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Tu veux pas qu'on y aille ?/L'été en automne

:::: Par Leila Miloudi | paru le 31/12/2014

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Dans un bar … Claire (l’amie) et  François sont attablés. Claire finit de boire un Perrier, François un demi.

 Il est légèrement éméché et parle fort. Elle semble un peu gênée.

 

L’AMIE : Ben... je sais pas trop. Je sais pas trop quoi te dire à vrai dire.... Et  ton psy ? 

FRANÇOIS : Il est contre les antidépresseurs enfin contre les substances chimiques ... Je crois surtout que lui non plus ne sait plus trop quoi me conseiller il m'a dit de fumer un joint de temps en temps

L’AMIE : Ben... remarque... 

FRANÇOIS : C'est-à-dire que c'est plus soft que les poppers ou l'extasie

L’AMIE : Ben... oui

FRANÇOIS : De toute façon il faut que j'arrive à rompre dans ma tête

L’AMIE : Ben... oui. 

FRANÇOIS : Enfin tu sais même ça même ce mariage ... !   Elle a l'air d'un pot à tabac cette fille toute petite c'est une figure maternelle le psy m'a dit que ce serait plus dangereux si elle était sexy

L’AMIE : Ah…. 

FRANÇOIS : C'est sa pouffiasse de mère qui doit être contente elle lui a foutu le grappin dessus, mon vieux

L’AMIE : Sa mère ?

FRANÇOIS : Non l'autre là son petit pâté la factrice la Marie Do non mais attends il dit qu’il va faire des enfants avec elle 

L’AMIE, l’interrompant : Tu veux pas qu’on y aille ?

FRANÇOIS : Il va faire des enfants avec (se moquant) « Marie-Do » ça te parait crédible toi ?  

L’AMIE : Ben, on change ...  

FRANÇOIS : Remarque il m'a toujours dit qu'il était hétéro

L’AMIE : Ben, tu vois.

FRANÇOIS : Oui non t'as raison faut que j'arrive à rompre dans ma tête tant que j'aurai pas rompu je pourrai pas rencontrer quelqu'un d'autre je vais aller voir mon généraliste pour qu'il me prescrive des antidépresseurs.  Qu'est-ce tu veux qu'il me dise ?

L’AMIE : Qui ?

FRANÇOIS : Mon psy 

L’AMIE : Ben ... rien.

FRANÇOIS : Remarque c'est pas la première fois qu'il me fait le coup et jusque là il est toujours revenu je suis prêt à partager je m'en fous qu'il se tape la factrice du moment que je peux le voir je lui ai écrit je ne sais pas si je vais lui envoyer. Pour quoi faire ? il est sûr que je l'attends il sait que je l'aime. Faut que j'arrive à rompre les antidépresseurs ça ne règle rien

L’AMIE : Ça aide.

FRANÇOIS : Non je vais lui envoyer il faut que je picole moins et puis faut que j'arrête ces histoires de culs internet les boîtes c'est le désespoir je fais n'importe quoi je reprends un demi et toi ?

L’AMIE : Tu ne veux pas qu’on y aille ?

FRANÇOIS : Je ne sais pas si c’est une bonne idée

L’AMIE : Quoi ?

FRANÇOIS : La lettre. Je l’ai avec moi je vais te la lire le papier ça fait rétro ça fait romantique tu trouves pas ? mieux qu’un texto (Il cherche la lettre) merde où est-ce que je l’ai mise ? Un demi s’il vous plaît ! Tu en veux un ? Prends en un allez ze last 

L’AMIE : Tu veux pas qu’on y aille ?

FRANÇOIS : Ah, la voilà … « Mon héronneau… » je l’appelle comme ça à cause de son long cou et de ses jambes toutes finettes « Mon héronneau … » c’est le petit du héron ça se voit pas quand il est habillé mais à poil il est tout fragile du bas si tu voyais il a un super

(Le serveur apporte un demi)

L’AMIE, l’interrompant : Faut vraiment que je sois à Paris ce soir.

FRANÇOIS : (au serveur ) Merci. (à Claire) Il travaille à côté je lui dis de venir je lui dis que je suis là que j’ai une lettre pour lui 

L’AMIE : C’est pas mieux si tu lui envoies ?

FRANÇOIS, riant : Ah ouais t’imagines c’est ELLE qui met MA lettre d’amour dans sa boîte aux lettres il travaille à côté on a deux minutes tu veux bien me passer ton portable pour que je l’appelle

L’AMIE : Tu n’as pas le tien ?

FRANÇOIS : Si mais il répond plus quand il voit que c’est moi 

L’AMIE : Ben remarque, vous avez rompu …

FRANÇOIS : Je l’appelle et s’il ne veut pas me rejoindre immédiatement ici je vais le voir à son boulot    

L’AMIE : Moi je vais prendre le train

FRANÇOIS : Attends on a deux minutes s’il te plait passe-moi ton portable pour qu’il décroche   

L’AMIE : Non, on n’a pas le temps, François.

(Le téléphone portable de François sonne)

FRANÇOIS, à Claire : C’est Gérard … (À Gérard, au téléphone) Oui salut  Gégé … au bar à côté de son boulot…  non je suis avec Claire mais elle retourne à Paris moi je crois que je vais rester un peu attends je dis au revoir à Claire (Il embrasse Claire) (À Claire) On s’appelle… (À Gérard, au téléphone)  Ouais … ben il me dit de fumer un joint de temps en temps c'est plus soft que les poppers ou l'extasie … Attends (Au serveur) Je peux avoir un autre demi s’il vous plaît ?… (À Gérard, au téléphone)  …  Aux dernières nouvelles il veut se marier et faire des enfants ça te paraît crédible  toi ? … (Il fait un signe de la main pour dire au revoir à Claire) Remarque, il m’a toujours dit qu’il était hétéro … ben il vient souvent dans ce bar après le boulot … Je sais pas je prendrai un hôtel … mais non je serai là mercredi comme prévu de toute façon faut que je rentre demain je vois le psy en fin d’aprèm …  ouais ouais c’est sûr faut que j’arrive à rompre dans ma  tête tant que j'aurai pas rompu je pourrai pas rencontrer quelqu'un d'autre … (Le serveur lui apporte un demi) (Au serveur) Merci … (À Gérard, au téléphone) ouais 0 K à plus … (Il raccroche, boit, écoute sa messagerie. On entend qu’il n’a « aucun nouveau message ». Il change de place, se met à une table face à la porte … )


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