Jeudi 17 août 2017 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Mon unique consolation

:::: Par Diana Vivarelli | paru le 13/02/2015

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Secret du dimanche :

N’en parle à personne

Oublie qui tu es

D’où tu viens

N’accuse personne

Ne pense pas, ne parle pas, obéis

N’attends aucune aide

Accroche-toi à ce qui te reste

 

Secret du lundi :

Ne renie jamais qui tu es

Ne te résigne pas                                               

N’oublie jamais - jamais - jamais - de cacher ton seul réconfort

Vingt-deux pages arrachées jaunies écrites par… Doni Didarot

Non. Danis Didirott

Non. Denis Diderot, c’est ça !

Denis Diderot trouvé derrière une planche sous le trou de la fenêtre

Denis Diderot a désobéi au Grand Mollah ?

 

Secret du mardi :

Hâte-toi

Profite du cadeau d’Heleen pour faire savoir la vérité

Profite du crayon et du papier qu’elle t’a donné pour lui envoyer des messages

Tu es la seule qui sait écrire parmi les prisonnières

Heleen a promis qu’elle fera tout pour me libérer

Si j’arrive à lui confier en cachette mes secrets,

Heleen les donnera à des journalistes pour alerter, faire pression, organiser des campagnes

Je ne sais pas si ça peut nous aider mais je ne peux pas attendre sans rien faire

« Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne » D’accord avec toi, Dany 

Quand je plonge dans ta prose, je m’envole d’ici

Je me sens comprise, heureuse, en sécurité

 

Secret du mercredi :

Arrange-toi pour que ta peine puisse en sauver d’autres

Heleen m’a dit que Denis aussi a été emprisonné pour blasphème

En France cet homme est philosophe

(Même là-bas il n’y a pas de liberté de pensée !)

Je rêve de Dany, je rêve de le rencontrer mais il ne le saura jamais

Il pense comme moi mais je n’oserai jamais le lui dire

Il écrit comme j’aimerais écrire mais je n’oserai pas lui écrire

Il parle aux femmes comme à ses semblables…

Comme j’aimerais qu’on me parle comme il leur parle !

Quant ils liront ce que tu écris

« Sans croire, on se conduit à peu près comme si l'on croyait »

« Songez que la religion a créé et qu'elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations »

Quand ils liront pourquoi

Pourquoi la peur et l’ignorance entraînent les malheurs

Ils changeront, ils comprendront, ils te défendront

De plus en plus de monde se ralliera à nous

Jusqu’à nous laisser vivre en paix

 

Secret du jeudi :

Zahira Niya Maira Sirma Mariam Faiza Chaya Leeka Awa Kasia et moi, Diya

Nous sommes toutes en prison pour les mêmes raisons

Crimes contre la moralité

Contre la religion

Blasphème

Heleen m’a dit que Diderot a rédigé une Encyclopédie des savoirs pour permettre à tous de connaître et d’apprendre

Diderot, j’aimerais savoir pourquoi le soleil se couche, la mer est salée, l’homme bon un jour et mauvais le lendemain, pourquoi l’âme est invisible, pourquoi nous doutons…

Maman m’a appris à lire et à écrire en cachette

Maman dit que je l’ai bien cherché mon châtiment

mais je sais qu’elle a de la peine pour moi

Mon père aussi a de la peine, j’étais son enfant chérie

mais il ne peut pas le montrer

 

Secret du vendredi :

Dans la prison de Badan Bagh, à Kaboul

Nous avons dansé hier soir, nous les prisonnières

Nous avons chanté dans la prison de Badan Bagh, à Kaboul

Nous, les prisonnières

Les gardiens nous regardaient avec un petit sourire compatissant presque envieux

Ici nous ne nous cachons pas sous la burka

Ici nous n’avons pas de maître comme à la maison

Nous sommes plus libres en prison que murées chez nous

Moi, c’est à toi que j’ai songé en dansant, à toi dans un cachot noir et froid

Accroche-toi, Dany, ne désespère pas, un jour tu seras un sage parmi les sages

 

Secret du samedi :

Apprends à t’appeler par ton prénom

Diya, je suis Diya

Je suis Diya et j’ai fui mon foyer

Je suis Diya et j’ai été stupide et folle

stupide de croire que j’aurais pu m’enfuir

folle parce que je ne veux pas marier ce vieillard

Je ne le nie pas. C’est vrai, je lui ai crié à la figure

« Jamais je n’épouserai ce barbu dégoûtant qui se prend pour un Dieu ! »

Cet homme que je n’avais jamais vu a crié au blasphème

Alors ils m’ont craché dessus, frappé au visage, fouetté comme une esclave

Alors j’ai hurlé

« De votre Dieu, je n’en veux pas ! Dieu est bon et juste ou bien il n’existe pas pour moi ! »

Cet homme a un visage haineux

Je sais qu’il me battra à la moindre occasion

Je sais qu’il me violera

Qu’il m’obligera à vivre recluse

Je sais qu’il le fait au nom de Dieu

En ce Dieu-là, je n’y crois pas et Denis n’y croit pas non plus

Je ne comprends pas pourquoi ma raison s’est opposée à moi en m’éloignant de la foi

Il y a longtemps une petite voix s’est incrustée dans mon cœur

J’étais triste à mourir parce que c’était mon dernier jour d’école

Ce jour-là la petite voix m’a chuchoté : « Je n’y crois plus »

A l’extérieur, autour de moi, pas le moindre changement

A l’intérieur, un poids gros comme un rocher s’est détaché de mon âme 

J’ai essayé d’ignorer ce trouble, de le repousser, mais rien n’y fait

Je n’y peux rien, à part faire semblant. Je n’y crois plus, je n’y crois pas

 

FIN


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