il s'agit de Leila Miloudi, Sylvie Beauget, Jean Renault, Michèle Laurence, Ingrid Boymond, Monie Grego, Didier Gauroy, Gilles Boulan, Catherine Tullat, Alberto Lombardo, Michel Beretti, Natacha de Pontcharra, Jean-Pierre Thiercelin, Lucie Depauw, Anne Houdy, Corine Klomp, Dominique Chryssoulis, Aurelie Youlia, Isabelle Richard-Taillant, Michel Azama, Jonathan Kerr, Bruno Allain, David Braun, Douce Mirabaud, Laurent Contamin, Delphine Gustau, Didier Lelong, Nathanaëlle Viaux, Sophie Davidas, Gerald Gruhn, Françoise Jimenez, Eric Rouquette, Philippe Touzet, Louise Doutreligne, Marc-Michel Georges et Nicole Sigal. Sans compter quelques absents...

Tout cela a été possible grâce à la générosité (on peut même dire à la folie) de Didier Lelong et de son équipe du Facteur Théâtre : Sabrina Trailin, Gilles Teyssier, Patrice Vion et Alberto Lombardo. Mais également grâce à l'ensemble du personnel du Nouveau Relax, scène conventionnée de Chaumont et en premier lieu de  Philippe Cumer, son directeur et d'Adeline Renart, sa chargée de communication. Qu'ils en soient tous remerciés à hauteur de leur formidable engagement.

A tous ces noms, on ajoutera celui de Jean Paul Vigier dont la belle humeur nous a habités en dépit de son absence.

 

 


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