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Auteurs dramatiques d’Afrique francophone. Et alors ?

:::: Par Monique Blin | paru le 01/07/2013

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Il fut un temps, pas si lointain, où le grand Sony Labou Tansi pouvait déclarer « le plus court chemin entre Brazzaville et Abidjan passe par Limoges ». L’auteur congolais faisait évidemment référence au Festival International des Francophonies en Limousin créé en 1984 et qui fut longtemps la principale (voire la seule) opportunité pour les auteurs dramatiques africains s’exprimant en Français de se faire connaître. Le festival existe toujours et joue encore un rôle important dans la mise en lumière des artistes de la francophonie (laquelle, n’en déplaise à certains, constitue bel et bien un vaste archipel culturel). La différence est qu’aujourd’hui, et c’est tant mieux, parler d’auteurs dramatiques africains ne surprend plus, n’apparaît plus comme un vœu pieux, une tentation exotique, voire une action missionnaire…

Les auteurs africains existent et se portent bien. Merci pour eux.

Pour autant, leur situation, leurs condition n’est pas toujours confortable (mais cette généralité, n’est-ce pas, pourrait s’appliquer à la plupart des auteurs dramatiques contemporains, d’où qu’ils soient…).

Sony Labou Tansi a quitté la scène prématurément. Ses pièces, hélas, ont quitté la scène également, même si la plupart des auteurs dramatiques africains d’aujourd’hui affirment encore un sentiment de filiation avec l’auteur de “Qui a mangé Madame d’Avoine Bergotha?” ou “Antoine m’a vendu son destin.

La réalité politique et sociale de nombre de pays de l’Afrique subsaharienne et centrale - disons de l’Afrique colonisée par la France et la Belgique - a créé une diaspora des auteurs. Exilés contraints ou délibérés, pour survivre et pour exister artistiquement, beaucoup de ces auteurs ont choisi l’Europe… Ce n’est pas tant qu’il leur soit interdit d’écrire dans leurs pays d’origine (encore que…) c’est surtout qu’il n’existe pratiquement aucune économie du théâtre en Afrique subsaharienne. Un auteur dramatique n’existe que s’il est joué. Dans la plupart des pays africains, l’institution théâtrale est factice. Il existe bien par-ci par là des « Théâtre Nationaux » mais ils n’ont aucun moyen et ne produisent pratiquement jamais de spectacles. De courageuses manifestations survivent et s’acharnent (les Récréatrales à Ouagadougou, le Fitheb au Bénin, le Festhef au Togo…) et les compagnies sillonnent la « sous-région » de festivals en festivals pour jouer une ou deux fois, dans des conditions extrêmement précaires. A ce tableau peu enchanté ajoutons qu’il manque cruellement de librairies, y compris dans les grandes villes, que les Ministères de la Culture n’ont le plus souvent à offrir que des « lettres de soutien du Ministre ». Quant à la possibilité de se faire publier dans son pays, elle est quasi nulle. A cet égard, soulignons l’incroyable travail initié dès la fin des années 80 par Emile Lansman qui publia le premier des auteurs africains totalement inconnus à l’époque. Ces livres les firent connaître en Europe mais aussi en Afrique où pour certains auteurs ils faisaient presque figure de passeports.

De manière générale, on peut sans trop s’avancer, affirmer qu’il n’existe plus de courant dominant dans l’écriture dramatique contemporaine française. Beckett a sifflé la fin de la partie.

On peut énoncer la même chose au sujet de l’écriture dramatique francophone d’Afrique. Il y a des personnalités fortes et originales mais il ne saurait être question d’une « école ».

Gustave Akakpo, Sylvain Bemba, Moussa Diagana, Alfred Dogbé, Hilaire Dovonon, Kossi Efoui, Koffi Kwahulé, Koulsy Lamko, Sony Labou Tansi, Maxime N’Débéka,  Rodrigue Norman, Tchicaya U Tam’si… sont des auteurs singuliers, poursuivant des trajectoires personnelles sans se sentir tenus de brandir en permanence le drapeau de « l’africanité ». Pour autant, l’Histoire est têtue et applique en chacun son empreinte d’un fer brûlant. Les drames du continent noir (vous connaissez l’inventaire : guerres, violences, misère, catastrophe sanitaire, corruption etc.) se conjuguent en tragédies et en farces - ou les deux à la fois, ce qui est diablement shakespearien – portés souvent par des personnages/figures hautement métaphoriques, vertigineusement truculents, violemment réalistes.

Mais ce qui permet peut-être de reconnaître du premier coup d’oreille la pièce d’un auteur africain d’aujourd’hui, c’est l’énergie de la langue, sa vitalité poétique et rythmique. Héritiers d’un bien qu’ils ont été obligés d’absorber et de digérer, la langue française, les écrivains d’Afrique ont appris à l’entendre, à en écouter la matière sonore, à s’en jouer, à la triturer, à s’en emparer. Cette langue, toujours menacée de fossilisation, ils y injectent un anti-coagulant dont ils détiennent la formule secrète…

Lisez-les, relisez-les, osez les poser sur le plateau.

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