Lundi 18 février 2019 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

Exposition en
mai 2015

Nos champs de solitude

image

hautEn savoir plus
...

image
Nos partenaires

Fictions !

Rue du Vinaigrier/L'été en automne

:::: Par Nathanaëlle Viaux | paru le 31/12/2014

Viaux.jpg

Dans le salon de l’appartement rue du Vinaigrier, Richard un comédien de renom répète son monologue sur la disparition des intellectuels en Corée du Nord qui va être représentée le soir même.

Richard avec emphase : La ligne de démarcation  illumine la terre qui nous sépare des dissidents redoutables. Les âmes mortes vont échapper à la redoutable et perverse ignorance que je maudit. Maudite sois tu ignorance. Tu persécute ce peuple aux yeux bridés. Tu renverseras mon peuple figé, qui tranquille attend ton arrivée, hooooooo puissante lumière égarée…

Honorine Tonnelier, la fille de la metteuse en scène est assise sur la table du salon et révise son bac Littéraire:

Dis,tu veux pas la mettre en sourdine? c’est vrai quoi, tu parles, tu parles, ça me casse les oreilles, dis. Ça me donne la migraine avec ta voix à la Claude François.

 Richard:  Qui? Quoi?

Honorine:  Claude François.  Oui Richard machin chose, faut que je te le dise, t’as la voix de Claude François. «Ecoute, maman est près de toi,Il faut lui dire « Maman, c’est quelqu’un pour toi. » Tu connais pas? « Les sirènes du port d’Alexandrie… » C’est pourtant de la musique pour les vieux machins de ta génération non?

Richard: Déjà ce n’est pas le port, c’est le phare.

Honorine: Mais de quoi tu parles?

Richard:  Claude François, il parle du Phare d’Alexandrie.Une des sept merveilles du monde.

Honorine: Non mais tu m’a prise pour une buse? déjà c’est du port d’Alexandrie qu’il parle et le phare d’Alexandrie je connais, j’y suis allée l’été dernier avec ma mère. Non mais je rêve. Là tu vois je travaille et tu me déranges. J’arrive pas à me concentrer avec tes phrases bizarres sur les yeux bridés et leur dissidents à la con De toute façon elle est nulle la pièce.

Richard: Dis donc c’est ta mère qui la mets en scène quand même.

Honorine: Et alors, c’est de la merde en boîte,  et toi t’es nul avec ta dégaine de vieux beau sur la touche.Je ne sais même pas pourquoi elle t’a choisi… Et  avec ta voix de Claud..

Richard: Ho ça va hein? J’ai proposé de l’interpréter à ta mère, car j’ai écrit cette pièce. Oui je suis l’auteur de ce monologue.

Honorine, Elle rit. Tu aurais pu t’abstenir alors.

Richard:Hé la gamine tu ne veux pas aller réviser ton brevet ailleurs? j’AI BESOIN DE REPETER!

Honorine:  Ce soir tu joue ta pièce lol. C’est parce que personne n’en voulait de ta pièce. Et ma mère elle a eut pitié de toi. Ou alors c’est parce que tu couches avec elle. Ouai c’est ça tu couches avec ma mère. Putain, je le savais. C’est son genre les vieux beaux moches. Elle est faible ma mère. elle couche qu’avec des nazes.

Tu peux coucher avec ma mère si tu veux, mais tu répètes dans ta ta tête steuplait. Y’en a qui bossent ici. tu vois moi je révise mon BAC, pas mon brevet. Quel con celui là.

Richard: Ho hé j’ai entendu. Insolente. Et là,j’ai besoin de mon espace pour répéter. sans vouloir t’offenser.

 Honorine: Wow Relax ! Richard Machin. Y’a de la place pour deux ici. Juste, est-ce que moi je fais du bruit là? Non, bah tu fais pareil.

Richard: Au théâtre on répète a haute voix Mademoiselle!

Honorine:C’est le moment de changer alors. Réac! A partir d’aujourd’hui on répète dans sa tête, et surtout toi Richard Machin. Parce qu’avec cette voix, c’est pas possible. elle rit encore plus fort.

Richard: Quoi ma voix?

Honorine: Sérieux on t’a jamais -jamais -jamais dis que t’as la voix de Claude François? T’as la même voix que lui si si, j’insiste: chevrotante et acide, ça pique quoi, elle est dégueulasse ta voix.

Richard: Je n’ai pas la voix de Claude François bordel de Merde!

Richard s’énerve un peu, il a toujours cru être un homme à femme ( comme Claude François en fait) mais pour lui être comparé à Claude François c’est remettre en cause sa masculinité et quand il sent que sa masculinité est remise en cause et bien il a la voix qui devient de plus en plus aiguë. Donc là, sa voix est archi aiguë.

Mais c’est pas possible je ne peux pas me préparer dans des conditions pareil. Mais elle sort d’ou celle là?

Du même endroit que là où tu passes tes nuits…Si tu vois ce que je veux dire… elle chuchote « gros dégueulasse »

Honorine: Ta gueule! Mais fermes ta gueule petite conne.

Il est très en colère, C’est un peu normal? non?. Honorine rit.

Honorine: Je vais le dire à ma mère!

Le portable d’Honorine vibre, elle regarde et s’exclame à Richard.

-Putain Nabilla a tué Thomas, ah non elle ne l’a pas tué en fait il est vivant, mais elle dit que c’est pas de sa faute.

Richard ne comprends pas ce qu’elle lui dit, c’est comme si elle lui parlait en coréen. Un millénaire les sépare. Il se sent vieux et inutile. dépassé par cette génération  en mouvement. Peut être a-t-elle raison peut être est il devenu un vieux con sur la touche.

Elle téléphone à une amie.

Putain Nabilla a tué Thomas, mais en fait il n’est pas mort, j’ai tweeté direct, faut allé sur Facebook? T’as mis quoi sur ton statut?T’as vu mon dernier snap? elle déchire la photo hein?  mais ton dernier selfie il est trop beau, t’es trop belle. Ah oui,  Je suis avec le con qui baise ma mère.

Richard la regarde médusé. Il sent qu’il y a un océan entre cette adolescente et lui .

Il prend son téléphone et envoie un texto à Gisèle:

« Dis moi Gisèle Tonnelier, pourquoi me donner rendez vous rue du Vinaigrier? »

 Gisèle lui répond« Parce qu’il y a ta fille rue du Vinaigrier… »


haut Réagissez à cette contribution...

hautHaut de page

 

Mentions légales

©Le Billet des Auteurs de Théâtre 2011

Le collectif

Contact

Revue réalisée avec le concours du
Centre national du Livre