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Sibiu - une ville, un festival, un pays

:::: Par Matéi Visniec | paru le 01/06/2013

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         Pourquoi ne pas l'essayer au moins une fois dans sa vie? Aller à l'aventure (culturelle) en Roumanie, dans une ville située au milieu de la Transylvanie, à la fois à l'Est mais aussi en pleine Europe Centrale, dans une région des cultures superposées où l'histoire a laissé des traces durables et surprenantes.

         En 2007 Sibiu a été Capitale européenne de la culture, en même temps que le Luxembourg. Mais Sibiu n'aurait jamais eu cette chance et ce privilège sans son Festival International de Théâtre qui grandit et qui s'impose en Europe depuis 20 ans. Cette année le Festival souffle ses 20 bougies et le fait en honorant le théâtre français et la francophonie, car la France est le pays invité d'honneur. Le Théâtre de l'Europe Odéon, le Théâtre du Soleil, la compagnie d'Alain Buffard, le U Teatrino de Corse et d'autres troupes et spectacles hexagonaux feront le déplacement au cœur des Carpates.

         Pour ceux qui veulent  découvrir en touristes culturels ce Festival  (annoncé cette année entre le 7 et le 16 juin) ainsi qu'une région mythique de la Transylvanie voici quelques conseils pratiques. En avion, avec une correspondance à Bucarest, à Vienne ou à Munich, le trajet ne dépasse pas 5h30… Plus astucieux encore c'est de prendre un avion direct de Paris à Cluj (encore une très belle ville, la capitale de la Transylvanie) et de louer une voiture à l'arrivée. Les villages roumains, hongrois et allemands qui s'enchaînent sur 180 kilomètres entre Cluj et Sibiu sont magnifiques, une belle occasion de découvrir une vraie civilisation paysanne et une symbiose de cultures et de traditions. Sibiu aussi, d'ailleurs, en est un bel exemple. Fondée par des colons allemands au XII siècle, la ville fut nommée Hermannstadt. Les Hongrois, eux, l'appelle Nagyszeben. C'est une ville qui a eu une bonne étoile: les guerres l'ont épargnée, ainsi que la folie "urbaniste" de Ceau?escu. Sibiu conserve un ensemble unique de maisons, palais et monuments marqués par le gothique, la Renaissance et le baroque.

         Mais plus que tout, pendant le Festival, c'est l'atmosphère qui est extraordinaire. Toute la vieille ville devient piétonne et les spectacles de rue sont partout et à toute heure. Les innombrables terrasses et restaurants accueillent badauds et amateurs de cuisine régionale (on peut y manger roumain, hongrois, autrichien mais aussi italien, tchèque  ou serbe - "la patte" culinaire de l'ancien empire Autriche-Hongrie avec sa mosaïque de nationalités  est encore fort présente à Sibiu,  voire soigneusement cultivée).

         Mais retournons à notre Festival, car c'est lui le "moteur" de la renaissance culturelle de cette ville. C'est un comédien, Constantin Chiriac, qui a eu l'idée et la ténacité de créer cet événement. Il a su organiser autour de lui une formidable équipe et entraîner dans cette aventure un réseau impressionnant de sponsors et de collaborateurs, d'amis et d'inconditionnels de Sibiu. Si aujourd'hui à Sibiu sont représentés dans le cadre du Festival plus d'une cinquantaine de pays, c'est parce que Constantin Chiriac est aussi un infatigable voyageur et artisan d'un grand nombre de coproductions. Devenu directeur du Théâtre d'état de Sibiu, il invite régulièrement des artistes de toute l'Europe à monter des spectacles dans sa ville (si possibles atypiques et surprenants), parfois dans des lieux non conventionnels comme certaines espaces industriels abandonnés. C'est dans un tel lieu que Silviu Purcarete, ancien directeur de CND de Limoges, a créé quelques spectacles époustouflants,  dont un Faust d'après Goethe. Le Conservatoire d'Art Dramatique de Sibiu fournit un grand nombre de comédiens toujours prêts à "jouer" le jeu de la découverte et de la nouveauté en travaillant avec beaucoup de metteurs en scène étrangers.

         Mais Sibiu est aussi la ville d'un grand auteur de langue française, Emil Cioran. Il y a passé quelques années dans sa jeunesse, et dans certaines de ses pages il évoque ce premier lieu de "désespoir métaphysique", surtout la période d'insomnie révélatrice qu'il avait vécue à Sibiu lorsqu'il tuait ses angoisses en se promenant toute la nuit à travers les rues désertes ("il n'y avait que moi, deux, trois putes et un policier endormi" dit Cioran).  Le village où Cioran est né, R??inari, situé à 10 kilomètres de Sibiu, incarne encore l'idée de l'authenticité. Vraiment, pour ceux qui veulent encore voir un lieu qui n'a pas été touché par la mondialisation, il faut aller dans ce village d'où on contemple parfois même en juillet les cimes enneigés des Carpates, tandis que le soir les vaches (plus intelligentes que partout ailleurs en Europe) rentrent tout seules des pâturages et s'arrêtent sagement devant "leurs maisons". Impressionnant spectacle rural, comme celui de l'un des plus anciens tramways d'Europe qui relie Sibiu à R??inari.

         Pour certains "connaisseurs" Sibiu est devenu un lieu de pèlerinage culturel et une expression idéale de la décentralisation culturelle de l'Europe. Chaque année je croise dans cette ville des irlandais, des japonais, des américains ainsi que d'autres artistes, metteurs en scène et critiques étrangers qui ne conçoivent plus le sens de leur vie sans passer en été quelques jours à Sibiu. Cette Roumanie-là, représentée par ce Festival, reste encore totalement inconnue en France. Et il ne faudra jamais compter sur les grands médias pour l'évoquer, le sujet ne colle pas à une certaine image réductrice que la presse s'est fait de la Roumanie, donc il est forcement indigérable et ennuyeux pour le grand public.

                        

http://www.sibfest.ro/sibiu-international-theatre-festival.html

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