Jeudi 13 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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4 slams

:::: Par Diana Vivarelli | paru le 20/05/2014

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Il y a ceux

Il y a ceux qui mangent le poisson cru

il y a ceux qui sortent dans la rue

il y a ceux qui ont assez d’espoir

il y a ceux qui cherchent la bagarre

Ceux qui cuisinent au beurre

ceux qui mangent  des fleurs

ceux qui marchent sur les clous

ceux qui fouillent les bellepoux

 

Il y a ceux qui s’appellent Martine

il y a ceux qui détestent  Ludivine

il y a ceux qui volent du caviar

il y a ceux qui achètent du boudin noir

Ceux qui passent à la télé

ceux qui vont manifester

ceux qui dorment dans un lit

ceux qui crient fort dans la nuit

 

Il y a ceux qui se sapent avec des loques

il y a ceux qui portent aussi des toques

il y a ceux qui butent leur voisin

il y a ceux qui aiment leur prochain

Ceux qui partent en exil

ceux qui dorment à l’asile

ceux qui portent des valises

ceux qui prient  dans les églises

 

Il y a ceux qui partent à la pêche

il y a ceux qui allument la mèche

il y a ceux qui aiment le devoir

il y a ceux qui crient leur désespoir

Ceux qui arnaquent les banques

ceux qui comptent sur leur chance

ceux qui escaladent les murs

ceux qui partent souvent en cure

 

Il y a ceux qui exhalent du parfum

il y a ceux qui s’en lavent les mains

il y a ceux qui s’appellent Manu

il y a ceux qui bouffent de la morue

Ceux qui cherchent du travail

ceux qui gagnent des médailles

ceux qui campent sur la moto

ceux qui flambent au casino

 

Il y a ceux qui font des comédies

il y a ceux qui jouent des tragédies

il y a ceux qui sont jamais contents

il y a ceux qui rigolent tout le temps

 

 


Visite au musée

Visite guidée au musée         

de l’art et de la beauté !

Regarde donc ce tableau     

il ressemble à Picasso

et cette toile de Chagall

on dirait un orignal

Quelle maîtrise, quelle adresse,         

quel artiste, quelle finesse !

J’ai mal aux pieds, j’ai faim, j’ai soif,

on boit une bière, on file, on se casse ?

 

Il est mort alcoolique

mais quelle perte, quel chic !

Inconnu de son vivant

acheté au prix coûtant

son œuvre est bien payé

par les dealers du marché

Quelle maîtrise, quelle adresse,         

quel artiste, quelle finesse !

J’ai mal aux pieds, j’ai faim, j’ai soif,

on boit une bière, on file, on se casse ?

 

Une rude vie   de drogué,

malade, tout seul à l’H.P.

Certes, mais quel grand talent !

Il vaut très cher, maintenant.

Je m’en fous de ses tableaux

Etes-vous riches, êtes-vous prolos ?

Quelle maîtrise, quelle adresse,         

quel artiste, quelle finesse !

J’ai mal aux pieds, j’ai faim, j’ai soif,

on boit une bière, on file, on se casse ?

 

Regarde cette nouveauté

ça ressemble à c’ que tu fais.

Tu n’es pas côté assez,

tu seras pas au musée !

Taisez-vous,   payez l’entrée,

pas de scandale, s’il vous plaît !

Quelle maîtrise, quelle adresse,         

quel artiste, quelle finesse !

J’ai mal aux pieds, j’ai faim, j’ai soif 

on boit une bière, on file, on se casse ?

 

Ils t’ont vraiment imité

ton style, ils te l’ont volé,

t’es pas né dans l’ bon quartier,

tu n’as pas su t’imposer

pour se vendre, il vaut mieux

lécher les bottes aux véreux.

Quelle maîtrise, quelle adresse,         

quel artiste, quelle finesse !

J’ai mal aux pieds, j’ai faim, j’ai soif 

on boit une bière, on file, on se casse ?

 

Squat

J’habite dans un squat avec des alcooliques

On boit, on fume, on drague, on vit des Assedic

Ne me racontez pas qu’il vaut mieux travailler

Usine, marché, chantier, on a déjà donné

Devoir, argent, boulot et rentabilité

Ce sont les quat’ piliers de notre société

Et à la fin on crève et dans le même fossé

Nous serons enterrés, aussitôt oubliés

 

On se met  à délirer,  s’éclater, s’amuser,

on veut pas s’intégrer,  bouffés par la télé

 

Dans notre style aussi  on est des héroïques

On triche, on résiste, c’est vraiment épique

Pour se laisser aller à inventer la teuf

Alors que les voisins  nous envoient les keufs

D’abord il faut rêver, changer, donner, troquer

Ce sont les quatre idées d’une autre société

Mais ce qui nous attend dans la réalité

C’est une maison de retraite pour aliénés

 

On se met  à délirer, s’éclater, s’amuser,

on veut pas s’intégrer, bouffés par la télé

 

Je veux seulement vivre comme je l’entends

Sans un patron emmerdant à longueur de temps

Se faire jeter sans aucun ménagement

A la rue, sous un pont, sans un sous, sans logement

J’habite dans un squat avec des alcooliques

On boit, on fume, on drague, on vit des Assedic

Ne me racontez pas qu’il vaut mieux s’arrêter

On peut pas se payer le luxe d’un loyer

 

On se met  à délirer,  s’éclater, s’amuser,

on veut pas s’intégrer,  bouffés par la télé

 


Mes amis

Mes amis vous me manquez

revenez à mes côtés

 

J’avais de très bons amis

où sont-ils maintenant finis ?

Ils sont mariés, ils sont casés

les amis m’ont oublié

J’avais un très bon ami

notre amitié est finie

sa copine est dans mon lit

il m’en veut, il est parti

Un ami, un grand ami

par l’argent a été pourri

il s’ fringuait chez Tati

il s’habille chez Armani

Un cher ami méconnu

à l’aurore s’est pendu

je ne l’ai pas oublié

dans mon cœur il est gravé

 

Mes amis vous me manquez

revenez à mes côtés

 

Le seul ami qui m’ reste

évidemment je le déteste

il m’ennui, il m’embête

pour un rien, il me prend la tête

Mais les vieux amis chéris

ils s’ennuient beaucoup aussi

tout seul t’as vraiment du mal

à garder haut le moral

Les amis ont tous vieillis

ils ne pensent qu’à leur vie

ils ne prennent pas le temps

ils pensent trop à l’argent

Venez tous chez moi fêter

le bonheur à partager

on va être très serré

dans mon petit studio meublé

 


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