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Le théâtre est un besoin

:::: Par Diana Vivarelli | paru le 10/04/2013

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La différence entre moyen et besoin consiste souvent à nier le besoin. Deux conceptions de l’humain et de la société s’affrontent : l’une prend en compte la personne dans sa dignité de sujet, l’autre la réduit à objet.

Par exemple : manger est un besoin. Ou bien, il est un moyen pour permettre à l’homme de continuer à vivre, à travailler, à produire. Quand on considère les êtres humains comme un produit, il est plus facile de manipuler et de faire accepter l’inacceptable.

Le théâtre a toujours été l’expression de ce besoin de culture de l’être humain, besoin souvent refoulé, nié par une culture laissé à l’abandon, une culture refusée aux peuples.

Pourquoi ? Parce que si l’on enlève la culture à un peuple, on lui enlève toute dignité, toute possibilité d’évolution, de comprendre son passé, de se projeter dans le futur.

On le condamne à la disparition, à l’oubli.

Cette grande mystification sert à justifier l’expropriation, le vol systématique des créations culturelles par ceux qui possèdent les moyens d’en bénéficier.

On oublie souvent que la culture nait dans les quartiers les plus pauvres, pour être ensuite exportée vers les plus riches.

 Il faut veiller à éviter toute attitude élitiste : la diffusion du savoir, le partage des connaissances, l'échange dans la création doivent être une priorité et non un avilissement. Il est évident que tout lieu socialement oublié - prison, hôpital, école -  doit être investi par un projet artistique. Toute personne doit pouvoir accéder à l'expression artistique : qu'il soit prisonnier, malade, fou, privé de travail...

Mais ceci ne suffit pas. Il faut encore que leur travail jouisse de la considération  attribuée à l'art "noble".

A l'origine, à l'aube de l'humanité, le théâtre était tout simplement un langage, ensuite il est devenu une œuvre et maintenant il est une marchandise. 

Le jazz est né dans les ghettos, la musique lyrique dans les bas-fonds napolitains, le rap dans les banlieues américaines, les théâtres de rues dans les squats…

Et que devient toute cette richesse culturelle ? Par manque de moyens, de considération, de soutien, de force, tout ce bagage artistique est exploité par les « possédants. » Par ceux qui possèdent les moyens, l’argent, les médias, les salles (avec l’aide de nos impôts) pour en faire des superproductions, des supports de communication, des images publicitaires.

Dans les quartiers en déshérence nait la tendance, la mode, la culture du futur. Parce que créer, inventer, expérimenter demande un effort surhumain, une énergie incroyable, du temps donné sans compter, en dehors du temps travaillé et de la rentabilité.

Aujourd’hui le citoyen repoussé dans les banlieues est comme le paysan face aux grandes firmes industrielles : spolié de sa production.

C’est donc une grande fiction historique de faire croire que la culture se crée dans les grandes structures culturelles.

Le milieu artistique a la responsabilité d’œuvrer pour que la création artistique redevienne un langage, une communication entre les gens et le monde.

Je crois que l'être humain est le même sous toutes les latitudes, avec des aspects différents et variés : les frontières et les divisions servent plus les maîtres du monde que ses autres habitants. Il ne faut pas avoir peur de s'exposer, de se confronter. Il ne faut pas répéter sans cesse les mêmes erreurs.

Le théâtre nécessite surtout de moyens humains. Tout se fait avec le corps et la parole. C’est pour cela que le théâtre est traditionnellement un moyen d‘expression culturel du peuple.

Méfions-nous des "trouvailles", des artifices et des exercices de style en général. Le style est bien un choix politique et on ne peut pas parler de création théâtrale sans se référer au style qu'on choisit. Comme le dit Roland Barthes : "Le style excuse tout, dispense de tout, et notamment de la réflexion historique ; il enferme le spectateur dans la servitude d'un pur formalisme, en sorte que les révolutions de style ne soient plus elles-mêmes que formelles". Remettons la technique et la forme au service de l'histoire,  de ce qu'on veut raconter. Comme le disait Pirandello : "L'idée n'est rien sans la forme, mais que devient la forme sans l'idée si justement celle-ci la crée ?"

Les personnes qui habitent dans les « quartiers », comme on se plait à les nommer, nous donnent une leçon de courage, de morale et de droit : malgré ce qu’ils endurent malgré l’inconfort, les locaux exigus, le manque chronique d’argent, et bien, ils continuent de créer de produire, de « se bouger. »

D’où vient tant d’énergie ? C’est le sursaut du naufragé, qui rame sur son radeau parce qu’il voit au loin se profiler la côte. Malgré l’épuisement, il veut survivre. Il ne sait pas ce qui l’attend, mais il vaut mieux l’incertitude qu’une mort certaine. Il est content de ramer comme un fou, parce qu’il ne veut pas sombrer. Sur la rive, ils l’attendent, sur la rive ils vont lui donner à manger, une couverture et… le renvoyer à la mer.

Il reviendra peut être avec d’autres intentions.

 


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