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Lettre à René de Obaldia / Danielle Marty

:::: Par l'invité du BAT | paru le 04/11/2013

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Ecrite et lue à l’occasion de la quinzaine des auteurs organisée par le Théâtre du Sphinx à Nantes en 2003 où plusieurs auteurs, membres des EAT,  venaient présenter leurs œuvres et étaient invités à célébrer René de Obaldia qui en était l’hôte d’honneur.

Cher René de Obaldia,

Longtemps j’ai cru que vous vous appeliez O’Baldia, comme O’Casey, O’connor, O’Hara, O’gino ou encore O’béron celui qui connaît les pensées des hommes et les secrets du Paradis.

Longtemps j’ai cru que votre œuvre théâtro-romano-poético-tragico-comique était une suite coruscante de coquecigrues congruentes à toutes sortes de situations objectales.

Jusqu’au jour où j’ai découvert, en même temps que votre particule, que vous étiez tout à la fois clown et Académicien, bourgeois et déviationniste, anti-bourgeois et cacophoniste, satyre et entouré de saints (comme Sainte Eudoxie, Sainte Epine du Saint Esprit, Saint Sassafras, Saint Cancre de la Croix, Sainte Rosalie de la Mutation Sigma, sans oublier votre favorite Sainte Ratatouille), suborneur et numismate (à cet égard, votre collection de médailles n’a d’égale que vos colliers de proverbes qui fleurent la lavande séchée de nos armoires de campagne), télévisiophobe et téléphonophile, et même alcoolique (mais fallait-il boire l’Atlantique pour que les langues se délient ?), polygame, isotopiste anti-nucléaire, anti-belle-mère et anti-anti et pour couronner le tout assassin en série (dans vos pièces de théâtre, j’ai compté pas moins d’une douzaine de cadavres dont deux défunts, un général à particule, un savant de renommée intersidérale, un Stylite qui converse avec les anges avant même de trépasser, auxquels s’ajoutent les huit étudiants de la Classe terminale et tous les damnés de l’ Enfer). De profundis !

Sous couvert de « l’identité des contraires » que vous cultivez avec ataraxie, vous n’hésitez pas à nous mener, mutatis mutandis, du salon cossu au cimetière glacial et à emprunter les habits du théâtre de boulevard pour nous faire entendre les machines à fabriquer du silence et des larmes, les canons à décimer « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui ».

Sous couvert du jeu et de la légèreté, Hong Kong, Panama, ma non troppo, light but not least, vous zozotez sur le dos des clichés, des mensonges, des prétentions et des haines, et quand la coupe est pleine, vous nous montrez des chevaux de bois qui ne sont pas tous en bois et des petits cochons qui ne vont pas tous en rond.

Enfin sous couvert de votre culture encyclopédique, « Tu ne joueras pas du tambour dans l’oreille d’un sourd » Lévitique XX,18, vous avez écrit, cher Professeur de Obaldia, des traités extrêmement fouillés et abondamment illustrés sur le cas du cocu ; selon vous, cet oiseau grimpeur, grand amateur de couleuvres, aurait la taille d’un pigeon, la mine sombre d’un dindon et la particularité déconcertante de bégayer et de se cramponner aux cocotiers quand sa femme joue la cocotte avec son meilleur co-copain.

Et à lire vos derniers ouvrages, on ne peut pas dire que la condition du cocu s’améliore, pas plus que celle du psychanalyste, je-moi, sur-moi et sous-mains,  car le comble de la bêtise comme celui de l’analyse n’est-il pas de vouloir trouver une explication à toutes les folies de l’être humain ?

Je te fuis, tu me suis, je t’ai vu, tu me tues. Complexe de la baby-sitter ou western de chambre ? « J’étais un enfant unique dans une maison bleue » dit le regard de l’adulte qui ne veut pas grandir. « Je veux être Dieu, urbi et orbi » dit la bouche à la Maison Blanche.

 

Alors,

Si les mots ne sont plus des mots

Si les morts ne sont pas morts

Si la guerre est propre et sainte

Si la seule façon d’échapper à la condition de bourreau est de devenir bourrelier

Et à celle de bagnard de se déguiser en  baigneur

Si ma mère s’est bouchée les oreilles

Si mon père s’est armé d’une langue de vipère

Si pour m’autoriser à crier il faut être une aveugle

Alors je préfère apprendre à parler le Génousien

La langue universelle des culs-de-jatte et des idiots, des assoiffés et des rebelles

Mais je vous en prie, Seigneur de Obaldia

Faites seulement que le mot « amour » ne disparaisse pas du dictionnaire

Et puis tant que vous y êtes et soyez-y longtemps

Donnez-nous notre ration d’humour quotidien

Pardonnez-moi ma piètre éloquence

Et même si l’homme est un loup pour l’homme depuis le protozoaire

Continuez de croire et de nous faire croire que l’homme peut encore se transformer en homme l’été prochain,

Amen !


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