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La sieste

:::: Par Philippe Touzet | paru le 21/02/2013

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S’allonger au pied d’un arbre, sentir l’herbe fraîche qui vous caresse gentiment la plante des pieds… Regarder le soleil à travers le feuillage d’un chêne centenaire, saluer le vent qui vient en voisin, jamais loin, qui prend votre visage pour ce qu’il est, un jardin d’enfant abandonné… Les yeux se ferment doucement, les deux ailes d’un papillon qui a tout son temps.

La sieste a ses amateurs et ses détracteurs. Pour la première catégorie, la sieste est un pur plaisir, pour la deuxième catégorie, la sieste est une vraie calamité. Si vous désirez mettre un peu d’ambiance dans un repas de famille qui ronronne puissance dix, il suffit d’évoquer avec délectation la joie profonde que vous éprouvez rien qu’à l’idée d’aller faire la sieste. Vous verrez, c’est imparable. La tablée va se fractionner aussitôt en deux partis bien distincts, les pour et les contre. Comme le pain sur la table, les avis sont tranchés. Il n’y a pas de «sans opinion» dans ce type de discussion. Et comme le couteau à côté de l’assiette, les arguments sont particulièrement affûtés et les convives n’hésitent plus à se couper la parole. Du côté des pour, on va arguer que la sieste est un cadeau des Dieux et qu’il serait bien malpoli de le refuser et encore plus stupide de ne pas s’en servir. Du côté des contre, on va rétorquer que la vie est bien courte, que nos heures sont comptées et que c’est faire preuve d’inconséquence de les gaspiller en dormant l’après-midi. Comme vous le voyez, en parlant de la sieste, nous avons réveillé le repas de famille. Si vous avez l’esprit farceur, vous pouvez enchaîner sur la tauromachie et là vous aurez un repas qui restera gravé, à tout jamais, dans la mémoire familiale.

Faire la sieste, ce n’est pas dormir. Un petit peu, tout de même…Mais pas beaucoup. Quelques minutes, une heure maximum. Maintenant, quelques petits conseils, si je puis me permettre… La sieste, c’est l’après-midi, pas la nuit, donc si on peut éviter le lit pour faire la sieste, c’est très bien. Bon, si votre fauteuil est défoncé, si votre télé est en panne, si votre canapé est squatté par le chien, si votre chef de service est dans la même pièce que vous et si dehors, il fait moins dix, il est bien évident que le lit fera l’affaire. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi. Et ne jamais oublier que la race humaine doit sa survie à sa formidable capacité d’adaptation. Ne pas se mettre en pyjama. Tenue correcte exigée. La sieste est une activité habillée. Ou presque. Suivant la saison. Il est probable que si la température atteint les quarante degrés, un certain relâchement vestimentaire sera toléré… Dans tous les cas, il est tout de même demandé d’enlever ses chaussures. Très important, il faut dormir sur le lit et non sous les draps. Et rien ne vous oblige à dormir sous le lit. Très très important, la sieste est un plaisir solitaire. On ne fait pas la sieste à deux ou alors, ça s’appelle autrement. 

À présent, il est temps de prendre son courage à deux mains… Il nous faut parler, sans détour, d’une sous-catégorie terriblement agissante : Les nuisibles. À côté, les opposants à la sieste sont d’aimables plaisantins, des poètes de la vie quotidienne. Le nuisible peut être humain, animal et même technique. Oui, le nuisible peut avoir une vie propre sans pour cela faire partie de la chaîne biologique. Par exemple, le robinet de la baignoire qui se met à goutter, ploc, ploc, ploc... La porte qui grince, le mur qui craque, la boule de Noël qui tombe du sapin, les exemples ne manquent pas, c’est seulement la force de les énumérer qui nous fait défaut… Chez nos amis les animaux, le chien arrive en pôle position. Ne vous fiez pas à sa gentillesse infinie et à sa fidélité à toute épreuve. Le chien a l’esprit du mal chevillé au corps. Lui qui fait la sieste matin, midi et soir trouve le moyen, dans ses rares moments de lucidité, d’aboyer, pour rien la plupart du temps, pendant la sieste de son fidèle compagnon. Au sujet de l’être humain, nous nous contenterons d’évoquer deux pathologies lourdes, le psychopathe des champs et le psychopathe des villes. Le psychopathe des champs est reconnaissable à son bob, son torse nu, son short en polyester, ses tongs en plastique naturel et sa tondeuse à gazon. Le psychopathe des villes est identifiable à son t-shirt troué, son jean miteux, ses baskets pourries et sa perceuse électrique. Malheur à vous si un de ces deux tristes sires vient emménager dans votre voisinage.

Et c’est ainsi qu’après avoir laissé les mots vagabonder, en toute liberté, bulles de savon dans un ciel bleu sans nuage, le temps est venu d’aller coincer la bulle…


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