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Écrire pour la jeunesse ne signifie pas pour moi écrire...

:::: Par René Pillot | paru le 04/12/2012

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Écrire pour la jeunesse ne signifie pas pour moi écrire sur mesure, mais apprécier avec le plus de justesse possible la qualité du thème,  sa force symbolique, le vocabulaire et sans se substituer à elle, tenter de se situer à bonne portée. Ce qui distingue l’auteur pour la jeunesse c’est sa préoccupation du développement de l’enfant, ses interrogations sur la relation avec le monde, ses centres d’intérêts, ses conflits, ses angoisses.

Souvent au théâtre, l’adulte regarde, l’enfant enquête par l’imaginaire. Il devient ce visiteur supplémentaire en promenade dans le spectacle. Sa curiosité devient synonyme de plaisir, mais aussi de rejet. C’est un spectateur qui bâtit son univers, sa réceptivité est un véritable chantier de l’imagination, un jeu de cache-cache entre ce qu’il voit, entend et l’interprétation que peut en faire sa personnalité.

La rencontre avec un spectacle amène l’enfant à nuancer le réel et la fiction, le quotidien et l’imaginaire. Autant d’éléments actifs nécessaires à la créativité et à la nuance.

Écrire pour la jeunesse est un art plus complexe et ambigu qu’il n’y paraît. L’auteur doit prendre garde de ne pas sombrer dans le bavardage sans pour cela lui offrir un langage bêtifiant, savoir distinguer la poésie vraie  du cliché flou.

Ce souci du jeune spectateur a cependant ses limites. Vouloir à tout prix écrire en ne pensant qu’à ces caractéristiques ne risque t-il pas de lisser le plaisir du théâtre vers un utilitaire sans surprise. Trouver l’horizon de l’enfant ne veut pas dire en évacuer tous les nuages.

 

                            MOTS ET SILENCE

Durant les années préscolaires, les enfants apprennent à découvrir, à comprendre, à partager par l’utilisation d’un système de signes et de symboles nécessaire à la vie sociale. Les influences technologiques diverses  ne changeront rien dans tous ces acquis à la primauté du langage. Le théâtre en demeure son plus loyal serviteur. Avec lui se retrouve la valeur des mots, il en est des résistants aux outrages du temps, il en est de mystérieux, d’impressionnants, d’esseulés, d’autres porteurs de sonorités particulières, d’analogies, d’étrangetés. A la richesse des mots, n’oublions pas d’ajouter leur mise en espace par la magie du silence, ces silences si nécessaires à la rencontre du public et du dialogue théâtral et en particulier avec la jeunesse, contrairement à des idées reçues. L’adulte quelquefois interprète mal les silences de l’enfant au théâtre, ça l’inquièterait même. Cette attitude  lui parait dérangeante, incompatible avec le statut de jeune spectateur. Cependant s’il existe des silences de qualité nous les devons à la richesse des mots et du sens qui les précède.

Ces mots -la, simples et magnifiques, il faut les aimer, les surveiller, les pousser dans la vie du théâtre, les confronter à la vie quotidienne, ne pas craindre de ne pas les occulter au détriment d’un langage fade, sorte de « tout en un », essaimant un langage pauvre et des silences désespérants.

Souvent j’imagine le conteur à la veillée, distillant avec habilité, paroles et silences. Celui-ci n’a pas valeur de temps mort, il est le confort de l’histoire.

 

                             SENSIBILITÉ ET MODERNITÉ

J’entends souvent dire que l’enfant s’adapte à tout.

A une époque où la vie de famille était essentielle, c’était elle qui tout naturellement, était adaptée à l’enfant. Celui-ci était imprégné des rythmes de la nature, des saisons, du temps, des rites familiaux, etc. On a changé de décor, d’époque, bousculé des rituels, partagé les responsabilités, réinventé une vie sociale dictée par l’industrialisation, les technologies nouvelles, l’économie, orienté les choix et les décisions. Dire aujourd’hui que l’enfant s’adapte à tout

est un raccourci commode.  Ebloui, manipulé, il est consommé avant même de trouver son adaptation personnelle. Cette bousculade de l’évolution pose le problème de la réceptivité et de la sensibilité du spectateur et en ce qui nous concerne celle du jeune public. Si certaines rencontres telles que la musique, l’art contemporain, entre autre, sont bien reçues par les jeunes, il apparaît nuisible de mêler au théâtre des rythmes télévisuels,   la bruyance des sonos, d’offrir une pauvreté, de langage soit- disant mise à leur portée. Ne gâchons pas l’enfance, elle est si riche, si disponible à des sons insolites, des langages, des mots différents, des formes subtiles, imaginatives, a des espaces scéniques insolites,

Méfions-nous de ces spectacles qui,  sous couvert de participation du public, déclenchent des réactions sympathiques certes mais plus conformes à l’ambiance d’une pratique sportive qu’à celle du théâtre vivant. Être guidé, oui, téléguidé, non !      

                                                       À suivre…


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