Lundi 23 octobre 2017 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Un soir comme les autres/L'été en automne

:::: Par Michèle Laurence | paru le 31/12/2014

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L’homme rentre  dans  le  bar,  suivi  d’une  femme  –  la  sienne  sûrement  -  ils  ont quelques heures de vol, ce sont indéniablement des habitués, lui, est d’évidence

un bout en train, elle est plus lasse.

 

 

L’homme : Garçon ! Un Picon !

La femme : (blasée) Un Pi…quoi ? L’homme : Con que j’lui dis !...

La femme (sinistre)… Et c’est la bagarre…

L’homme : (à la cantonnade) Elle est marrante non ? Pas ma femme, la blague ! (Il rigole) (À sa femme) Pourquoi ça les fait pas rire ? Un Pi…quoi ? Con ! Que j’lui dis…C’est drôle pourtant. Pourquoi ça les fait pas rire ?

La femme : Parce qu’elle est vieille comme mes robes . L’homme : Tes robes ?

La femme : Non, pas « tes » robes, MES robes…Vieille comme…Enfin, c’est de l’humour, tu peux pas comprendre ! (Au garçon) Pour moi ce sera une grenadine, enfin un Monaco.

L’homme : Pourquoi tu prends toujours un Monaco ?

La femme : Et toi, pourquoi tu prends toujours un Picon ? L’homme : Moi, c’est pour la blague

La femme : Ben moi, c’est pour le dépaysement, le voyage, le soleil, les princes, le rocher…

L’homme : Pourquoi, elle les fait pas rire ma blague ?

La femme : Parce que tu la sers tous les jours depuis vingt ans. C’est pareil pour moi, tu me fais plus rire depuis le temps

L’homme : Garçon ! Un autre Picon…(à sa femme) Eh ben, tu dis rien ? La femme : Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

L’homme : « un Piquoi ? » ! Tu dois dire « un Piquoi ? » sinon c’est pas drôle. La femme : Mais c’est pas drôle

’homme : Si, c’est drôle. Et puis il y en a qui ne sont pas d’ici et qui la connaissent pas.

La femme : Ils sont tous d’ici. L’homme : Et le passage ?

La femme : Ici il y a pas de place pour le passage. Ceux qui rentrent y s’arrêtent, y passent pas.

L’homme : Pourquoi tu dis ça ?

La femme : Parce que c’est la vraie vérité, ici on s’englue les semelles jusqu’à l’heure de la télé, c’est comme ça tous soirs.

L’homme : Et lui là-bas, celui qui tient le mur en faisant semblant de pas fumer, tu le connais ?

La femme : Non.

L’homme : Ben tu vois, tu sais pas tout avec tes grands airs, j’suis sûr que lui, il a jamais entendu l’histoire. Tu vas voir, tu vas voir…

La femme : Tu vas te prendre un rateau, comme d’habitude !

L’homme (fort en tapant sur le comptoir) : GARÇON ! UN PICON ! (entre ses dents à sa femme)…Ben qu’est-ce que t’attends ? je répète : GARÇON ! UN PICON !

La femme : UN PIQUOI ! UN PIQUOI ! UN PIQUOI ! VOILÀ T’ES CONTENT ? Tu vois personne ne rigole, je te l’avais dit

L’homme : C’est de ta faute, tu l’as fait exprès, ça te boufferait le foie que je les fasse rire, parce que toi, t’as jamais fait rire personne !

La femme : Toi non plus ou bien il y a longtemps.

L’homme :(À la cantonnade) C’est de sa faute, parce que sinon elle est très drôle cette histoire, faut la dire vite  genre : « Un picon, un piquoi, con que j’lui dis et c’est la bagarre » Marrant non ?

La femme : Je reprendrais bien un monaco.

L’homme : Et pour moi, ce sera un…non finalement une bière, juste une pression, toute  simple,  non  pas  un  demi  quand  même !  un  « sérieux »  pour  faire  bonne mesure!

 


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