Mercredi 12 décembre 2018 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Au Comptoir/L'été en automne

:::: Par Nicole Sigal | paru le 31/12/2014

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Deuxième Homme Désespéré : Un Fernet Branca cheftaine !

Premier Homme Désespéré : T’as mal au ventre ?

Deuxième Homme Désespéré : Ça me prend sans prévenir… je vois ma mère faire des trucs à des types qui ne prennent même pas le temps de baisser leur froc, j’ai sept ans, ça fait mal au bide.

Premier Homme Désespéré : T’en mérite un deuxième.

Deuxième Homme Désespéré : Surtout qu’après mon père lui écrabouillait la face avec la cuvette des waters qu’il venait de desseller. Traumatisme crânien ils ont dit pour cette bouillabaisse. Le traumatisme c’est moi qui me le suis pris…

Premier Homme Désespéré : y en a qui naisse sous une mauvaise étoile.

Deuxième Homme Désespéré : N’en rajoute pas dans l’horreur.

Premier Homme Désespéré : Moi j’ai eu la guerre, j’ai eu le cancer, j’ai eu la légion d’honneur, j’ai eu l’an 2000, à chaque fois ma femme a fait des escargots.

Deuxième Homme Désespéré: Et cette fois-ci ?

Premier Homme Désespéré : Des pissenlits… avec la racine, mais elle les bouffe toute seule.

Deuxième Homme Désespéré: C’est quand même la troisième en deux jours… dans des circonstances pas très mystérieuses.

Premier Homme Désespéré: S’il te plaît arrête de faire fonctionner ton imaginaire, c’est malsain.

Deuxième Homme Désespéré : Les femmes tu sais on n’arrive jamais à les connaître.

Premier Homme Désespéré: La mienne je la connaissais, j’étouffais à ses crochets, trois décennies.

Deuxième Homme Désespéré: Faut leur infliger du plaisir aux femmes sinon….

Bon, on arrête de parler d’amour je vais encore me mettre à pleurer.

Premier Homme Désespéré: La mort on en parle, mais finalement quand ça t’arrive tu ne sais plus quoi dire, j’ai perdu la mienne sans un mot.

Deuxième Homme Désespéré: Tu gueulais « Manman » comme un fou.

Premier Homme Désespéré : « Manman » c’est pas un mot c’est un cri.

Deuxième Homme Désespéré : Qu’est-ce qui leur arrive à toutes.

Premier Homme Désespéré : Qu’est-ce qu’on va devenir sans elles.

Deuxième Homme Désespéré : Tiens v’là la mienne, elle est encore en vie.

Alors quoi de neuf là-haut, ma crotte ?

Ce costume tout de même, on dirait une Veuve… c’est pas une vie pour moi.

 

Une femme habillée en noir, sexy, mortifère est rejointe par deux jeunes filles habillées comme elle, elles s’en vont sans dire un mot.

 

Premier Homme Désespéré : Pas très en verve ta Veuve !

Deuxième Homme Désespéré : Plaisante pas avec son costume de travail.

Premier Homme Désespéré : C’est quoi au juste sa situation ?

Deuxième Homme Désespéré : Elle travaille là-haut, au château, très classe, très bonne rémunération.

Premier Homme Désespéré : La mienne y travaillait, elle avait un costume moins voyant.

Deuxième Homme Désespéré : ça dépend du grade.

Je n’ai jamais vraiment su au juste en quoi ça consistait

Premier Homme Désespéré : Moi non plus.

Deuxième Homme Désespéré : Elles sont tenues au secret d’état… c’est quasiment une profession diplomatique… avec décalage horaire, perturbations intestinales et trous d’air, évacuations alvines fréquentes et surtout de la psychologie, beaucoup de psychologie.

Même moi je suis sensé ne rien voir… de toute façon on a beau voir, on n’en croit toujours pas ses yeux.

Premier Homme Désespéré : Et qu’est-ce que tu as vu ?

Deuxième Homme Désespéré : Rien, des voitures, de la grosse bagnole.

Premier Homme Désespéré : C’est tout, c’est décevant

Deuxième Homme Désespéré : T’as pas d’imaginaire, moi rien qu’au bruit du moteur dans la montée… je rêve… y a de la reprise et pas de secousses… les yeux fermés je les reconnais  … sans compter les motos…

Premier Homme Désespéré : ça fait du monde !

Depuis combien de temps tu n’y vois plus ?

Deuxième Homme Désespéré : Je ne sais pas, de toute façon je n’ai jamais vu clair.

Premier Homme Désespéré : vaut mieux.

Deuxième Homme Désespéré : Ça m’arrange.

Premier Homme Désespéré : y en a qui naisse sous une mauvaise étoile.

Deuxième Homme Désespéré : N’en rajoute pas dans l’horreur.

(Il chante)

Le monde est pourri

Ce n’est pas moi qui le dis

Jusqu’au trognon

Et c’est nous les cons

C’est qui qui l’a mis

Le ver dans le fruit

C’est pas moi papa

Je faisais caca

C’est pas moi maman

J’étais encore dedans

Dedans tes ovaires

C’est p’t-être là qu’était le ver.

Premier Homme Désespéré : Où t’as appris ça ?

Deuxième Homme Désespéré : En servant la messe.

Premier Homme Désespéré : ça se voit ça date.

 

Ils trinquent.

 

Deuxième Homme Désespéré : au mariage des curés !

Bon, j’ai à faire là-haut, mission diplomatique d’intérêt général. Ah voilà les trois parques !

Les trois  « Veuves »reviennent le chercher.

Premier Homme Désespéré : Ta femme ça lui va bien ce costume de Veuve érotomane.

 Les deux autres c’est qui, elles sont croquignolettes ces Veuvelettes ?

Deuxième Homme Désespéré : Mes filles.

Premier Homme Désespéré : Je me disais aussi.

Deuxième Homme Désespéré (menaçant) : Qu’est-ce que tu disais ?

Premier Homme Désespéré : euh rien… j’y pense, c’est quoi des évacuations alvines fréquentes ?

Deuxième Homme Désespéré : Des évacuations de petits poissons, des alvins.

Premier Homme Désespéré : C’est ça, et toi t’es né dans une crotte entre deux fesses.

Deuxième Homme Désespéré : Tu sais ce que c’est de se chier dessus parce que tu as peur de virer macchabée ? Et bien c’est un exemple pour tes petits poissons.

Premier Homme Désespéré (en chœur) : Bon je vais y aller.

Premier Homme Désespéré et Deuxième Homme Désespéré :

A la cantonade, au public.

Salut les veufs !

 

 (En chœur au patron) : Ne nous attends pas avant qu’on soit revenus.


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